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Sommes-nous dus un revenu de base ?

Sur quelles bases éthiques pouvons-nous poser le revenu de base ? Application du principe de réciprocité, rente collective, droit naturel.. ou autre chose encore ? Plongeons ensemble dans ce sujet épineux et controversé.

Bonjour à tous ici Nicolas pour notre premier épisode dans notre série sur le revenu de base. Je sais que le sujet est polarisant, en général soit on est vraiment pour, soit on est vraiment contre, rares sont ceux qui sont neutres ou disent honnêtement ne pas savoir. Peu importe votre cas j'espère que vous écouterez cet épisode jusqu'au bout avec l'esprit ouvert, et n'oubliez pas que ce n'est que le premier d'une série et que ses conclusions ne concernent qu'une partie du revenu de base, et ne sont pas suffisantes pour juger le concept dans son ensemble. Comme pour tout, il y a du pour et du contre, déçu ou enthousiasmé, il ne faut pas s'arrêter à la première conclusion.

Aujourd'hui donc nous allons essayer de voir si le revenu de base est un dû. Et qui dit dû dit obligation. Obligation d'une partie envers une autre. Dans notre cas, la société a-t-elle donc une obligation de fournir à ses citoyens de quoi subvenir à leurs besoins de base. Pour les uns c'est un grand “oui c'est évident” et pour les autres un grand “non c'est ridicule”. Néanmoins je pense que la question mérite plus de quelques secondes de réflexion et nous allons donc nous y pencher sérieusement.

L'une des caractéristiques qui définit notre espèce est un besoin instinctif de réciprocité. D'ailleurs pas seulement notre espèce, c'est un besoin si primaire qu'il est aussi présent chez les singes par exemple. La réciprocité c'est l'idée de se sentir obligé de rendre la pareille. En bien ou en mal. Rendre un service pour un service ou un coup pour un coup. Pas nécessairement avec la même ampleur, parfois plus parfois moins, mais néanmoins on sent qu’il faut réagir. Et quelque part, dans une espèce sociale ou les interactions de groupe sont fréquentes et sur le long terme, il est logique que l'évolution nous pousse petit à petit à vouloir récompenser les gens sympas et punir les salauds. C'est dans notre intérêt puisqu'on augmente les chances de voir les gens bien se comporter à l'avenir, dans l'espoir d'être récompensé, et qu'on diminue les chances de voir les gens mal se comporter, par peur d'être punis. Autant donc avoir ça comme instinct, et effectivement c'est le cas.

Et c'est tellement vrai que nous façonnons nos sociétés généralement en ce sens pour ne surtout pas casser complètement cette dynamique. Nous sommes arrivés à la conclusion que notre instinct ici va dans la bonne direction, en général, et qu'il suffit d'appliquer notre raison pour le peaufiner dans les cas particuliers. Nous avons donc des lois pour punir les criminels et récompenser les gens qui oeuvrent pour le bien de la société. Nous avons une approche réciproque, tant dans notre instinct que dans la codification sociétale de nos interactions. Il y a des exceptions mais elles sont justement des exceptions. Et d'ailleurs le revenu de base en serait une de plus. Mais nous y viendrons un peu plus loin.

Avant ça parlons du concept d'externalités. En économie ce sont les conséquences positives ou négatives d'une activité sur les tiers, et qui ne sont pas incluses dans le calcul des coûts et bénéfices lors des décisions. C'est compliqué mais pour rendre ça parlant, prenons l'exemple d'une usine qui fabrique des produits. L'entrepreneur à des coûts privés, la main d'oeuvre, la matière première etc. Le consommateur lui estime qu'acheter le produit vaut plus le coup que d'acheter autre chose ou de garder ses billets dans la poche. Des bénéfices privés. Gagnant gagnant sinon ils n'échangeraient pas. Et donc la décision de produire tient compte des coûts et bénéfices privés tant pour le producteur que pour le consommateur.

Mais nous oublions un peu tout le reste autour. La production c'est probablement de la pollution qui elle coûte aux autres, aux riverains au moins. En qualité de vie, en perte de rendement agricol, en problèmes de santé etc. etc. Un coût qui est tellement dispersé qu'on peut l'appeler coût social pour faire simple. Et ce coût ne rentre pas en ligne de compte lorsque l'entrepreneur fait ses calculs pour fixer le prix de vente. La société au sens large, incluant le producteur, les consommateurs mais aussi tous les riverains, y gagne ou y perd, on ne sait pas trop. Pour savoir si la production de l'usine est globalement positive ou négative, du point du vue de la société, il faudrait y inclure tous les coûts et tous les bénéfices. Privés et publiques. C'est pourquoi les gouvernements essayent parfois de calculer les coûts de la pollution pour les ajouter aux prix sous forme de taxe carbone ou autres. C'est loin d'être parfait biensûr puisque les riverains peuvent souffrir beaucoup et le reste de la société presque pas du tout. Les coûts et bénéfices sociaux, c'est un gros gros raccourcis, et la solution idéale serait sûrement de pouvoir calculer les coûts et bénéfices précisément pour chacun, mais mon seul but pour cet épisode est de montrer qu'il y à des coûts externes, plus ou moins publiques, aux actions privées..

.. mais l'inverse est vrai aussi. Il y souvent des bénéfices publiques aux actions privées. Des externalités positives. Le propriétaire qui taille sa haie religieusement tous les dimanches en prend la décision parce qu'il en retire plus de bénéfices privés que de coûts privés. Il aime avoir une jolie haie dans son jardin et ça lui évite d'être trop bedonnant, même si les efforts et le temps passé à cette tâche représentent peut-être pour lui un coût. C'est chiant il ferait bien autre chose, mais la haie taillée c'est quand-même vraiment plus joli. Mais il n'y a pas que lui qui bénéficie, les gens du quartier aussi. Le coin est plus joli et les valeurs immobilières s'en ressentent. Il y a peut-être un petit coût auditif tous les dimanches, il faut fermer les fenêtres, mais peut-être pas, imaginons pour notre exemple qu'il fasse comme moi et utilise une simple cisaille toute silencieuse. Nous avons là un exemple d'externalité positive. Et là aussi, le bien collectif des tiers n'entre pas en considération dans le calcul de notre propriétaire. Si les efforts privés sont inférieurs aux bénéfices privés à ses yeux, il ira tailler la haie sans qu'on lui dise. Sinon, s'il préfère regarder le foot plutôt que d'avoir une jolie haie, il n'ira pas, même si au global les bénéfices pour le quartier sont nettement supérieurs. Une perte pour la société.

Et ici aussi les gouvernements veulent parfois rééquilibrer le calcul. Pour être sûr que les haies soient taillées dans les coins où les gens considèrent généralement ça important, les municipalités ou syndics ajoutent parfois des amendes.. correspondant peut-être mais probablement pas, au coût d'une haie pas taillée pour le quartier. Si vous vous demandez pourquoi le gouvernement ne propose pas le calcul inverse et ne cherche pas à récompenser, je suspecte que la raison soit une question d'économies. Psychologiquement on est plus facilement prêt à agir pour ne pas perdre 10 euros que pour en gagner 10. Autant agiter le bâton réutilisable plutôt que la carotte mangeable. Petite parenthèse.

Nous voyons donc que dans la plupart des actions privées, si on cherche bien, il y à des coûts et des bénéfices privés, mais aussi publiques. Faire du bénévolat, bien élever ses enfants, tailler la haie, même se faire vacciner. Le monde est interconnecté plus que jamais, personne ne vit dans sa bulle imperméable. Seulement voilà, c'est trop compliqué. Personne, même pas la bureaucratie la plus étendue, ne pourrait calculer tout ça précisément pour tout le monde tout le temps. D'autant plus lorsque les trois quarts des choses sont subjectives, varient de personne en personne, et sont souvent sans prix. Tout le monde ne préfère pas voir des haies bien taillées, certain s'en fichent pas mal et d'autres les préfèrent au contraire naturelles. Et quel est le coût monétaire de voir une haie mal taillée pour quelqu'un que ça dérange ? Que ça dérange un peu, beaucoup. D'une haie sur un grand boulevard ou en pleine campagne. Voilà pourquoi les gouvernements se bornent généralement à corriger les plus gros problèmes les plus visibles et laissent le reste tranquille. Après tout, chercher à tout contrôler à un coût aussi, ne serait-ce que psychologique, pour la population.

Néanmoins nous avons établis ici le principe d'une société qui essaye au moins un peu d'appliquer de manière très imparfaite le principe de réciprocité, pour récompenser les actions positives pour la société mais aussi punir les actions négatives. Elle crée des obligations en retour pour équilibrer les actions à l'échelle de la société. Mais le revenu de base lui, lorsqu'il est invoqué en ce sens, c'est plutôt enfoncer une punaise à coup de masse. Il est invariant et appliqué pareil dans tous les cas pour toutes les activités, ou même.. sans activités. Préférons le doigt pour enfoncer notre punaise. Si l'objectif est de rémunérer les externalités positives, la part bénéfique pour la société des activités privées, le revenu de base n'est clairement pas là pour ça. Il rémunère autant la partie privée d'une activité, qui est déjà rémunérée par le résultat de cette activité, sinon elle ne serait pas entreprise, que la partie publique, qui elle effectivement ne l'était pas. Mais elle ne l'est peut-être toujours pas assez ou peut-être trop.. ou peut-être n'y-a t-il pas de part publique.

Le revenu de base s'en moque, il n'est justement pas conditionné à la production de valeur pour la société, et son montant n'est clairement pas lié à cette dernière. Il est accordé même pour les activités globalement nuisibles. Il permet autant de subventionner le bénévolat à la croix rouge que la pollution des jet skis, celui qui taille sa haie que celui qui joue de la guitare fort toutes les nuits. Et là très clairement le revenu de base n'a rien à voir avec la réciprocité. Il se moque du calcul des externalités. Il ne récompense rien de spécial, sinon par hasard chanceux de temps en temps. Il peut encourager le bon, comme le mauvais.

D'ailleurs en parlant d'encouragement, il est tout à fait possible que le revenu de base encourage de temps en temps certaines activités bénéfiques à la société qui coûtaient trop d'efforts privés avant pour être entrepris. Mais il y a une différence de timing importante ici. Lorsqu'on parle d'obligation dans le sens d'un dû, le sujet de notre épisode, on parle de retour. Pas d'avance inconditionnelle.

Pour illustrer prenons l'exemple de mon portail vieillissant. Ais-je une obligation envers mon voisin peintre de l'embaucher ? Imaginons qu'il puisse faire le travail pour presque rien, en tout cas moins que ça me coûterait à moi en terme de peinture, d'efforts et de résultat pas terrible.. très facile à imaginer dans mon cas. Il est donc ma meilleure option. Clairement je devrais l'embaucher lui. Mais peut-on dire que je lui doive de l'embaucher ? Et si non, doit-on un revenu de base a ceux qui aimeraient faire du bénévolat mais qui attendent d'être payés pour ? Attention, c'est peut-être globalement là aussi une bonne idée pour la société, je ne sais pas.. mais toujours pas un dû.

On peut pousser encore un peu les limites de la réciprocité. Un jour on frappe à ma porte, interrompant mon enregistrement du podcast. Je vais ouvrir et voilà mon voisin tout souriant qui pointe du doigt mon portail repeint, juste avant de me montrer sa facture. Pas cher, prix coûtant. Ais-je une obligation de le payer ? La facture doit-elle être réglée ? Si non, il n'est donc pas garanti non-plus qu'il faille payer les efforts privés entrepris unilatéralement, même s'ils sont bénéfiques pour la société. Il aurait fallu se mettre d'accord avant. Le revenu de base fonctionne sur un principe unilatéral. Une faveur que fait la société sans avoir rien demandé en retour. On imagine mal le gouvernement mettre ce système en place puis quelques années plus tard décréter que nous devons tous à la société dix ans de service. Un peu comme pour l'éducation gratuite, ou les soins gratuits ou les aides publiques.. ou le bénévolat et toutes les autres choses d'initiative publique ou privée que nous faisons pour le moment gratuitement. C'est une faveur qui ne crée pas d'obligation. On peut se “sentir” obligé biensûr, mais c'est une obligation qu'on s'impose à nous-mêmes.. ou non. Et d'ailleurs aux vues de tout ce que la société fait pour le commun des mortels il n'est pas évident que nos efforts pour la collectivité ne soient pas en réalité un remboursement plus qu'une avance. Même sans revenu de base, la société fournit quand-même éducation, justice et j'en passe.. qu'on participe ou non. La société devrait-elle se sentir obligée de verser un revenu aux bénévoles ? Peut-être mais rien n'est moins sûr.

La réciprocité c'est bien mais parfois on a rien demandé, et en tout cas souvent il est très difficile de savoir si on est globalement en crédit ou en débit. Et pour clarifier tout ça, un principe clé est biensûr celui d'intentionnalité mutuelle. On demande avant de rendre service pour lequel on attend d'être payé. On précise parfois les détails dans un contrat formel mais souvent il est verbal ou même tacite.. avec les risques de mésentente que ça implique. Mais pour former une véritable obligation, pour qu'on puisse parler de dû, il faut un accord. Une déclaration d'intention.

Et celle-ci peut aller dans un seul sens. Les promesses, les engagements, ça marche aussi. Promettre quelque chose, s'engager, c'est se créer une obligation. Une obligation peut-être unilatérale. Par altruisme par exemple. Elle peut être temporaire, mais tant que cette obligation auto-imposée est annoncée et existe, il y a bien une attente de créée, qui traduit la notion de dû. Et dans le cas de la société les exemples abondent. Toutes les aides sont des obligations que la société se crée envers ceux qui correspondent à certains critères. Les aides leurs sont dûes tant que la société les promettra. Attention je parle ici des aides unilatérales comme les aides médicales, les revenus d'insertion ou allocations pour le handicap qui ne requièrent pas réellement de contreparties. Je ne parle pas des assurances santé ou chômage. Ou même des systèmes de retraite publique. Le revenu de base est accordé sans contrepartie, sans besoin de participer avant ou après, ce n'est pas une assurance. C'est plus une aide unilatérale justement.

Une aide qui pour le moment n'existe pas, n'est pas promise. Et donc n'est pas dûe. Mais elle pourrait très bien le devenir, comme les aides existantes que le revenu de base est d'ailleurs souvent sensé remplacer au moins en partie. Une aide qui est universalisée et dont les objectifs sont multiples. Finalement ici nous parlons un peu de contrat social. Je sais qu'on peut critiquer la notion de contrat social. Personne ne signe vraiment jamais explicitement, et on peut questionner la légitimité d'un contrat que nous ne sommes pas véritablement en mesure de refuser. C'est un gros sujet et j'en parlerais un autre jour. Acceptons-le pour le moment et on lui percera des trous pour les raccommoder, plus tard. Imaginons pour cet épisode un vrai contrat signé par des gens qui décident d'emménager ensemble dans une nouvelle société. Si on admet la légitimité du contrat social, il devient possible de le modifier pour y inclure la notion de revenu de base. Même si cela-ci n'était pas dû avant, il peut le devenir après, sur une base contractuelle. Et quelque part ce contrat social très mal défini et qui veut dire tout et n'importe quoi suivant à qui on pose la question, porte en lui l'idée d'améliorer la condition humaine. Et c'est justement ce que promet le revenu de base.

A noter que le revenu de base est parfois considéré comme une rente. Et une rente est dûe. Dans le cas présent elle serait liée à la notion de propriété ou chaque citoyen est considéré comme actionnaire de la collectivité. C'est vague et on peut y mettre, ou en exclure, un peu tout ce qu'on veut. D'une lecture très communiste où on trouve à peu près tout, de la propriété foncière aux outils de production, à une lecture plus capitaliste où on trouve principalement la valeur des services publiques, comme la sécurité ou les infrastructures. C'est d'ailleurs un peu la genèse du revenu de base où on imaginait une sorte de revenu de la terre ou des ressources naturelles. La société permet à certains individus de monopoliser les ressources, d'en devenir propriétaire.. ce qui exclut tous les autres par la même occasion. Et comme les autres en sont exclus, ils méritent compensation. Biensûr la question se pose de savoir comment la société, qui n'est qu'un groupe de personnes finalement, était devenu propriétaire des ressources en premier lieu. Difficile de donner ce qui ne nous appartient pas, mais comment le premier propriétaire, fusse-t-il un groupe, devient-il propriétaire ? Pas si simple et l'arbitraire et la force jouent en réalité ici un rôle primordial que nous explorerons à l'avenir. Mais peu importe ce qu'on y met, la question est de savoir qui est propriétaire de la société au sens large, et donc de ce que elle possède.

Si la réponse est celle de la citoyenneté, c'est donc un cadeau de la société à ceux qui y entrent, à ceux qui deviennent citoyens. Un cadeau car biensûr il est accordé à ceux dont les parents sont citoyens, mais pas aux autres, une sorte d'héritage. Pas aux touristes, pas aux immigrés temporaires. Un cadeau puisque même s'il était accordé à tous de manière universelle sur toute la planète il ne dépendrait toujours pas de la valeur pour la société des efforts de celui qui le reçoit. Dans la plupart des cas on ne devient pas citoyen parce qu'on le mérite mais parce qu'on existe. Une propriété sans investissement d'effort, sans rien de plus qu'être venu au monde. Nous voyons ici qu'il est difficile de parler d'un dû. Dire que la simple naissance d'une personne crée des obligations, pour ceux qui n'en sont pas responsables, me semble un peu suspect et arbitraire. N'oubliez pas, nous ne parlons pas de partager les ressources des parents avec leurs enfants, mais bien de partager les ressources des uns avec les enfants des autres. En revanche il peut s'agir de nouveau d'un contrat social et là pourquoi pas, que la société décide de se créer une obligation envers ceux qui y naissent, qu'elle décide de leur offrir automatiquement un titre de propriété sur la collectivité OK. Mais nous sommes plus dans le contrat ici que dans la rente idéologique à laquelle on pense généralement. Pas dûe a priori mais dûe si la société le décide.

Mais attention, le revenu de base ne serait-il pas quand-même un droit humain ? Un droit naturel, qui est attaché au simple fait d'être humain. Ou même un droit universel, qui n'est pas attaché au simple fait d'être humain mais au fait de vivre en société, quelque soit cette société. Ici nous avons plusieurs problèmes et je ne veux pas me lancer dans un épisode sur la nature des droits, mais je n'ai pas trop le choix et je vais essayer d'en faire un méga condensé quand-même. Imaginez une île déserte où nous avons un naufragé. Il doit fournir des efforts pour ouvrir les noix de coco, pour se faire un abris en feuilles de palmier etc. Il pourrait avoir un droit naturel à un revenu de base que ça ne changerait rien. Il ne peut pas décider de réclamer son dû et de se tourner les pouces en attendant, ou alors il ne les tournera pas plus de quelques jours. Il pourrait aussi bien avoir le droit à un palais ou à un vaisseau spatial. Tout seul, le concept de droit n'a pas de sens, c'est un concept social car il est basé sur la notion d'obligation, pour les autres. Je m'explique.

Imaginons maintenant qu'un deuxième naufragé arrive. Et là voyant les noix de coco et l'abri il proclame fièrement son droit à une sorte de revenu de base en nature. C'est à dire assez de noix de coco et d'espace sous l'abri pour survivre. A-t-il un droit humain de ce genre ? Si oui, ça voudrait dire que le premier naufragé à l'obligation de partager le fruit de ses efforts, que l'autre participe ou non. Le consentement du premier naufragé n'est pas important dans le cadre d'un droit soit disant naturel où le seul critère est l'espèce. Je suis humain j'y ai droit peu importe ce que les autres humains pensent. Si par chance ils ne s'étripent pas et arrivent à s'entendre, une fois les noix de coco partagées il faut maintenant aller en chercher de nouvelles. Et là étant donné le droit naturel aux noix de coco de base, les deux attendent que l'autre se bouge les fesses. Personne ne bouge, les fesses sont bien plantées dans le sable. Ce qui se passe ensuite dépend des détails de ce droit. Détails arbitraires eux aussi.

Imaginons qu'il faille une noix de coco pour être rassasié. Lorsqu'il n'y a pas assez pour tout le monde, que fait-on ? Si l'un deux se lève pour aller chercher une noix de coco, doit-il la partager tout de suite ou considère-t-on qu'il peut la garder en entier en tant que son propre revenu de base ? Dans ce cas il mangera sa noix de coco et n'ira pas en chercher une deuxième pour l'autre.. qui ira donc faire la même chose lui-même, comme si le droit à la noix de coco n'existait pas finalement. S'il faut partager chaque noix en revanche, le plus affamé devra donc en cueillir deux pour en avoir une entière, il perd au chantage de la faim. Évidemment ça ne se passera pas comme ça, les naufragés vont soit se foutre dessus soit s'ignorer, ce qui dans les deux cas revient à ignorer le droit “naturel” au revenu de base.. qui n'existe donc sous aucune forme en pratique au moins. Par contre nos naufragés pourraient forger un pacte, une société, d'assistance mutuelle. Si je suis malade tu vas chercher mes noix de coco et dans le cas inverse c'est moi. Ou je fais le toit en feuilles de palmier et tu coupes les bambous pour les murs. Bref, un contrat décidé entre eux car mutuellement avantageux, et non un contrat obligatoire de par leur nature d'êtres humains.

Vous pourriez me dire, oui mais la société n'est pas un groupe de deux. Très bien mais ici nous parlons d'une différence de taille et pas de principe. Et cela reviendrait à dire qu'il y a une taille précise, et peut-être une formule précise, qui permet de calculer le pourcentage de droit au revenu de base. Cette taille, ou cette formule est évidemment arbitraire. Quand le revenu de base commence-t-il à devenir un droit ? A partir de 3 personnes, 10, 100, 101 ? Quand devient-il légitime de forcer les uns à aller chercher les noix de coco des autres sans accord préalable ? Quand passe-t-il d'utilisation illégitime de la force à “droit naturel” qu'il faut faire respecter ? Non, peu importe la société, les droits, y compris celui au revenu de base, sont optionnels et peuvent légitimement varier de société en société. Un contrat social que différents groupes voient différemment suivant leurs préférences, leurs circonstances et leur analyse de ce qui va permettre d'en tirer les meilleurs résultats. Pas un droit naturel, ou même universel.. mais un droit contractuel, qui dépend de la société dans laquelle on se trouve.

Le revenu de base est-il dû en retour de nos efforts bénéfiques pour la société ? Est-ce vraiment un revenu ? Difficile d'argumenter en ce sens et il s'en défend de toute façon, il est inconditionnel, ne dépend pas d'effort passés ou futurs.. et les éventuelles récompenses ou encouragements sont d'heureux accidents qui ne sont que rarement commensurables avec lesdits efforts. Une lecture assez peu convaincante. De même il n'est pas évident que nous puissions être considérés comme propriétaires à part égales de la société simplement de par notre naissance sans autre considérations. Plutôt un cadeau, arbitrairement décidé par ceux qui composent ladite société envers ceux qui vont l'intégrer, sans contrepartie exigée. La encore pas vraiment un dû. Il ne s'agit même pas d'un droit naturel qui ne peut logiquement exister pas, plus pour le revenu de base que pour autre chose. En revanche il peut s'agir d'un contrat social qui octroie une aide ou une allocation, même si on aime pas le mot, pour des objectifs précis.. un cadeau représentant peut-être un statut d'actionnaire dans la société, ou autre chose, au choix. Vouloir l'appeler revenu c'est compréhensible mais c'est aussi trompeur et inutile. Surtout lorsque nous en sommes presque tous les bénéficiaires de toute façon.

Merci d'avoir écouté ce premier épisode dans notre série sur le revenu.. ou plutôt sur l’aide, l’allocation ou la rente de base.. et en attendant le prochain je vous dis à très bientôt.

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