TOP
accueilpodcast

Filiapolis logopodcast

Un regard objectif sur le revenu de base

Pourrions-nous découpler, du moins en partie, le revenu du travail ? Bonne ou mauvaise idée, panacée ou ruine, le revenu de base est un sujet épineux et clivant.

Bonjour à tous ici Nicolas. Continuons sur notre lancée avec un autre thème très controversé : le revenu de base. Dans l'épisode précédent nous avons parlé de pouvoir politique, et cette fois-ci nous allons donner dans une autre source importante de liberté, une source même souvent liée, le pouvoir économique. Mais biensûr le revenu de base ce n'est pas que de l'économie mais aussi de la psychologie, de la sociologie et de l'éthique. Cette idée touche d'ailleurs aux fondements de la société d'une certaine manière, définissant notre relation face aux autres, face à la société.. et même dans une certaine mesure face à l'idée qu'on se fait de nous-mêmes, de notre identité.

OK, de quoi parlons-nous ici ? Le revenu de base c'est quoi ? L'idée est connue sous divers autres noms : le revenu universel, revenu minimum guarantit, revenu inconditionnel, ou n'importe qu'elle combinaison du genre. Néanmoins pour notre discussion nous allons parler de revenu de base, avec les caractéristiques qui lui sont le plus souvent attribuées. Un transfert de ressources monétaires, depuis la collectivité, vers chaque individu sans aucunes conditions ou presque, et suffisant pour s'assurer de la satisfaction de tous les besoins quotidiens dits “de base”. Nous verrons que rien que dans cette définition il y a beaucoup d'incertitude et de débats quant aux détails, et nous préciserons tout ça le moment venu.

Mais fondamentalement c'est ça l'idée, une centralisation puis une redistribution de certaines ressources pour accomplir un objectif sociétal important. Dit comme ça le concept paraît tout de suite moins révolutionnaire et plutôt évolutif. Ça fait bien longtemps que les sociétés mettent certaines choses en commun puis les distribuent pour la consommation individuelle en fonction de certaines règles et pour certains objectifs. Dans les tribus humaines primitives par exemple, selon les meilleures estimations des anthropologues, le partage était même presque total et radicalement égalitaire. Ils mettaient tout en commun et partageaient tout équitablement ou presque. En comparaison le revenu de base ne semble plus si révolutionnaire.

Mais la société a bien changé, nous ne sommes plus de petites bandes primitives où tout est simple, tout le monde se connaît et la pression sociale est énorme. Ses mécanismes sont donc différents aussi. Cependant, même aujourd'hui, il existe dans tous les pays développés tout un tas de mécanismes publiques et privés, à divers niveaux, pour opérer une certaine forme de redistribution et pour aider ceux qui y parviennent mal, à mieux satisfaire à leurs besoins. Là où le revenu de base se veut, peut-être pas révolutionnaire, mais en tout cas radical, ce n'est pas dans l'objectif mais dans l'implémentation. Radical de simplicité, radical de centralisation et radical d'ampleur. Le revenu de base c'est un système souvent national qui a vocation à remplacer, sinon complètement, presque, toutes les formes de charité au niveau publique et privé, et ce à tous les échelons.. pour permettre une existence digne à l'ensemble de la population, sans la moindre contrepartie. Et là, même dans les sociétés les plus égalitaires, les plus collectivistes.. on a jamais vu ça. Je sais que toutes les propositions ne cherchent pas à remplacer 100% des aides et que les cas particuliers existent, on y viendra. Mais clairement, ce qui subsistera d'aide privée ou publique ciblée, représentera nécessairement une part infime dans la société par rapport à l'énormité du revenu de base.

Créer un système qui permette à 100% de la population de vivre dignement sans la moindre obligation, c'est couillu. D'ailleurs c'est ce qui a toujours fait peur à ses détracteurs. Je ne vais pas faire l'histoire du revenu de base, ici on parle des idées et pas de leur histoire et rarement de ceux qui les présentent, mais il suffira de dire qu'elle n'est pas nouvelle. Et pourtant elle a toujours suffisamment inspiré les hommes pour qu'on la propose régulièrement, mais aussi fait suffisamment peur pour qu'on la rejette, à gauche comme à droite, par le passé. Mais mais mais comme toute idées de ce genre, il y a peut-être une question de timing. De circonstances. La nature humaine n'a probablement pas changée mais son environnement technologique, économique et social, oui. Alors sommes-nous prêt ?

Pour voir si cette question à un sens, permettez moi une expérience de pensée et imaginons ensemble un instant un monde dans lequel la technologie a évolué au point de ne plus nécessiter de labeur humain pour satisfaire à nos besoins de base. Donnez moi le bénéfice du doute pour le moment, cet exercice se révélera utile c'est promis. Un monde où les machines peuvent produire l'énergie, la nourriture, les habitations et de manière plus générale tous les objets dont nous avons besoin. Un monde où elles nous coupent les cheveux, nous emmènent où nous souhaitons aller et fournissent tous les services de base au sens très très large. Un monde où potentiellement personne n'a faim, froid ou les cheveux trop longs.

Petite parenthèse, ce n'est pas nécessairement un monde où l'argent n'existe pas. Il n'y a toujours pas une infinité de machines ou de ressources, ou de terrains prêt de la tour Eiffel, ou de places pour voir un concert en personne, ou de véhicules libres là maintenant près de chez soi par exemple.. et même pour le reste, la production satisfait peut-être aux besoins mais n'est pas infinie ou instantanée.. et donc l'information contenue dans les prix du marché sera peut-être encore importante pour permettre aux machines de décider quoi prioriser, quand et pour qui. Nous aurons un épisode sur qui possède les machines, sur l'argent dans la société d'abondance, où nous verrons ça et d'autres concepts plus en détail. Nous verrons aussi les alternatives comme celle proposée par le Venus Project et les économies de ressources de manière générale. L'énergie comme monnaie ou ce genre de choses. Mais pour faire court, elles finissent toutes par introduire un système de rationnement semblable à l'argent même si elles évitent de l'appeler comme ça.

Gardons donc une notion de prix et d'argent jusqu'à preuve du contraire. Ici ce qui est important c'est le travail. Dans une telle société, est-il possible d'instaurer un revenu de base ? A priori oui puisque le revenu de base est censé garantir les besoins.. de base, justement. Et dans notre scénario, ces besoins sont pris en charge par les machines à 100%. Automatiquement et sans contrepartie requise. Une espèce de corne d'abondance où rien n'entre du point de vue de nos efforts humains mais tout en sort quand-même pour notre consommation. Et là clairement, s'il faut encore une notion de prix pour certaines choses au moins, rien n'empêche les efforts gratuits des machines d'êtres distribués aux humains selon les principes du revenu de base.

Un peu comme le soleil distribue gratuitement sa lumière à tous, les machines peuvent distribuer leurs efforts à tous, par l'intermédiaire d'un système équivalent au revenu de base éventuellement. Le soleil n'est pas dépendant des humains mais les machines non-plus dans notre scénario. Elles se programment, se gèrent et se construisent ou se réparent toutes-seules, un peu comme le soleil fait gentiment sa fusion nucléaire dans son coin sans nous. Le soleil lui ne produit qu'un type de bien, la radiation électromagnétique, et distribue tout ça bêtement, sans avoir notre bénéfice en tête d'ailleurs. Donc pas de choix, pas de prix et beaucoup de gâchis. Les machines elles nous servent nous mais doivent composer avec des ressources limités et des tas de besoins et envies différentes, et variables. Donc potentiellement une notion de rationnement, peut-être par l'argent, pour certaines choses.

Cette société idéale peut être vue comme utopique ou lointaine, ou les deux. Mais l'avantage de cette expérience de pensée est qu'elle résout de manière conclusive toutes les objections à l'introduction du revenu de base. Dans une telle société, le revenu de base ne trouve plus d'opposition sérieuse. Pas plus qu'on ne se demande comment faire si la lumière du jour était distribuée gratuitement. Les objections dont je vais parler dans quelques instants disparaissent et seuls demeurent les objectifs, qui sont atteints. Il y a donc au moins un type de société dans laquelle le revenu de base est certain de fonctionner comme prévu. Cette société est-elle possible ? Hé bien elle est inévitable selon moi et en attendant un épisode dédié au sujet, je vous encourage à écouter l'épisode 20 où j'en parle un peu. Est-elle souhaitable ? Absolument et je vous conseille l'épisode 21 où je parle de la mort du travail et des conséquences pour l'humanité et l'individu.

Mais voilà, malheureusement ce n'est pas dans cette société hypothétique du futur que l'on se propose d'instaurer le revenu de base mais bien là maintenant dans celle d'aujourd'hui. Une société où les besoins de base requièrent une participation humaine, des efforts individuels. Nous allons voir que ça change la donne. S'il n'y a pas forcément de doutes sur le revenu de base à terme, il y en a tout de même sur le timing. A l'inverse il y a aussi beaucoup d'espoirs et d'optimisme pour une implémentation rapide voir immédiate. Et si commencer trop tôt à peut avoir un coût, commencer trop tard en à peut-être un aussi.

Pour y voir plus clair, nous allons donc nous embarquer dans une série d'épisodes sur le revenu de base. J'ai déjà parlé dans l'épisode 3, qui était plus une réaction à chaud qu'un épisode classique, des expériences passées sur le revenu de base. Nous n'en avons en réalité rien appris d'utile malheureusement mais comme elles sont souvent citées en exemple il était important d'en parler, ne serait-ce que pour pouvoir les ignorer sereinement. Nous ne reviendrons pas là-dessus même si ça me démange.. je ne suis pas très fier de la qualité de cette réaction à chaud et j'aimerais presque en faire un véritable épisode un peu mieux écrit et surtout mieux enregistré. Donc si ça vous intéresse faites le moi savoir mais sinon je ne compte pas y revenir.

En revanche nous allons analyser les principaux objectifs que l'instauration d'un revenu de base est censé atteindre. Sont-ils légitimes d'une part, et d'autre part le revenu de base est-il l'outil idéal, ou même simplement un outil adéquat, pour les atteindre. Nous allons parler des mythes principaux qui l'entourent, des principales objections, mais aussi de choses plus rarement abordées mais tout aussi importantes. Mon objectif ici n'est pas tant de vous convaincre et d'apporter une réponse précise à la question mais surtout de dénoncer la qualité abominable du débat publique sur le sujet et l'aveuglement ou la naïveté dans les deux camps. Personne ne doute c'est formidable. Le revenu de base tend à polariser et visiblement tout le monde se croit expert sur le sujet après dix minutes de réflexion. Même ceux qui y ont beaucoup réfléchi, certains économistes par exemple, se trouvent souvent dans des camps opposés. Et les experts d'un domaine laissent trop facilement de côté ce qui touche aux autres domaines. Nous allons voir que le revenu de base est un sujet très complexe, multi-disciplinaire, où les certitudes devraient nous paraître fortement suspectes.

Comme toujours, je vais mettre en avant les idées et non les gens. Peut-importe le qui, nous devons juger le quoi, sur ses mérites. Que vous soyez intuitivement favorable ou hostiles au revenu de base, que vous en ayez une version préférée ou non, que vous soyez de gauche de droite ou du milieu, j'espère que nous pourrons aborder cette série avec l'esprit ouvert. Le scepticisme est cependant notre base de départ, pour analyser aussi bien le pour que le contre. J'espère vous avoir démontré au fil du podcast que vous pouvez me faire confiance sur ce point.

Chaque épisode à venir sur le sujet traitant plus particulièrement d'un aspect précis, ses conclusions, quand ils y en a, sont à voir comme une partie d'un tout et non pas comme le mot de la fin. Il est possible de valider une objection dans un épisode, puis de valider un objectif dans celui d'après. Ou l'inverse. Ce n'est pas forcément tout blanc ou tout noir. Il faut peser le pour et le contre dans son ensemble. Pour cette raison je vais essayer de nous faciliter les choses en sortant les épisodes de manière plus rapprochée qu'à l'habitude. Comme ça nous aurons rapidement un ensemble d'analyses couvrant les aspects principaux du sujet.

Les êtres humains ont pour des raisons évolutives que nous avons brièvement mentionné dans d'autres épisodes une certaines aversion naturelle au changement. Pire encore, nous avons une certaine aversion disproportionnée envers les pertes face aux gains. Nous sommes plus facilement prêt à accepter un pari, un risque, s'il est présenté sous forme de perte à éviter que sous forme de gain à atteindre.. même lorsqu'il s'agit fondamentalement du même pari. Nous y reviendrons. Et le revenu de base est à la fois un gros changement potentiellement risqué, mais aussi un changement présenté sous forme de gain potentiel. Passer au revenu de base c'est peut-être gagner quelque-chose. Malheureusement nous préférons instinctivement ne pas changer les choses, ou les changer pour éviter des pertes potentielles. Les pertes hypothétiques font très peur et les gains hypothétiques nous motivent moins en comparaison. Et généralement les défenseurs du revenu de base parlent de gains et ses détracteurs parlent de pertes.

Alors, ces tendances instinctives ne nous apprennent en elles-mêmes rien sur le revenu de base.. mais c'est vrai qu'il part avec un certain handicap. Juger cette idée impartialement telle qu'elle est présentée ne nous vient pas naturellement. Essayons donc d'y remédier et de présenter les choses sous les deux formes. Après tout un gain qui n'est pas réalisé est une perte par rapport à ce qui aurait pu être. Il suffit de bien le clarifier pour que l'impact émotionnel soit le même.

Nous ne parlerons pas vraiment des faux problèmes et des faux objectifs. La simplification administrative c'est bien mais ce n'est pas un but en soi.. plutôt un moyen d'atteindre d'autres objectifs, comme libérer des ressources utilisables pour le revenu de base justement. La difficulté de changer le système c'est pareil.. un problème temporaire qui ne se posera que si le revenu de base est jugé désirable. Commençons donc par savoir si c'est le cas et nous verrons ensuite quelles sont les difficultés d'y arriver. Si ça ne vaut pas le coup de partir, pas besoin de planifier en détail le voyage.

De quoi allons-nous donc parler exactement dans les prochains épisodes, et bien nous parlerons des espoirs du revenu de base. L'élimination de la pauvreté, la fin de l'exploitation / une plus grande liberté.. et aussi de l'amélioration de l'économie. Mais bien-sûr nous n'oublirons pas de parler des craintes. Du découragement du travail, des difficultés fiscales, de l'inflation / du coût de la vie qui augmente, de la perte de sens, et aussi de l'immigration. Dans les deux cas, nous aborderons chaque sujet, qu'il s'agisse d'un espoir ou d'une crainte, de manière la plus objective possible pour comprendre ce qui est justifié, ce qui ne l'est pas, ou bien ce que nous ne pouvons pas vraiment savoir à l'avance, en tout cas au jour d’aujourd'hui. Et oui, ne pas pouvoir être certain, ça aussi c'est une possibilité. Et dire qu'on ne peut probablement pas savoir, ce n'est pas une position confortable, mais au moins c'est honnête et on ne courre pas tête baissé vers l'inconnu en pensant savoir.

Merci d'avoir écouté cet épisode d'introduction. Si vous avez des interrogations précises ou des remarques sur le revenu de base faites le moi savoir rapidement à [email protected] ou dans les commentaires. Abonnez-vous pour être notifié lorsque les prochains épisodes paraîtront.. je vais essayer de les sortir de manière rapprochée pour avoir vite un tout cohérent. D'ici là je vous dis à très bientôt.

soyez généreux, partagez

iTunesFacebookYoutube



Accueil
Podcast


Parlons-en
Contribuez

Merci d'attribuer la source à filiapolis.org si vous copiez une partie de ce site.