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RBI et la fin de la pauvreté ?

Objectif majeur du revenu de base, est-il un outil efficace contre la pauvreté ? Pas si simple. Regardons ensemble plus précisément ses répercussions sur le pouvoir d'achat des plus démunis, et sur la légitimité d'en exclure les pauvres non citoyens.

Bonjour à tous ici Nicolas pour un autre épisode sur le revenu de base. Aujourd'hui ce qui nous intéresse c'est l'un des objectifs les plus basiques, pardonnez-moi le jeux de mot, du revenu de base : l'éradication de la pauvreté. Un objectif qui met souvent d'accord aussi bien les partisans que les opposants au revenu de base. Et le gros du débat semble plutôt se porter sur l'outil en lui-même ; sera-t-il efficace pour réduire ou éradiquer la pauvreté, et aura-t-il des conséquences imprévisibles et dommageables. Alors les conséquences on en parlera un peu après et aujourd'hui on va surtout parler de l'efficacité du revenu de base sur le thème de la pauvreté.

Parlons donc déjà de la pauvreté elle-même. Être pauvre ça veut dire quoi ? Je vous propose ici deux définitions qui sont à mon sens importantes et légitimes toutes les deux. La première c'est celle de la pauvreté absolue. Ne pas avoir de quoi subvenir à nos besoins de base. Être chroniquement mal nourri, mal logé, mal soigné etc. Une définition absolue car cette pauvreté ne dépend pas des autres, être pauvre selon cette définition est une proposition vraie ou fausse, qu'on habite en ville ou sur une île déserte. La deuxième définition elle en revanche, est relative et n'a de sens que dans un contexte social. C'est être compris dans la portion de la population la moins capable de subvenir à ses besoins dans l'ensemble. Cette définition est plus compliquée et mérite qu'on s'y attarde un peu.. mais revenons vite fait à la première.

La pauvreté absolue se contente de regarder les besoins de base. Et déjà là tout le monde n'est pas 100% d'accord sur ce qui constitue les besoins de base, ou même sur ce qui constitu un besoin satisfait ou insatisfait. Regarder sa série préférée n'est probablement pas un besoin de base alors que se désaltérer oui. Pouvoir accéder à Internet.. ah là déjà ça porte plus à controverse. Mais même dans le cas de pouvoir se désaltérer tout n'est pas si simple qu'il y paraît. Ce besoin de base est il satisfait si on peut se désaltérer 95% du temps, c'est à dire avoir vraiment très soif, exceptionnellement, sans pouvoir boire. Allez en rando en oubliant la gourde et voilà vous êtes absolument pauvre selon cette définition. 80% du temps ? 70% ? 20 % ? Et si on a bien à boire, mais uniquement un truc vraiment dégueulasse ? Besoin satisfait ? Difficile à dire et comme pour presque tous les concepts humains, nous le verrons dans un futur épisode, il y a une part de flou ou d'arbitraire. Mais c'est pas trop grave, en général pour les besoins de base, on arrive assez facilement à se mettre d'accord et c'est finalement là l'essentiel. Par contre en ce qui concerne la pauvreté relative, c'est nettement plus compliqué.

Là on tombe dans un champ d'application beaucoup plus vaste. Ce ne sont pas les besoins de bases, en général physiologiques, dont on parle, mais bien tous les besoins. Non pas qu'ils doivent tous êtres satisfaits, personne même pas Crésus, n'est 100% heureux 100% du temps, mais que nous souhaitons satisfaire les nôtres grosso modo autant que nos voisins les leurs. On aime pas se sentir, se voir, à la traîne. On se sent pauvre lorsqu'on à moins que les autres. Surtout si les autres sont nos voisins qui nous ressemblent. Psychologiquement c'est très dur, pas nécessairement autant que de mourir de faim, mais extrêmement déplaisant. Poussant parfois au suicide.. et souvent à la criminalité. Cette identification en tant que pauvre marche d'ailleurs dans les deux sens. On se voit pauvre et les autres sont d'accord, eux aussi nous voient pauvre. A quelques exceptions près, assez peu de gens considèrent les résidents des logements publiques comme riches ou même comme appartenant à la classe moyenne. Presque par définition, ils ne sont pas dans la classe moyenne.. et voilà ici la notion de pauvreté relative dans toute sa splendeur.

Ce n'est pas qu'ils ne mangent pas à leur faim ou qu'il grelottent de froid l'hivers. Non, le problème c'est que par rapport aux autres dans les quartiers d'à côté, ils mangent moins de fruits frais, ils doivent mettre un pull plutôt que de courir tout nu dans l'appart. Ils ont la vue sur la dalle en béton plutôt que le jardin. Ils vont au cinéma plutôt qu'au ski. Ils mangent parfois au McDo mais jamais au resto. Ils changent de téléphone portable tous les cinq ans et prennent le modèle bas de gamme. Enfin, ils ont un style de vie qui il y a cents ans aurait été parfaitement normal sinon limite luxueu.. et pourtant. Alors cette pauvreté relative est-elle bien vraiment de la pauvreté ? Franchement la pauvreté absolue OK mais là ils exagèrent. Sauf que non, ignorer la situation des autres n'est pas plus un choix que d'ignorer la personne dont on est amoureux. C'est instinctif et viscéral. Ça fait mal, que ce soit raisonnable ou non. C'est grâce à se mécanisme que l'évolution force les uns et les autres à rester en course pour la compétition de la reproduction. Faire moins bien que les autres et ne pas s'en préoccuper c'est ne pas passer ses gènes. Ou en tout cas moins que les autres. Et donc nous finissons à terme avec une espèce où tout le monde sent un profond mal-être quand on est dernier. Il y a des exceptions et d'autres forces, comme l'habituation etc.. qui nous poussent parfois à l'autodestruction, à l'apathie.. à l'abandon. Mais la meilleure preuve que cette pauvreté est à prendre au sérieux c'est justement le stress, la criminalité, le suicide.. alors même que les besoins de base sont plus ou moins satisfaits par ailleurs. Ça ne suffit pas. Pas plus à eux qu'à vous et moi si nous étions dans ce cas.

Attention je ne suis pas en train de dire que personne ne l'a jamais mérité et que tous les pauvres sont simplement malchanceux. Je ne prends pas parti ici. Mon seul propos est de dire qu'il y a bien deux types de pauvreté à prendre au sérieux. La pauvreté absolue, qui en générale l'est, et la pauvreté relative, qui souvent l'est beaucoup moins. Les deux représentent une grande souffrance et poussent au désespoir et à l'aliénation. Et c'est important car imaginons que le revenu de base parvienne à éliminer seulement la pauvreté absolue, il n'aurait donc éliminé qu'une facette de la pauvreté. Probablement la plus importante, mais en tout cas, pas la pauvreté dans son ensemble. Et de nos jour dans les pays riches où on parle de cet outil redistributif, probablement pas le type de pauvreté le plus répandu.

D'ailleurs petite parenthèse, je trouve intéressant d'observer l'approche idéologique au problème, à gauche et à droite. Les deux bords parlent de pauvreté et tous deux pensent surtout au gâteau économique pour y remédier. Les capitalistes se concentrent généralement sur la taille du gâteau, le faire grossir le plus possible, et les communistes sur la distribution des parts, qu'elle soit la plus équitable possible. Il est parfois dit que les capitalistes se moquent du bien-être des gens et les communistes de leur liberté.. et il est possible de trouver des salauds finis des deux côtés, sinon dans les paroles au moins dans les actes.. néanmoins je préfère juger les idéologies sur leurs meilleurs défenseurs et non les pires.. et dans les deux cas il est facile de trouver des gens très intelligents et bien intentionnés. Et tant le bien-être que la liberté sont des préoccupations majeures des meilleurs défenseurs des deux idéologies. Les méthodes diffèrent, ainsi que leurs préférences subjectives, mais ils sont d'accord sur l'objectif final : rendre le plus de gens possible le plus heureux possible. Et oui, même chez les méchants capitalistes. Même si les deux parlent de lutte contre la pauvreté, nous verrons probablement dans un futur épisode que les uns tendent à diminuer l'importance de la pauvreté relative et les autres de la pauvreté absolue.

OK entrons donc dans le vif du sujet. Pour simplifier un peu l'exercice nous allons imaginer trois catégories sociales. Les plus riches les moyens et les plus pauvres. Et comme le revenu de base se propose d'utiliser l'économie pour remédier à la pauvreté, nous allons parler de pauvreté économique en espérant ici qu'elle soit le reflet de la pauvreté totale. Il y a de bons arguments en ce sens, en tout cas dans nos sociétés occidentales.

Souvent on nous dit que le fait que les riches reçoivent eux aussi le revenu de base est une hérésie. En y réfléchissant un peu c'est un argument qui n'est pas très probant. Oui les riches seront eux aussi subventionnés mais pour distribuer l'argent à tous il faudra prendre aux riches beaucoup plus qu'on ne va leur donner. Au final, ils y perdent largement. Imaginons que le monde soit figé, et que la seule différence soit l'introduction du revenu de base. Dans nos trois classes les riches partent avec un revenu avant impôts de 10 euros par exemple, les moyens avec 4 et les pauvres avec 1. Imaginons l'introduction d'un revenu de base de 1 euro, voilà nous avons maintenant un revenu de 11 euros pour les riches, 5 euros pour les moyens et 2 euros pour les pauvres. Les pauvres doublent leur revenus certe mais les riches sont plus riches non ? Appliquons maintenant l'impôt sur le revenu et les riches termineront peut-être avec 8 euros, les moyens avec 4.5 et les pauvres avec 2. Le riche moyen à perdu 2 euros de revenu, la classe moyenne gagné 0.5 et les pauvres 1 euro.

Tant dans l'absolu qu'en relatif, le revenu de base permet de réduire la pauvreté, en théorie. Il est redistributif. Biensûr ici il faut noter que c'est surtout l'outil fiscal qui permet de redistribuer. Les allocations c'était déjà redistributif. Il y a même une version intéressante et très honnête de ce système : l'impôt négatif de Milton Friedman. C'est un système qui fait la même chose que le revenu de base décrit plus haut mais en un seul outil. Plutôt que d'envoyer un chèque à tous et de calculer les impôts ensuite, lui proposa de calculer les impôts selon une nouvelle formule et soit de prélever si l'impôt était positif (les riches et les classes moyennes), soit d'envoyer des chèques s'il était négatif (les pauvres). Le résultat est identique mais psychologiquement c'est un peu différent.

Est-il possible d'améliorer le sort des pauvres sans handicaper les riches ? Oui mais pas par le revenu de base. Le revenu de base lui ne fait que transférer du pouvoir d'achat. Il ne produit rien. Et ce pouvoir d'achat, à production et consommation équivalente, ne peut qu'être augmenté chez les uns au détriment des autres. Si l'objectif est la réduction ou l'élimination de la pauvreté, pas le choix, à défaut de produire magiquement plus, il faut prendre chez ceux qui ont plus. D'ailleurs l'introduction du revenu de base aura peut-être des conséquences sur la production et les habitudes de consommation. Le monde n'est pas aussi figé que mon exemple des trois classes sociales pourraient le laisser entendre. Introduire le RBI c'est peut-être chambouler beaucoup de choses dans l'économie. Ces chamboulements font justement l'objet des critiques les plus virulentes sur le revenu de base et nous verrons ça très bientôt. Mais aujourd'hui concentrons nous sur une en particulier : l'inflation.

Alors on pourrait parler de l'inflation comme le font les économistes, en tant que phénomène monétaire, c'est à dire ici une perte de valeur pour la monnaie. En général parce qu'on augmente la masse monétaire ou sa vitesse de circulation dans l'économie, sans augmenter la production. Tout ça c'est bien mais nous allons l'ignorer ici et parler d'inflation, mais aussi de déflation, du point de vue du consommateur. Je sais que le revenu de base est parfois supposé être financé par l'émission de monnaie, c'est à dire par la banque centrale qui nous enverrait à tous de l'argent nouvellement créé, mais honnêtement au final ce n'est pas très différent d'un impôt. Un impôt sur les gens qui possèdent le plus de monnaie pour le redistribuer à ceux qui en ont le moins. Ceci dit de nos jours l'inflation monétaire est plutôt un impôt sur les classes moyennes étant donné la façon dont elle est structurée.. mais c'est un autre débat et justement le revenu de base aurait au moins ce mérite de corriger le système inflationniste actuel.

Bon brève explication de l'inflation monétaire. Si la valeur de la monnaie diminue de moitié, si il faut maintenant 1 euro pour acheter ce qui coûtait 50 centimes hier, c'est embêtant. Si le salaire reste le même, si nos économies restent les mêmes, on peut acheter moitié moins. Mais dans le cas d'une inflation purement monétaire, où rien d'autre que la monnaie n'a changé dans la société, ça veut aussi dire que soit l'argent circule deux fois plus vite qu'avant, soit il y en à deux fois plus. Et imaginons que ce soit homogène, la quantité d'argent doublerait partout, le salaire, le compte bancaire etc. Sur celui des riches et des pauvres. Au final pas de changement. Ça coûte deux fois plus mais on à deux fois plus d'argent. Mais malheureusement ça ne marche pas comme ça, sinon l'état n'aurait aucun intérêt à créer de la monnaie.. non en général nos comptes bancaires n'augmentent pas avec la quantité de monnaie mise en circulation, non en général l'argent nouveau est mis en circulation de manière très inégale en commençant par les institutions bancaires, les gouvernements etc. Bref, quelques acteurs précis bénéficient majoritairement de ce nouvel argent pendant que les prix augmentent graduellement pour nous tous derrière, au fur et à mesure que cet argent entre dans l'économie. Une sorte d'impôt caché sur nos économies qui affecte surtout les classes moyennes aujourd'hui. Pour expliquer tout ça correctement il me faudrait un épisode complet, donc imaginons que la masse monétaire et sa vélocité ne changent pas vraiment. L'évolution des prix est déjà bien compliquée à analyser sans en plus changer la valeur de la monnaie.

L'inflation c'est, dans cet épisode et du point de vue du consommateur, des pauvres en l'occurrence, l'augmentation permanente des prix, exprimée en perte de pouvoir d'achat. La déflation c'est l'inverse. En France en 1980 on pouvait acheter une baguette de pain pour 25 centimes. En 2014 c'était 87. Mais parallèlement le salaire minimum mensuel pour 35 heures par semaine, à progressé lui aussi de 317 euros en 1980 à 1445 aujourd'hui. La baguette coûte 3.5 fois plus mais les plus petits salaires sont 4.6 fois plus élevés. Autrement dit, cette catégorie de travailleurs peut acheter, pour le même effort, un tiers de baguette en plus. Plus de pouvoir d'achat. Et ça en trentes ans seulement. Pas dégueu. Biensûr tout le monde ne gagne pas le salaire minimum et tous les salaires n'augment pas à la même vitesse. Le pouvoir d'achat du salaire moyen augmente environ de 1.3% par an en France, et il augmente en moyenne un peu plus rapidement pour le salaire minimum que pour le salaire moyen. Et tous les prix ne sont pas logés à la même enseigne non-plus. Par exemple le logement moyen, toujours en France, coûte 1.6 fois plus qu'avant en pourcentage du salaire moyen. Une énorme part de nos dépenses qui fait plutôt pas du bien au portefeuille.

Et justement il y a là une leçon importante. Toute l'économie ne bouge pas à l'unisson. Tout ne devient pas nécessairement plus cher à la même vitesse, la plupart des choses deviennent même moins cher. Alors qu'elles sont les raisons de ces changements de prix ? Hé bien malheureusement l'économie d'un pays, ou même d'un petit village perdu, est extrêmement compliquée. Les prix sont affectés par un peu tout et n'importe quoi. Mais globalement la notion principale qui importe ici est celle de l'offre et de la demande. Plus d'offre et les prix descendent, plus de demande et ils montent. C'est parce que l'offre de logements en centre ville n'arrive pas à satisfaire la demande que les prix augmentent, alors qu'au contraire il y à plus de pain qu'avant avec une amélioration des méthodes de production et une concurrence féroce avec un boulanger à chaque coin de rue. Le logement coûte plus cher, le pain moins. L'équilibre entre l'offre et la demande varie constamment dans tous les secteurs pour tous les produits et pour des milliers de raisons. Encore une fois, en ignorant les changements monétaires et la définition classique de l'inflation.

Revenons donc à nos moutons et au revenu de base. Ce pourrait-il que son introduction bouleverse l'équilibre de l'offre et de la demande ? Bah oui, c'est un peu le but quand-même. L'idée c'est d'éliminer la pauvreté absolue et de réduire la pauvreté relative. C'est donc de permettre à ceux qui ne pouvaient acheter ce dont ils avaient besoin, de le faire. C'est donc augmenter la demande mais pas l'offre. Si si, prenons un exemple concret : le poisson. Pas les nuggets mais la version un peu plus en forme d'animal. Les pauvres ne mangeaient pas de poisson, c'était trop cher. Était trop cher, car maintenant ils ont les moyens grâce au supplément gratuit du revenu de base. Les étales du marchand de poisson sont maintenant vides régulièrement alors que d'autres clients qui ont eux aussi les moyens, repartent les mains vides. La demande est, du point de vue du poissonnier, supérieure à son offre. Et comme c'est pareil chez les autres poissonniers du quartier, il ne leur faut pas longtemps pour comprendre qu'il y a trois options. Ne rien faire et voir des clients au portefeuil bien gonflé repartir bredouille, ou brocouille comme on dit dans le bouchonnois (oui je me fais vieux). Ou augmenter un peu les prix jusqu'à trouver de nouveau un équilibre (le dernier poisson pour le dernier client qui avait les moyens de payer le nouveau prix). Ou alors augmenter la production pour satisfaire tous les clients au prix actuel.

Tout le monde voulait du poisson, dès le début, les pauvres comme les moins pauvres. Mais le poissonnier lui ne voyait dans son magasin que ceux qui avaient de quoi acheter du poisson à son prix. Et il est possible qu'il ne puisse pas augmenter la production. Ses fournisseurs ne peuvent peut-être pas pêcher plus. Et dans ce cas, sa seule option logique pour retrouver sa situation initiale est d'augmenter les prix. Et voilà, production limitée et concurrence entre les consommateurs, après quelques mois les pauvres ne peuvent de nouveau plus acheter de poisson, malgré le revenu de base. Seulement c'est une vision un peu simpliste. Il n'y a pas que des poissonniers. Il y a aussi des vendeurs de jets. Les riches ont moins d'argent dans notre modèle, et donc ils achètent moins de jets alors que les usines sont toujours là et les marges étaient plutôt larges. Donc les marges et le prix des jets baisse pour que les riches puissent en acheter grosso modo autant qu'avant. C'est ça ou les usines ferment.

Mais encore ici il ne faut pas s'arrêter là. Il y à d'autres catégories de produits et c'est là toute la complexité. Il y à des produits, comme l'eau, où la demande, même chez les pauvres, était déjà bien satisfaite. Et là avec plus d'argent dans les poches ou non, on ne va pas nécessairement boire plus. Et les producteurs peuvent difficilement augmenter leurs prix à cause de la concurrence. Toujours autant de production d’eau, pas plus de consommation, mêmes prix. La situation reste inchangée sur ce produit, du moins sur le court terme. Il reste cependant une autre catégorie de produits, comme les abonnements à Netflix, pour lesquels il est possible d'augmenter rapidement la production de sorte que même si la demande augmentait rapidement il suffirait à Netflix de vendre plus au même prix avec les mêmes marges, pour gagner plus. La concurrence fera de même, les prix n'augmenteront pas nécessairement et les pauvres pourront regarder plus de documentaires éducatifs.. ou de séries, c'est au choix. Il y a même des produits intéressants où ce sont les riches qui consommeront moins en réalité. On peut imaginer quelqu'un d'aisé, qui paye maintenant plus d'impôts, se séparer d'une femme de ménage à plein temps et embaucher quelqu'un à temps partiel à la place.

Biensûr les prix augmentent, ou baissent, partout, dans tous les sens, et sur des durées différentes. Dans mon exemple peut-être que la femme de ménage de luxe baissera ses tarifs, après tout elle à elle aussi le revenu de base, et donc l'homme d'affaires aisé pourra la retenir finalement. Peut-être mais pas sûr et il y à d'autres produits où ce n'est pas le cas. Les répercussions sont complexes et très variées suivant les secteurs. Mais une chose est sûre, avec l'effet redistributif du revenu de base, les pauvres ne consommeront clairement pas moins et les riches clairement pas plus. Dans le pire des cas l'effet inflationniste du revenu de base ne changera pas grand-chose pour personne. Dans le meilleurs des cas, qui semble inévitable, il n'empêchera pas les pauvres de consommer quand-même un peu plus, de certaines choses.

L'idée comme quoi le revenu de base ne changera rien à coup sûr, c'est l'idée du plancher économique où on est tous au même niveau de départ de toute façon, on à tous les pieds qui touchent par terre, et les petits ne sont pas plus grand qu'avant si le plancher monte. Mais encore une fois, cette vision est simpliste, ce n'est pas un plancher, ou une marée qui fait monter et descendre tous les bateaux pareil, l'économie est un champs avec des trous et un paysage qui change tout le temps, et différemment pour tout le monde. Pour remplir les trous un peu, le revenu de base doit piocher dans les mottes. Mais attention, comme nous l'avons vu, l'idée que le revenu de base va mécaniquement augmenter le pouvoir d'achat des pauvres pour tout, est elle aussi simpliste. Ce sera sûrement le cas là où la production peut facilement s'adapter à plus de demande. Mais pas ailleurs.

Et justement ça tombe bien, car l'une des justifications principales du revenu de base.. c’est l'automatisation. La production sans humains, ou en tout cas avec moins d'humains. Et là on est d'accord, généralement parlant, plus on automatise plus on peut produire. Le même mécanisme qui rend le revenu de base pressant selon ses défenseurs, permet d'éviter une trop grande inflation des prix qui annulerait l'augmentation du pouvoir d'achat des pauvres. Plutôt pas mal.

Pas mal, enfin sauf si on n'a plus de quoi investir dans les machines. Redistribuer l'argent depuis les riches vers les pauvres, c'est en partie redistribuer du pouvoir d'achat depuis l'investissement vers la consommation. Les riches investissent beaucoup plus qu'ils ne consomment, et les pauvres c'est l'inverse. C'est vrai biensûr mais l’argent ne reste pas longtemps entre les mains des ex-pauvres justement. Il est vite dépensé. Ce qui donne aux investisseurs, qui ont certe moins de moyens qu'avant, un signal pour rediriger leurs ressources principalement vers l'amélioration de la production des produits qui sont maintenant plus consommés qu'avant. C'est là qu'ils peuvent avoir un meilleur retour sur investissement. Et d'ailleurs même s'il y a moins de capitaux disponibles pour l'investissement, la concurrence entre les fournisseurs permet souvent de faire autant avec moins.

Imaginez une usine qui coûterait normalement un million d'euros à fabriquer. Il est probable que les fournisseurs, voyant que les investisseurs ne sont plus capables de débloquer un million, soient tous contraints de baisser leurs prix pour que l'usine puisse être finalement construite. C'est ça ou ils ne construisent rien. Et pour baisser leurs prix, il est probable que ces fournisseurs doivent aussi baisser leurs marges, les salaires et renégocier le coûts des matériaux avec leurs propres fournisseurs et ainsi de suite. Plutôt que de ne pas construire l'usine, l'économie se réajuste tout au long de la chaîne. Oui les directeurs seront probablement moins bien payés, les chefs de projets aussi, les ouvriers aussi. Mais le revenu de base leur est versé à eux aussi. Au final, l'économie retrouve un équilibre qui permet à l'investissement limité qui reste de faire son travail et de concentrer l'effort de production là où il est le plus utile. Pour répondre quand c'est possible, aux nouvelles habitudes de consommation.

Mais il nous reste un problème de taille. Un problème exemplifié par le logement. Souvent on nous dit que le revenu de base introduirait ce que les économistes appellent un effet d'aubaine. C'est à dire des conséquences imprévues qui, dans notre cas, permettent à certain de bénéficier de ce qui était prévu pour d'autres. L'idée c'est que si nous recevons tous 600 euros de plus par exemple, les loyers vont tous augmenter de 600 euros et voilà.. ce qui était prévu pour aider les pauvres va finalement aider les propriétaires. Pour ceux qui habitent leur propre logement c'est bien mais on pourrait imaginer les banques faire pareil et faire payer plus cher les emprunts.. ou alors les vendeurs faire payer plus cher leurs biens sachant que les gens peuvent emprunter plus. Donc finalement ne sont à l'abris que ceux qui sont propriétaires et ont déjà contracté, ou même remboursé, leur emprunt à taux fixe.

Ici concentrons-nous sur les loyers. Malheureusement tout le monde à besoin d'un logement. Et ici comme ailleurs le prix est déterminé par l'offre et la demande. Si plus de gens peuvent se loger aux prix actuels, alors la demande augmente. Si l'offre reste la même, nous avons donc une concurrence plus vive entre locataires. Et donc les propriétaires peuvent se permettre de saisir cette aubaine et d'augmenter les loyers pour retrouver l'équilibre initial. Mais biensûr la non-plus ce n'est pas si simple. L'offre n'est pas forcément fixe. Ça dépend des endroits. Souvent en banlieue il est possible de construire un tout petit peu plus loin et voilà. Plutôt que de payer un double loyer, autant devenir propriétaire soit-même. Et donc la pression sur les loyers est limitée. En plein centre de beaucoup de grandes villes en revanche oui l'offre est plutôt fixe. On ne peut plus rien construire ou presque. Souvent pour des raisons réglementaires. On peut en effet construire en périphérie mais ce n'est plus le même produit.

Mais attention. Vous avez peut-être remarqué ici quelque-chose d'intéressant du point de vue géographique. Une raison principale pour laquelle les gens veulent un appartement plutôt qu'un autre est son emplacement, c'est ça qui limite l'offre finalement, pas vraiment le type d'appartement ou de maison. Imaginons trois bandes. La bande A, la bande B et la bande C. Le centre ville, la banlieue et la campagne environnante par exemple. La bande C à pas mal de place pour y construire de nouveaux logements mais imaginons que le reste soit figé. On ne peut pas loger plus de gens dans A et B. Dans notre exemple il semble en réalité improbable que les propriétaires puissent vraiment augmenter leurs loyers de 100% du revenu de base. 600 euros admettons.

La raison est simple, si les propriétaires de la bande C augmentaient le loyer de 600 euros, les habitants chercheraient vite à faire construire leur propre maison ou appartement juste à côté. Il reste de la place, autant payer un gros crédit et devenir propriétaire plutôt que de payer le double de loyer pour rien. Et nous voyons qu'ici les propriétaires de la zone C sont limités par la concurrence des promoteurs et des banquiers. Mais même en zone B, nos propriétaires auraient un peu le même problème. Augmenter de 600 euros, c'est risquer de voir certaines personnes partir en zone C. C'est un peu moins bien, mais pas 600 euros par mois moins bien. En tout cas pas pour tous. Les loyers augmenteront peut-être un peu mais pas de 600 euros, sinon certains appartements seront vides. Enfin en zone A c'est là aussi un peu pareil. Certains habitants préféreront la zone B pour éviter quelques centaines d’euros de loyer en plus. La menace d'un déplacement de A vers B, de B vers C et de C vers de nouveaux logements toujours en C, limite la monté des prix. Ils augmentent un peu mais pas partout pareil et pas suffisamment pour compenser le revenu de base, surtout pour les moins riches qui normalement habitent plutôt en B ou en C.. là où les loyers augmentent le moins. Et ce sans même parler des effets de décentralisation géographique que les partisans du revenu de base attendent.

OK donc, si on fait abstraction des autres effets négatifs sur l'économie que lui prédisent ses détracteurs, et dont nous parlerons dans le prochain épisode, le revenu de base pourrait probablement réduire la pauvreté. Voir même l'éliminer dans sa version absolue. L'inflation, définie ici en terme de perte ou de stagnation de pouvoir d'achat, est une peur probablement en bonne partie injustifiée. Il y en aura c'est sûr mais pour les pauvres, l'effet sur le pouvoir d'achat est positif quand-même.

Tout ça c'est très bien mais la réduction de la pauvreté est-elle bien souhaitable ? Est-ce un objectif valide pour la société ? Ce n'est pas parcequ'on peut, qu'il faut. Je sais que la réponse nous paraît probablement évidente. Biensûr, qui peut souhaiter voir les gens pauvres. Et bien comme toujours ce n'est pas si simple. Et j'en parlerais dans un futur épisode mais néanmoins j'aimerais aujourd'hui revenir brièvement sur notre épisode d'hier. Hier nous avons parlé du contrat social. C'est lui qui finalement légitime ou non les objectifs de la société, et ses actes. Et rien n'empêche la société de choisir de manière cohérente d'éliminer la pauvreté absolue et de réduire la pauvreté relative. C'est déjà le chemin que nous prenons avec les aides sociales ou les obligations d'assistance à personne en danger etc. La solidarité, méritée ou non, est déjà une obligation que la société impose à ses membres capables, envers ses membres incapables. Incapable dans son sens littéral hein quelqu'en soit la raison, je n'émet pas de jugement ici.

Et si l'idée d'aider les pauvres vous paraît un choix sociétal évident, avec le revenu de base comme outil majeur peut-être, là où les choses sont sûrement plus sujettes à controverse c'est sur la porté de ce contrat. La pauvreté c'est pas uniquement à Paris, à Genève, à Montréal ou à Bruxelles. C'est aussi à Kinshasa, à Lagos et à Karachi. Et oui, si un pays relativement aisé estime pouvoir mettre en place le revenu de base, peut-être grâce à une automatisation très poussée.. on a vu dans l'épisode 26 que plus la société était automatisée plus le revenu de base était viable.. on peut imaginer l'attrait d'un changement de climat pour les gens des pays moins développés. S'il n'y a même plus besoin de pouvoir se rendre utile, d'avoir des compétences et une expérience particulière, pour passer de la pauvreté absolue à un niveau de luxe inimaginable.. il ne faut pas être devin pour comprendre les futurs flux migratoires. Ils sont déjà assez clairs alors que les conditions d'accueil sont nettement moins favorables.

La question de l'immigration est une question très compliquée qui va bien plus loin que l'économie et je ne vais pas entrer dans ce débat très important aujourd'hui. Les partisans du revenu de base semblent vouloir le mettre en place pays par pays, même si on trouve quelques internationalistes par ci par là, il ne s'agit pas du projet le plus couramment discuté. Nous avons donc bien ici une autre validation du contrat social comme étant la source de légitimité du revenu de base. Ce contrat n'inclut que ceux qui en font partie et pas les autres. Le revenu de base n'est pas proposé aux étrangers, il n'y ont pas droit, car la société est un ensemble de droits et devoirs, limités à un groupe précis. Ce n'est pas un droit universel de par notre configuration biologique.. parcequ'on est classé dans les homo sapiens.. nous avons fait allusion dans l'épisode précédent au fait que des droits intrinsèques ne peuvent pas exister. Les droits et les devoirs c'est important. J'en ferais un épisode à l'avenir.

Mais dans le cas du revenu de base, c'est un droit sans contrepartie qui peut être qualifié de cadeau. Un cadeau puisque la société peut à tout moment modifier ce droit. Elle n'est donc pas en réalité obligée de donner un revenu de base précis à tous. Elle peut en changer le montant, les modalités de distribution et même l'assiette. Et pour l'instant y'en a pas du tout. Et la société peut donc légitimement décider d'étendre ce cadeau à ses visiteurs ou même hors des frontières d'un pays si elle le souhaite. Ou pas. Légitime dans les deux cas et tout dépend des préférences, des circonstances et des considérations pratiques. Même en le voulant c'est peut-être pas possible. Et il n'y a pas d'obligation de le vouloir.

Nous avons vu que la pauvreté s'exprime de deux façons, en absolu, par rapport à nos besoins de base, et en relatif, par rapport à nos voisins. Et il ne faut pas négliger la véritable souffrance psychologique causée par la pauvreté relative. Nous avons vu aussi que le revenu de base ne peut qu'être redistributif et que le spectre de l'inflation, pour les pauvres, n'est finalement qu'un spectre. Comme toute redistribution de richesses, les pauvres seront gagnant dans une certaine mesure et les effets inflationnistes seront limités et le résultat globalement positif sur leur pouvoir d'achat. Un revenu de base peut en effet éradiquer la pauvreté absolue, et diminuer la pauvreté relative. Du moins en théorie. En pratique peut-être pas. Les craintes vis à vis du revenu de base ne se limitent pas seulement à son prétendu effet inflationniste ou à l'immigration, mais aussi aux effets sur la motivation par exemple. C'est pas le tout de vouloir bien partager le gâteau, encore faut-il l'avoir. Alors quelques conséquences pour le gâteau dans un monde où personne n'a plus d'obligation de travailler pour subvenir à ses besoins de base ? C'est le sujet de notre épisode de demain. D'ici là je vous dis à bientôt.

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