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Démocratie : le moins pire des systèmes ?

Trump ou Hillary, n'ignorons-nous pas finalement le véritable problème ? Idéal politique presque universellement vénéré, analysons la démocratie de manière critique.

Salut ici Nicolas et aujourd'hui nous allons parler d'un sujet qui est perpétuellement d'actualité même si on n'y pense en général pas vraiment : la démocratie. Un idéal politique que nous prenons facilement pour une évidence, presque au dessus de tous soupçons ou en tout cas dont toute tentative de critique recueille facilement l'opprobre. Mais la philosophie pratique n'est pas un concours de popularité et donc nous allons analyser les fautes de la démocratie quand-même. D'autant plus que entre le brexit du Royaume-Uni, le référendum Suisse sur le revenu de base et là maintenant l'élection Américaine la plus improbable de mémoire d'homme entre un narcisiste fini et une belle crapule, il y a de quoi se poser la question de la démocratie. Que vous soyez pour ou contre le brexit, pour ou contre le revenu de base, pour Trump ou Hillary, peu importe, cet épisode est justement pour vous. D'ailleurs si vous n'avez pas d'opinion il est pour vous aussi, vous allez voir.

Comme souvent il nous faut passer ici par la case définition, la démocratie c'est quoi ? Et bien c'est simple en théorie, c'est l'idée que le pouvoir politique est entre les mains collectives des gens qu'il gouverne.

Et la base du pouvoir politique c'est l'utilisation légitime de la force. La politique sans pouvoir forcer ce n'est pas tellement un pouvoir mais plus une suggestion. Imaginez une loi qui crée des impôts, pas trop dur à imaginer ça ça va, mais qui ne propose pas de sanctions. Payez ou sinon.. tampis. Le trésors sera vite à sec, sans rentrer dans les détails, c'est ce que les économistes appellent le problème du bien public. Et même si suffisamment de gens payaient inlassablement année après année, ce qui n'est pas certain, ceux qui ne payent pas.. enfreignent la loi impunément par dessein.. et s'agit-il donc vraiment d'une loi ? Les actions politiques sont donc presque toujours basées sur la menace, parfois explicite parfois implicite, du recours à la force si on obéit pas.

Dans une démocratie cette menace politique est considérée comme légitime par presque tous, sauf les anarchistes et les pacifistes les plus ardents. Et la démocratie c'est donc en principe ça, la subordination de la force légitime à ceux qui en font l'objet. En pratique ça n'est évidemment pas le cas. Les anarchistes sont eux-aussi soumis à cette force politique qu'ils ne considèrent pas comme légitime. Et nous le verrons plus tard, il n'y a pas que les anarchistes loin s'en faut. En réalité la démocratie c'est une notion plutôt vague ou une proportion suffisamment élevée de gens contrôlent de manière plus ou moins directe l'utilisation de la force publique. Et quand je disais vague, ça va d’environ 15% à Athènes pendant l'antiquité à 70% en France aujourd'hui. Nous reparlerons des exclusions mais clairement une partie des humains qui composent le demos, le peuple, n'a pas vraiment de kratia, de pouvoir.

Attention, dans cet épisode nous allons parler des problèmes pratiques de la démocratie, mais aussi de ceux qui lui sont inhérents ou qui ne peuvent pas êtres facilement, ni même difficilement réglés. Nous ne parlerons pas en revanche des autres systèmes. Aujourd'hui nous ne faisons pas de comparaison avec les systèmes qui ont déjà étés essayés ou ceux qui sont proposés en remplacement de la démocratie. Et bien que j'ai mentionné notre feuilleton politique caricatural préféré en entrée, nous ne parlerons pas d'eux ou même des autres actualités présentes ou passées. Malheureusement la démocratie à des problèmes plus sérieux que ça et qui transcendent les époques et les situations.

Pour commencer nous allons parler élections. Non toujours pas celles qui ont lieu en ce moment outre atlantique mais plutôt le système représentatif. La démocratie par l'intermédiaire d'un groupe restreint qui parle pour tous. Les raisons invoquées pour ce système sont multiples. En général on avoue facilement que c'est pour des raisons pratiques : il n'est pas facile de faire des référendums sur tout tout le temps avec tout le monde. Alors on fait des mini-référendums avec quelques personnes dont c'est le travail et qui ont le temps et sont toujours sur place. Ça c'est la théorie, on sait bien qu'en pratique ça laisse à désirer. Mais c'est l'idée. Et je sais je sais, on à internet de nos jours et cette raison est de moins en moins justifiée.. ceci dit nous sommes encore loin d'un système de vote électronique qui puisse vérifier l'identité des gens efficacement et empêcher les fraudes. Un jour prochain peut-être, des élections sur le blockchain ou autre-chose on verra mais pour le moment cette raison semble encore valable pour la plupart des gens. Ce qui est moins souvent avoué c'est que ce système est surtout encore là pour éviter une trop mauvaise qualité des votes.. mais on y reviendra tout-à-l'heure.

La première question est de savoir si cette représentation est légitime. Lorsqu'on vote pour quelqu'un on ne vote pas pour soi mais pour elle ou lui. Dans le meilleurs des cas on vote pour cette personne parce qu'elle a les mêmes idées que nous ou éventuellement parce qu'on la croi plus compétente que nous pour décider. Dans le pire des cas, parce qu'on aime encore moins les autres candidats. Seulement voilà cette personne à un grand nombre d'idées et des niveaux de compétence très variés suivant les sujets. Et lorsqu'on vote on ne sais finalement pas grand chose de l'écrasante majorité des opinions d'une personne. Dans le meilleurs des cas encore une fois, on à pas mal de choses en commun, quelques points de désaccord et surtout.. beaucoup d'inconnu. Finalement cette personne se représente très bien elle-même et en toute probabilité très imparfaitement, voir assez mal, vous.

Et vu l'âge moyen, la catégorie sociale, le sexe, le parcours etc.. dans une l'assemblée qui se fait rarement le miroir de la société au sens large, les chances d'une concordance d'opinions et d'aspirations sont d'autant plus réduites. Et donc même si ces personnes étaient élus car plus qualifiés, plus à même de savoir comment mener la société à bon port.. il y a des chances que vous n'ayez pas la même destination en tête. On pourrait croire que ce problème serait résolu par les prochaines élections où ceux qui nous on déçus seront sanctionnés et les prochains essaieront de mieux comprendre et d'essayer d'atteindre les objectifs de la population. Seulement il y un gros problème. Les électeurs n'ont pas le temps, pas la force, et surtout pas l'envie de suivre tout ça de prêt. Et nos représentants n'ont en fait qu'à éviter de faire d'énormes bourdes bien médiatisées en fin de cycle, pour faire plus ou moins ce qu'ils préfèrent le reste du temps sans véritables conséquences. Il y a donc dans la démocratie représentative au moins une présomption de non représentativité partielle.

D'ailleurs puisque nous parlons de cycle électoral, celui-ci introduit quelques problèmes. Il est là pour s'assurer d'une représentation plus ou moins fidèle mais nous avons vu qu'il n'évite en réalité que les gros excès répétés. Et il introduit le problème du court termisme, cette tendance qu'ont nos représentants à ne pas voir beaucoup plus loin que la prochaine élection. Si vous êtes certain d'être réélu le problème ne se pose pas mais il est assez rare d'avoir tant de support qu'on puisse ne pas avoir à s'inquiéter du tout. L'objectif est donc, pour les représentants carriéristes, attention j'me répète là, de passer le prochain cap. Mais imaginez une situation où il est possible de fortement améliorer les choses dans le prochain cycle au coût d'une petite dégradation dans le cycle en cours. L'exemple finalement assez classique de quelqu'un qui économise, qui ne dépense pas trop pendant des années pour un jour se payer une voiture par exemple. Et bien notre carriériste à assez peu intérêt à économiser, à se mettre à dos ceux à qui il impose les économies maintenant avant la prochaine élection, pour que son successeur, qui prendra sûrement sa place pour cette raison, puisse acheter aux électeurs leur voiture. Et donc on ne voit que trop peu de projets à long terme, ou bien seulement ceux qui ne requièrent pas trop de sacrifices dans le présent. Pire encore, il est souvent tentant pour assurer la réélection de s'investir dans tout un tas de projets bénéfiques à court terme et d'en ignorer les conséquences futures. Emprunter aujourd'hui, dépenser l'argent maintenant et ignorer le remboursement demain. Je ne suis pas en train de dire que ce n'est jamais judicieux, qu'il ne faut jamais emprunter ou voir sur le court terme. Non mon seul propos est celui de dire que les cycles électoraux conduisent implacablement à une surévaluation du court terme et à une sous-évaluation du long terme chez les élus. Plus ou moins et pas pour tout tout le temps, mais régulièrement pour beaucoup.

Et nous ne sommes au bout de nos peines avec les cycles électoraux. Puisqu'il est difficile de prédire qui ou quelle coalition sera aux commandes pour le prochain cycle, il est difficile pour tout le monde, de planifier. L'incertitude législative est si dommageable qu'en général même les opposants idéologiques à une réforme engagée dans les cycles précédents évitent souvent de l'annuler. Ils préfèrent en général l'aménager. Mais pas toujours, parfois, souvent même, les règles changent brusquement et la direction globale aussi. Une autre raison pour laquelle le court termisme dont nous avons parlé est pour un représentant politique un choix plus attrayant. On est jamais sûr de ne pas voir sa réforme de longue haleine annulée ou transformée au point d'être méconnaissable par les prochains.. et ce avant qu'elle est eu le temps d'avoir l'effet prédit. Cette incertitude est un problème pour les représentants mais aussi pour nous. Pour ceux qui montent une société dans une industrie ou les subventions baissent d'un coup ou les impôts augmentent. Pour ceux qui prévoyaient juste assez pour tenir jusqu'à la retraite et voient leur calculs faussés lorsqu'il faut finalement travailler un an de plus. La liste est longue et touche à peu prêt tout le monde tout le temps. Les êtres humains sont très forts pour s'adapter aux changements de l'environnement. Mais l'environnement naturel lui, change doucement et de manière assez prévisible. L'environnement politique, et donc l'environnement sociétal, lui il faut avoir le coeur bien accroché. Et donc la rue ne désemplit pas de mécontents qui en ont marre, entre autre, de devoir changer leurs plans tous les cycles où ça change de bord.

D'ailleurs puisqu'on parle de rue nous voici maintenant sur un autre problème des élections, de la démocratie représentative. Et ce problème c'est celui des intérêts concentrés face aux intérêts dispersés. Souvent on connaît les premiers sous la forme des lobbies et les seconds sous la forme de vous et moi, les couillions qui nous énervons gentiment devant notre poste de télé pour ceux qui en ont encore un, ou devant l'ordinateur et la tablette. Mais revenons aux premiers. Imaginez que vous avez une loi débattue à l'assemblée et qui pourrait causer des pertes financières importantes à quelques entreprises d'un secteur donné. Ces entreprises ont tout intérêt à se coordonner, elles sont une poignée c'est facile, pour payer des avocats, lancer tout un tas d'études très chères pour prouver par A plus B à nos législateurs que l'idée est très mauvaise, il ne faut surtout pas voter la loi. Ça c'est la version légale, je vous laisse imaginer le reste. Et donc voilà, quelques centaines de milliers de dépenses, mais quelques millions d'économies par l'absence de la loi. Ça valait le coup. Ils s'organisent. En revanche de l'autre côté, chez les intérêts dispersés, vous et moi dans ce cas, faire voter la loi c'est un gain de quelques centimes par personne. Et là pas de quoi fouetter un chat. Pas de quoi passer son temps à faire des pétitions, pas de quoi essayer d'organiser la contribution volontaire de millions d'électeurs à produire des études indépendantes, et d'ailleurs même pas de quoi y passer plus d'une minute à grogner en lisant l'article avant de retourner bosser. C'est plus difficile de s'organiser et ça ne vaut pas le coup. Et voilà, les intérêts concentrés ont un avantage gigantesque. Mais me direz-vous ce ne sont que quelques centimes par personne.

Seulement pas vraiment. Ce mécanisme s'applique aux entreprises qui ne souhaitent pas faire voter une loi pour ne pas subir de pertes, souvent et dans tous les domaines. Elles ne gagnent pas toujours mais retardent les choses suffisamment longtemps. Et biensûr cela s'applique aussi à l'inverse, où quelques conspirateurs arrivent à convaincre ou à acheter les législateurs clés pour passer une loi qui leur rapporte beaucoup à eux et nous coûte quelques centimes chacun à nous. De manière directe ou, plus souvent car ils ont l'habitude, de manière indirecte, presque invisible, et passée au bon moment. Ça ne passe pas toujours non-plus mais c'est leur travail alors que vous et moi on est plutôt occupé à autre chose et vu l'enjeu, ça ne risque pas de changer. Et attention, je parle d'entreprises depuis tout à l'heure mais si vous avez compris ce mécanisme, il faut malheureusement aussi comprendre qu'il n'est pas utilisé uniquement par les méchants capitalistes de service, mais aussi par un peu tous les groupes grosso modo organisés. Et ça fait du monde qui essaye de dévorer le gâteau, miette par miette.

Nous avons toutes les corporations, y compris ceux qu'on aime bien comme les agriculteurs, les pêcheurs, les enseignants, les éboueurs, les postiers, les policiers, les profs, les infirmières etc etc.. puis ceux qu'on aime un peu moins comme les chauffeurs routiers, les contrôleurs aériens, les conducteurs de train, les taxis etc etc. La liste n'en finit pas. Et tous ils veulent protéger leur gros quelque-chose au dépend du petit quelque-chose des autres.. souvent vous et moi. Mais attention, je ne suis pas du tout en train de dire que les revendications des uns et des autres ne sont pas fondées. Peut-être qu'augmenter les salaires pour les infirmières est une bonne chose socialement, peut-être que nous y gagnerons en fait tous, pas financièrement mais éventuellement en gains de qualité de soins. Peut-être et ce n'est pas du tout mon propos. Peut-être aussi que les études subventionnées par l'industrie du bois pour éviter une taxe carbone, ou autre, sont fondées et qu'effectivement il faudrait au contraire encourager le bois plutôt que le ciment ou je ne sais quoi. Je n'en sais rien, je ne juge pas les politiques individuelles ici mais la mécanique du système.

Et force est de constater qu'elle donne un énorme pouvoir de persuasion, voir plus dans le cas de la corruption ou des grèves bloquantes, aux groupes bien organisés qui ont beaucoup à gagner ou à perdre, face à tous les autres qui sont désorganisés et ont finalement assez peu à gagner ou à perdre sur ce point ci ou ce point là. Comme on ne peut pas compter sur l'altruisme infaillible de ces groupes, même chez les infirmières.. la société, dans une démocratie représentative de ce genre, devient petit à petit sclérotique ou gangrenée par ces groupements d'intérêts privés qui parfois échouent mais suffisamment souvent parviennent à négocier ceci, grappiller cela, pendant que la masse désorganisée paie toujours plus, financièrement ou en perte qualitative, un tout petit peu par ci, un tout petit peu par là. Et lorsque le système est trop visiblement gangrené par un groupe, une industrie, un corp de métier ou autre, alors et seulement alors, la masse silencieuse peut enfin voir l'ampleur des dégâts en agrégat. La spoliation dans son ensemble. Et seulement maintenant, après des années de pillage, peut-elle juger son intérêt suffisant pour demander au législateur, à ses représentants, de renverser brusquement la balance d'un coup. La masse désorganisée trouve soudain la motivation pour s'organiser. Et là effectivement ça peut marcher, la démocratie peut se corriger.. mais la victoire est temporaire et survient après de trop nombreuses années ou elle tournait avec de l'eau dans le moteur.

Les fautes de la démocratie représentative sont si nombreuses et si difficilement corrigeables en pratique que très nombreux sont ceux qui parlent de démocratie directe, de se passer de nos représentants. Et c'est vrai qu'à une époque ce fut probablement le cas. Lorsque nos ancêtres vivaient en petits groupes tribaux, le mode d'organisation ressemblait plus à ça qu'à ce que nous avons maintenant. Les anthropologues les qualifient parfois d'égalitaires radicaux. Mais aujourd'hui, les groupements politiques sont énormes et la technologie du vote décentralisé encore à ses balbutiements. Difficile de s'assurer que tout le monde peut bien voter, et personne deux fois ou à la place de quelqu'un d'autre.. ou même difficile de s'assurer d'un compte légitime. Attention les solutions à ce problème existent, par encryption, utilisation du blockchain etc. Aucune de ces solutions n'est parfaite mais justement ça tombe bien car le système actuel non-plus. L'important ce n'est pas d'avoir une élection ou un vote parfaitement libre de toute tricherie mais un vote avec suffisamment peu de tricherie ou de problèmes, pour avoir un véritable impact. En théorie, la démocratie directe est possible en pratique.

Mais on pourrait me dire qu'il existe aujourd'hui tout un tas d'exemples de vote direct. Rien qu'en Suisse on entend régulièrement parler de référendums. Il y en a eu un aussi très remarqué en Angleterre récemment etc. Oui les référendums sont une forme de démocratie directe mais une forme souvent très limitée. Le référendum peut devoir être organisé par des représentants, comme un Angleterre, ce qui implique un contrôl centralisé des questions, ou bien il peut être d'initiative populaire, c'est à dire qu'il suffit pour organiser le vote, d'un petit groupe bien déterminé qui choisit une question, fait une pétition et espère que suffisamment de gens signent pour qu'elle soit posée officiellement à tous. Mais dans les deux cas, il existe un parlement, une assemblée, un groupe de représentants, dont c'est le travail soit de contrôler les questions soit de gérer l'implémentation du vote populaire. Et d'ailleurs les référendums représentent toujours une infime partie des décisions publiques. A ma connaissance il n'y a pas d'État nation moderne qui fonctionne principalement sinon exclusivement sur le principe de la démocratie directe.

Et pourtant nous réglerions les problèmes de la démocratie représentative. Les citoyens peuvent toujours être court-termistes mais le système ne les y pousse pas contrairement à un cycle électoral. La majorité toujours désorganisée qui n'a presque rien à perdre et qui est peu motivée peut toujours se faire avoir par la minorité bien motivée et bien organisée qui a elle beaucoup à gagner. Mais il est peu probable qu'elle se fasse acheter car là le coût serait trop élevé même pour les plus puissants lobbies. C'est pas 200, 500 ou 1000 législateurs qu'il faut convaincre ou encourager à voter comme il faut, mais des millions, et contrairement à leur intérêt. Pas facile. Et biensûr pas de problème de représentation d'objectifs, de priorités ou même d'idées de la population puisque c'est elle qui vote et non pas une poignée de potes privilégiés de Harvard ou de l'ENA, bien sapés, enfermés dans leurs beaux quartiers et jamais bien loin de la crise de la cinquantaine. Plutôt pas mal non la démocratie directe ? Oui avec cette question vous me voyez venir j'en suis sûr.

Tout ça malheureusement c'est en théorie. En pratique c'est plus compliqué. Et l'une des plus grosses fautes de la démocratie, une faute fatale malheureusement, s'applique à toutes ses formes. Représentative ou pas. La seule manière de la corriger c'est de rendre le système moins démocratique justement, mais nous y reviendrons dans un autre épisode sur les solutions potentielles. Alors quand je parlais juste avant de nos législateurs en termes peu flatteurs, du moins en apparence, d'un j'exagerais biensûr, c'est rarement si peu représentatif même s'il y a quand même un fond de vérité universel, mais de deux, c'est en fait peut-être pas si mal qu'ils ne soient pas comme l'électeur moyen. Wow, mon dieu quelle horreur que dis-tu là Nicolas ? Oui ca peut choquer, on imagine tout de suite que je prône une sorte d'élitisme. Et quelque-part oui un peu, encore que je ne prône rien dans cet épisode je constate. Je prônerais un autre jour.

Qui se plaint d'élitisme lorsqu'on passe sur le billard et qu'on nous dit d'inspirer bien fort pour s'endormir avant l'opération ? Qui se plaint d'avoir un chirurgien bien spécialisé et qui ne fait rien d'autre qu'opérer les trois quarts de son temps ? Qui se plaint de ne pas pouvoir décider de faire l'incision un peu plus à gauche ou un peu plus à droite ? Et pourtant, les conséquences sur soi sont dramatiques et immédiates, et malgré ça, nous préférons laisser le soin des détails à ceux dont c'est le travail, à ceux qui pensent à ces problèmes toute la journée et qui ont l'expérience de mener les choses à bien. Nous prenons les grandes décisions, accepter ou refuser l'opération, en fonction de ce que le chirurgien ne peut lui juger correctement, notre situation professionnelle et familiale, nos aspirations, notre acceptation du risque etc. Mais hormis les très grandes lignes, et même là nous suivons généralement les recommandations des spécialistes, nous laissons faire volontiers. Nous nous mettons en retrait volontairement, dans notre propre intérêt. Nous ne souhaitons pas prendre le risque de participer personnellement plus avant.

Ah mais c'est différent, me dira-t-on, avec la politique. Là, nous devrions tous participer, soit en votant directement, soit en choisissant régulièrement de récompenser les représentants qui prennent les décisions qu'on aurait prit nous ou de sanctionner ceux qui font d'autres choix. Nous souhaitons faire l'opération nous-mêmes ou au minimum guider de temps en temps la main du chirurgien. Nous devrions tous participer. Tous ? Et les enfants ? Les bébés ? Les gens atteints de maladies ou de handicaps mentaux sévères ? Oubliez ce que dit la loi électorale. Seriez-vous rassuré de savoir que eux-aussi ont leur mot à dire dans les prises de décisions communes ? Celles qui vous affectent vous. Seriez-vous plutôt réjouit ou inquiet en croisant dans la salle des fêtes municipale un enfant qui prend un bulletin pour le mettre dans l'urne ? Ou quelqu'un qui visiblement a du mal à comprendre les instructions mais parvient péniblement à choisir un bout de papier et à le mettre dans l'enveloppe ? Ou même quelqu'un qui visiblement jette une pièce en l'air avant de choisir son papier.

Non, dans toutes les démocraties des efforts sont fait pour inclure mais aussi et surtout pour exclure une partie de la population. De manière formelle, souvent par la loi, ou informelle, par le découragement ou la pression sociale. Pour des raisons légitimes, comme pour les bébés, ou illégitimes, comme pour les femmes. Et justement ces raisons, quelles-sont-elles ? Et bien voilà c'est ici que nous voyons que la chirurgie et la politique se rejoignent. Les conséquences sont importantes, graves même, et donc il faut s'assurer un minimum de la compétence des acteurs qui prennent les décisions. S'exprimer c'est une chose, mais s'exprimer de manière incohérente ce n'est pas parler. Et lorsque la conversation est importante on ne peut pas se permettre d'avoir des gens qui ne savent pas parler. C'est parce que le bébé ne peut pas comprendre la portée de son acte que rien n'est fait pour l'aider à choisir un bulletin et le mettre dans l'urne, c'est pour ça que la loi fixe un âge minimum ou parfois, empêche les prisonniers de voter. A tort ou à raison suivant les cas, nous essayons de limiter la franchise à ceux qu'on présume capables de voter dans l'intérêt commun. D'ailleurs l'intérêt commun est une notion bien plus compliquée qu'il n'y paraît mais nous verrons ça un autre jour.

OK donc empêcher certaines personnes de voter, par peur d'incompétence, ça n'est pas idiot. Mais que le démocratie ne soit pas vraiment universelle pourquoi pas tant qu'elle inclut presque tout le monde non ? Pas si vite, ça mérite réflexion justement. Qui est vraiment capable de s'exprimer intelligemment ici ? Les électeurs moyens sont-ils rationnels lorsqu'il choisissent leur représentants ou votent au référendum ? L'êtes vous ? Le suis-je ?

Lorsque nous décidons d'acheter une maison on pèse patiemment le pour et le contre. On prépare un budget, on fait des calculs, on va voir des banques, on économise pendant quelques années au préalable, on va voir plusieurs agences, on visite beaucoup de maisons, on se renseigne le plus possible sur elles sur le quartier, sur les écoles si on à des enfants ou si on prévoit d'en avoir, on réfléchit au trajet pour le boulot, etc etc. C'est long, c'est chiant, c'est stressant et heureusement qu'on est motivé, qu'il y à un barbecue entre amis dans le jardin au bout. Mais la politique ce n'est pas comme une maison. C'est plutôt comme un dortoir hippie. Sans obligations, sans règles strictes, sans pression sociale, sans ostracisme et sans menace d'expulsion, personne n'est véritablement emballé à l'idée de faire le ménage régulièrement. C'est un effort collectif mais qui à un coût personnel aussi. Et que je participe à cet effort ou non, le ménage sera fait ou ne le sera pas. De mon point de vue, ma participation personnelle ne change pas grand chose à l'affaire. Je ne peux pas physiquement faire le ménage dans tout le dortoir à moi tout seul, on imagine un méga dortoir, c'est un effort nécessairement collectif et tout le monde n'y met pas forcément du sien.

La stratégie gagnante ici c'est de ne rien faire et de laisser une majorité faire le ménage. Pas d'efforts personnels mais un résultat quand-même. Je pourrais aussi faire quelques efforts, aider à faire le ménage, mais autant ne rien faire. Heureusement tout le monde ne réagit pas ainsi mais.. très vite les choses empirent et de plus en plus de gens y passent moins de temps ou arrêtent de faire le ménage, et assez rapidement plus personne ne participe même ceux qui étaient motivés initialement mais sont dégoûtés maintenant, et tout devient vite crado. Le dortoir hippie se transforme vite en dortoir moins hippie où on introduit quelques règles et on essaye de savoir qui fait quoi, ou non, pour punir les tires-au-flanc. Ne serait-ce-qu'en ne leur parlant plus. Quel rapport avec la politique ? Et bien le vote c'est pareil mais en pire.

Ce n'est pas tout-à-fait vrai en théorie mais psychologiquement, le vote individuel ne risque pas de changer le résultat. Qu'on se lève pour aller voter ou non, dans un sens ou dans un autre, ce n'est qu'une goutte d'eau dans un océan. Biensûr un océan c'est des tas de gouttes d'eau et donc chaque vote, chaque goutte d'eau, contribue à l'océan. Mais une goutte qui manque, ou une goutte d'huile, ne sera remarquée par personne dans l'océan. Donc psychologiquement on se sent assez vite déresponsabilisé. Ce n'est pas vraiment ma faute si quelque-chose se passe mal, et ce n'est pas vraiment grâce à moi si les choses se passent bien.

Et puisque les chances que mon vote influe décisivement sur le résultat sont minimes, je ne vais pas dépenser des trésors d'efforts, de temps et de réflexion, pour être certain de mon vote qui ne me semble pas changer grand-chose. Et en pratique c'est bien le cas. Nous avons tous de nombreuses opinions sur l'économie sans avoir jamais lu un livre d’économie. Ou des opinions sur l'éducation des enfants sans avoir jamais lu un livre sur la psychologie enfantine. Ou une idée sur l'importance du budget militaire sans avoir lu un livre sur la géopolitique des forces armées. Ou ou ou.. vous voyez l'idée, nous sommes tous très ignorants des sujets sur lesquels il nous faut voter. Et d'ailleurs ce n'est biensûr pas un livre mais des dizaines de livres, de rapports et d'études de tous bords qu'il faudrait digérer et bien comprendre dans chaque domaine. Quasiment personne sinon ceux dont c'est le travail ne se renseignent autant. C'est un coût beaucoup trop élevé, surtout lorsqu'il est contrasté avec le manque d’importance de notre propre vote à nous. On préfère, très logiquement, très rationnellement, regarder deux trois documentaires et se sentir suffisamment prêt. Ça laisse le temps de faire des barbecues dans notre nouvelle maison justement.

Alors pourquoi votons-nous quand-même ? Et bien le coût du vote tout court par rapport au vote intelligent est minime. Il suffit de regarder deux trois émissions politiques divertissantes, d'avoir deux trois discussions animées en famille, entre amis ou collègues, et puis le jour J de faire un détour par la salle des fêtes. L'effort est faible et entremêlé de petits plaisirs, et le tout n'est donc pas bien onéreux. De plus ne pas voter à une pénalité, parfois financière dans certain pays on va y venir, mais aussi tout simplement psychologique. On aime pas se sentir en marge, ou avoir l'impression de ne pas faire son devoir, surtout lorsqu'il ne coûte quasiment rien de le faire. Le vote intelligent lui, requiert des efforts colossaux et répétés, pour un résultat psychologique à peine meilleurs. Ça ne vaut pas le coup. Et comme dans le dortoir hippie, très vite nous faisons tous, ou en grande majorité, le moins d'efforts possibles. On ne sait pas qui tire-au-flanc, qui ne se renseigne et ne réfléchit pas trop sur tous les sujets avant de voter.

D'ailleurs il ne faut pas sous-estimer le coût émotionnel d'acquérir une meilleure éducation sur un sujet donné. Lorsqu'on a une forte préférence émotionnelle, pour ou contre l'immigration par exemple, se renseigner trop porte le risque d'apprendre que notre préférence est invalide. Ou plutôt qu'elle est basée sur de fausses idées ou une vision incomplète. Parfois il est possible de changer d'avis et ne pas être trop déçu. Mais parfois non, la préférence est ancrée en nous et découvrir qu'elle n'est pas légitime, qu'elle contredit d'autres préférences que nous avons, peut causer une souffrance non négligeable. Et finalement rester ignorant n'a pas de coût, mal voter n'a pas de véritables conséquences visibles pour soi, alors que l'inverse en à potentiellement.

Nous ne sommes donc pas compétents et, pire encore, nous ne faisons rien ou très peu pour le devenir. Nous participons à l'opération, sans être chirurgiens. Et cela n'est pas prêt de changer puisque nous sommes ignorants de notre ignorance. On suspecte vaguement celle des autres, et encore pas pour les bonnes raisons, mais pas la nôtre. Pour nous rendre compte des failles du système il faudrait être suffisamment intéressé, ou de faire l'effort de se renseigner sur la philosophie politique. Plutôt que de se contenter des manuels scolaires, puis d'accepter sans trop y réfléchir que la démocratie est évidemment une super idée ou en tout cas la moins pire et la plus juste, il faudrait sérieusement y réfléchir, formuler ou regarder les analyses contraires etc. Bref c'est du boulot, des efforts et finalement pour quoi puisqu'on ne pourra rien y changer à nous tout seul ? Pour ramener sa science avec les potes près du barbecue on a pas besoin d'aller jusque là. Et c'est même encore plus pervers, nous avons tout intérêt à ne pas nous savoir ignorants. Régler le problème c'est trop de travail pour finalement ne pas changer grand-chose. Autant ne pas trop chercher à savoir ce qu'on ne sait pas. A voter, confiant que nous savons suffisamment pour le faire, même si nous en sommes bien loin en réalité. On se sent mieux. On ne fait pas d'efforts et on pense que ce n'est pas nécessaire.

Et puis nous souhaitons participer.. par principe. Pour être entendu, quitte à dire n'importe quoi. Le vote, certains philosophes le voient plus comme une forme d'expression personnelle et de déculpabilisation, que comme un acte politique réfléchi. Triste. Mais les arguments en ce sens sont sérieux et difficiles à ignorer.

Alors peut-être qu'élire des représentants c'est pas si mal. Sauf que si nous ne sommes pas compétents pour voter nous mêmes, nous ne sommes pas nécessairement compétent pour choisir ceux qui vont le faire pour nous. D'un nous ne dépensons pas beaucoup plus d'efforts pour savoir qui vote sur quoi, s'en souvenir pour les prochaines élections, éviter d'être influencés par leurs promesses intenables ou leurs actions de fin de cycle. Et de deux, les études répétés sur le sujet tendent bien à démontrer que ceux qui ne sont pas compétents dans un domaine ne sont pas capables de juger la compétence des autres et sur-évaluent dramatiquement la leur. Non, élire les autres ce n'est pas garantir grand-chose. Mais au moins on peut espérer que les représentants de métier soient plus compétents quand-même que la moyenne. Le commun des mortels ne saurait pas choisir un bon physicien quantique mais on peut espérer que parmis les choix il n'y en ait pas qui détestent la physique. C'est déjà ça. Seulement je ne suis pas certain qu'élire ceux dont la seule chose qui puisse être certaine c'est qu'ils aiment décider pour les autres soit une si bonne nouvelle. Mais bon, de toute façon nous retombons dans les travers de la démocratie représentative dont nous avons parlé au début.

J'espère que maintenant vous avez une vision peut-être moins positive, au moins un petit doute, sur la propriété d'établir une obligation de voter. Ou une sanction en cas d'abstention comme on en entend régulièrement parler. Encore une fois, l'expression incohérente n'est pas pas parole. Nous ne leur donnons pas la parole, nous ne nous assurons pas de prendre l’opinion qu'ils n'ont pas en considération, nous les forçons à dire n'importe quoi. Et lorsque la conversation est importante je préfère, pour ceux qui en ont, des opinions, qu'on évite la cacophonie et les non-sens. Encourager ceux qui ne sont pas suffisamment intéressés pour venir d'eux-mêmes, à faire un choix qu'ils se sentent peut-être encore moins que les autres compétents à faire.. ah la bonne idée. S'il y a un problème de participation c'est plutôt que beaucoup trop participent.. pour toutes les raisons que nous venons de voir. N'encourageons surtout pas le vote.

Les non participants seraient-ils donc sans voix ? Et bien parlons un peu de la démocratie elle-même. Car finalement il s'agit pour l'ensemble des questions qui lui sont soumises, d'un winner takes all. Le gagnant emporte tout. Le perdant repart la queue entre les jambes. Soit c'est oui soit c'est non, soit c'est l'un soit c'est l'autre mais en tout cas peu importe le choix, il est fait pour tout le monde pareil. La loi s'applique aux perdants aussi. Il y a donc une notion de majorité qui impose sa volonté, sa vision des choses, à une minorité. Les non meurtriers imposent aux meurtriers d'aller en prison. Mais biensûr les religieux peuvent aussi imposer aux non religieux des sanctions et les hétérosexuels opprimer les homosexuels. Ou l'inverse, la démocratie c'est potentiellement les athées qui imposent la non religion, d'ailleurs nous avons des exemples de ça. Pour les homosexuels qui oppriment les hétérosexuels ça paraît plus compliqué. C'est pas impossible mais restons sur un terrain un peu plus pragmatique.

Il y a toujours cette épée de damoclès au dessus de la tête des minorités. Elles doivent compter sur la bienveillance des majorités. Petite parenthèse, je sais bien que des mécanismes existent pour limiter ce pouvoir des majorités, mais ici nous analysons la démocratie et non pas la république avec constitution, contre pouvoirs et tout ce qui limite l'influence de la majorité justement. Dans une pure démocratie la majorité décide. Et d'ailleurs dans une république aussi in fine mais évitons de faire de trop gros détour. Cette épée de damoclès est en réalité embêtante pour quasiment tout le monde en fait, car elle plane au dessus de la tête DES minorités. Pas une minorité mais toutes les minorités. Et suivant le sujet vous et moi ne sommes pas toujours dans la majorité. On peut très bien se réjouir sur le financement public des religions mais se morfondre sur l’avortement. Dans les deux sens. Ou gagner sur la punition des criminels mais perdre sur la subvention publique de l'art.

Dans nos énormes démocraties très hétéroclites où les gens sont finalement très loin de partager globalement les mêmes opinions, nos aspirations, nos tolérances, nos angoisses, nos passions, nos expériences, sont finalement très différentes.. entre deux parisiens ou entre un parisien et un fin-fond-de-la-ceusait, nous nous retrouvons immanquablement régulièrement dans le camp des perdants. Dans la minorité à qui on impose une décision plus ou moins judicieusement choisie, plutôt moins que plus nous l'avons vu, et qui nous frustre. La frustration dans une démocratie moderne et enormissime, complexe et hétéroclite, c'est la norme et non l'exception, une fonctionnalité et non un bug.

C'est tellement vrai que nos démocraties ne sont en général surtout pas de vraies démocraties. Elles limitent le pouvoir du vote. Par la représentation filtrée, par une constitution difficile à changer, par des normes internationales hors d'atteinte du vote, etc etc. Les éléments démocratiques restent prépondérants mais on y guide la majorité virtuelle quand-même pas mal. Majorité virtuelle puisque l'électeur de la majorité n'existe pas. Vous y êtes parfois et parfois non. Personne ne s'y trouve tout le temps, et peu très souvent. Néanmoins certains sont biensûr plus souvent dans la majorité que d'autres et sont moins déçus qu'eux.

Et ces déceptions sont-elles si importantes ? Quelque part oui. Quel est l'objectif de la société sinon le bonheur de ceux qui y habitent ? Et imaginons que ce point ne soit pas controversé, il l'est mais on y viendra un autre jour, jusqu'où doit-elle pouvoir aller ? Éthiquement la société peut-elle demander des sacrifices aux uns pour rendre heureux les autres ? Sous quelles conditions ? Pas facile de décider de tout ça, et dans une démocratie où la majorité des électeurs n'a pas songé particulièrement longuement à cette question.. nous avons un gros soucis. Pouvons-nous faire mieux ou est-ce, comme on nous le répète fréquemment, le moins pire des systèmes ?

Pas si évident. D'ailleurs la citation est souvent tronquée. En réalité la citation complète dit que “la démocratie est la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes les autres formes qui ont déjà étés essayés de temps à autres”. Celles qui ont déjà étés essayées. Et nous avons ici un point intéressant. Oui la démocratie, historiquement sous des formes généralement très limités, même de nos jours, semble relativement moins pire que le reste. Mais les résultats restent médiocres, les gens rarement contents, rarement admiratifs ou même satisfaits. Ils refont le monde sans arrêts pour conjurer ce mécontentement, ils insistent à pouvoir voter pour oublier leur impuissance, tout en se confortant dans leur ignorance qui les protège d'avoir à analyser critiquement leurs préférences irrationnelles. Un système qui serait dangereux, qui finirait en dortoir hippie permanent s'il était véritablement démocratique à 100%, mais qui est seulement médiocre car il ne l'est justement pas à 100%. Un système hybride qui évite généralement pas mal les extrêmes c'est vrai.. qui évite tant l'horreur que l'excellence. La démocratie elle, la vrai, non filtrée, non édulcorée, est capable de ces excès lorsque les passions de la foule se déchaînent.

Plus d'éducation, de meilleurs institutions, des contre pouvoirs, de meilleurs technologies.. tout ça peut aider. Mais ce sont de nouvelles technologies politiques dont nous avons besoin, d'un regard critique sur la démocratie pure et dure pour ne pas avoir peur de l'abandonner si besoin est. S'il y à mieux qui n'a pas été essayé. Et les systèmes candidats au remplacement existent bien. Les solutions novatrices, très différentes, intelligentes et modernes existent. Mais notre attachement ignorant à la notion idéalisée de la démocratie, nous empêche de leur donner leur chance. L'objectif est-il de décider également tous ensemble.. ou d'être tous le plus heureux possible ? Et lorsqu'ils ne sont pas compatibles, lorsqu'il faut en sacrifier un.. lequel ?

Le moins pire des systèmes ? Pour le moment et dans sa forme limitée peut-être mais pas demain. Et aux vues de ses nombreuses fautes fautes systémiques, c'est une bien maigre consolation.

Merci d'avoir écouté cet épisode un peu long et surtout très très sujet à controverse j'en suis conscient. S'attaquer à un système presque universellement adulé n'est pas évident, surtout dans un format de podcast. J'espère vous avoir donné de quoi réfléchir et être au minimum un peu moins certain que la démocratie est vraiment quelque chose à chérir et à préserver à tout prix. Je sais que sans perspectives de remplacement on peut difficilement imaginer de critiquer ce qu'on a, mais les idées existent. Je ne prône ni la monarchie absolue ni l'anarchisme total, pourtant nous en avons des visions assez biaisées nous verrons, mais les systèmes innovants existent, et la plupart conservent des notions vaguement démocratiques. Nous en parlerons dans un future épisode. D'ici là merci d'avoir été avec moi aujourd'hui et @ très bientôt.

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