TOP
accueilpodcast

Filiapolis logopodcast

Vivons-nous dans une simulation ?

Réel ou virtuel, physique ou mental. Dans quel genre de monde vivons-nous vraiment et pouvons-nous en être certains ? D'ailleurs la distinction est-elle importante ?

Bonjour à tous ici Nicolas. Être ou ne pas être dans une simulation ? Telle est la question qui va nous préoccuper aujourd'hui. Nous allons voir que même si la question paraît un peu farfelue, elle est en réalité non seulement très sérieuse mais aussi très déconcertante, et surtout pleine d'espoir. Bon commençons par le commencement.

Qu'est-ce-qu'on entend ici par simulation ? De manière simple c'est l'idée que ce que nous croyons être la réalité qui nous entoure, l'ensemble de ce qui existe concrètement, n'est en fait qu'une partie peut-être non représentative et en tout cas limitée de la véritable réalité. Une version censurée, imparfaite et incomplète qui paraîtrait peut-être étrange, en bien ou en mal, à ceux qui auraient connaissance du monde réel. Un peu comme si vous déménagiez pour aller vivre dans l'univers d'un jeu vidéo. Un univers où on ne peut pas manger si le programmeur ne l'à pas prévu, où les images semblent trop colorés ou pas assez, où les lois de la physique sont très différentes et on ne peut peut-être pas sauter, ou nager.. ou alors l'inverse, un monde où rien n’est moche et où on peut voler. En tout cas un monde qui ne rappel pas franchement le nôtre et qui vous étonnerait vous, mais certainement pas les personnages qui y ont eux toujours habité. Mais je prends de l'avance là, revenons aux bases.

Vous pensez sûrement avoir une bonne idée du monde alentours. Bon on ne sait pas tout sur tout mais au moins on connaît pas mal notre propre maison. On sait de quelle couleur sont les murs ou comment allumer la lumière, ouvrir les portes etc. Sauf que ce savoir est assez relatif et assez incertain. Vous pensez connaître la couleur des murs mieux que quelqu'un atteint d’achromatopsie (ceux qui voient en noir et blanc pour simplifier), et qui lui doit deviner, pas terrible, ou faire confiance aux autres, ou même maintenant utiliser un appareil qui décrit la scène. Et non on arrête pas le progrès. Malheureusement cette comparaison, plutôt que de nous donner un sentiment de supériorité pas trop mérité, devrait nous calmer un grand coup. Si on ne leur avait pas parlé des couleurs, les achromates se croiraient parfaitement capables de décrire la pièce eux-aussi. Et peut-être que nous aussi avons cette fausse confiance en nous.

Nous ne voyons pas tout le spectre lumineux, nous inventons pour cela des instruments qui se font l'extension de nos sens. Qui traduisent la réalité imperceptible en perceptions simulées. On convertit l'infrarouge en rouge, les ultraviolets en violet ou les ultrasons en stimuli visuels, une ligne sur un écran par exemple. Oui on est une espèce plutôt visuelle que sonore à en juger par la démesure de notre cortex visuel. Ici nous voyons que le monde n'est en fait accessible que par nos sens, et notre intellect. Il n'y a finalement rien que vous puissiez savoir du monde extérieur sans avoir recours à vos yeux, vos oreilles, votre peau etc. Le cerveau peut imaginer, peut extrapoler, peut raisonner et anticiper, mais sans aucunes informations en entrée il ne va pas bien loin.

Et comme nous l'avons vu, nos sens sont limités. Il ne fournissent pas d'informations sur tout, pire encore, ils peuvent se tromper. Les récepteurs du chaud et du froid peuvent se confondre, et même lorsque tout va bien le cerveau peut mal interpréter tout ça sans qu'on y puisse rien, parfois même en le sachant. Les illusions d'optique ne sont pas des illusions de la rétine mais bien des illusions du cerveau.

Et c'est là que nous arrivons à notre première simulation. La nôtre. Celle que vous et moi, individuellement, nous générons de manière inconsciente pour nous-mêmes. Et c'est logique. Plutôt que de nous donner des sens parfaits qui couvrirait tous les phénomènes naturels dans toute leur ampleur, et les capacités cognitives d'intégrer tout ça, la nature, l'évolution, fait dans l'économie. C'est plus simple, ça prend moins d'énergie, moins de place, moins d'efforts et moins de temps de faire un truc qui comprend le monde grosso modo. Et ce truc c'est nous. L'évolution fait rarement dans le parfait, elle fait surtout dans le suffisant. Et si pour survivre et se reproduire il suffit d'avoir quelques sens limités et une interprétation en générale pas trop à côté de la plaque, et bien banco c'est la-dessus que dame nature mise ses billes. Nos sens sont faillibles, incomplets et approximativement interprétés parce qu'en général ça suffit. Nous vivons, mentalement, dans une simulation pas très fidèle mais satisfaisante de notre environnement.

Ou peut-être que même pas en fait. Et oui, c'est peut-être bien pire que ça. Après tout, même si la simulation est imparfaite, elle marche pas trop mal, on ne se cogne pas dans les murs. Et puis quand on s'y cogne au moins ça nous conforte dans l'idée qu'ils sont bien là non, les murs ? Et bah non, ils pourraient très bien ne pas être là quand-même.

Vous connaissez peut-être l'allégorie de la caverne où nous avons quelques pauvres malheureux qui sont enchaînés à un mur, la tête maintenue de sorte qu'ils ne peuvent voir que les ombres des gens, des animaux, des objets qui passent devant l'entrée de la caverne. Ils ne voient jamais les choses elles-mêmes mais seulement leurs ombres. Ils en ont donc une image assez grossière et imparfaite, mais pour les enchaînés ces ombres sont la seule chose qui existe. Ils ne savent pas qu'il ne s'agit que d'ombres. Platon voulait nous montrer que pour le commun des mortels nous ne savons pas vraiment ce qu'est la justice, l'amour, la beauté.. tous ces concepts dont nous ne voyons finalement que les ombres grossières dans notre esprit. Pour sortir de notre caverne mentale il faudrait apprendre à devenir philosophe, et de préférence platonicien évidemment. Quel rapport avec nos sens me direz-vous et bien c'est l'idée que justement nous ne percevons le monde qu'à travers eux, et donc de manière très grossière. Pour savoir ce qui est vraiment, il faudrait peut-être aller au-delà.

Et quelques siècles plus tard nous avons Descartes qui nous dit que c'est pas gagné. En réalité Descartes voulait démontrer l'existence de l'âme mais on ne va pas rentrer dans ce débat ici, son argument est intéressant pour cet épisode aussi. Et donc Descartes nous sort son fameux “je pense donc je suis”.. l'idée que seul notre propre existence semble certaine. Et oui vous vous êtes peut-être cogné dans le mur tout à l'heure mais il n'y a rien qui prouve l'existence de ce mur sinon la sensation de s'être cogné dedans. Descartes lui nous dirait que rien n'exclu qu'un démon ait pris le contrôle de nos sens pour nous donner l'impression de nous être cogné. Nous verrons un peu plus loin qu'il n'y a pas besoin de démon et que beaucoup d'autres alternatives similaires existent, mais son argument est imparable. Si nos sens ne sont pas fiables on ne peut finalement pas savoir grand chose.. sauf peut-être qu'on pense. Et donc qu'on existe soi-même. Le monde, les autres dedans, tout ça n'existe peut-être pas vraiment ou de manière très différente.

Ces courants de pensée existent même sous la forme du scepticisme extrême, ceux qui pensent ne rien pouvoir savoir hormis leur propre existence, et de sa version encore plus extrême, si c'est même possible, le solipsisme, ceux qui pensent que rien n'existe sinon eux. Ces courants sont problématiques pour deux raisons. La première c'est que l'absence de preuves n'est pas preuve de l'absence. Il se pourrait très bien que les autres existent même si on ne peut pas en être certain par nos sens ou la raison. Je ne peux pas prouver qu'il y a une civilisation extraterrestre dans la galaxie d'andromède mais je n'ai pas prouvé non-plus qu'il n'y en avait pas. Le deuxième problème est d'ordre pratique. C'est bien de croire qu'il n'y a pas forcément de mur en face mais quand on le voit je conseil la prudence quand-même. Après on peut aussi essayer de croire que le nez n'est pas vraiment cassé, peut-être même qu'il n'existe pas, alors qu'il fait méchamment mal. Être ultra-sceptique ou pire encore solipsiste c'est surtout être sans arrêt hypocrite et faire comme tout le monde, c'est à dire agir comme-si les choses existaient vraiment.

D'ailleurs on peut en réalité au moins savoir deux choses. Pas seulement notre propre existence mais aussi celle de notre inconscient. Ce monde extérieur n'existe peut-être pas mais nous ne contrôlons pas ces sensations, ces expériences, consciemment. On ne peut pas refuser de voir le mur et décider de voir la mer à la place. Si on fonce dedans on ne peut pas décider de finir mouillé plutôt que de s'écraser le pif. Et quand ça fait mal, il est difficile de simplement décider de transformer la sensation en extase. Et donc il existe forcément quelque-chose, peut-être notre subconscient, qui envoie les images, les sensations, et qui génère un monde cohérent et imprévisible pour notre esprit conscient.. ou tout simplement un vrai monde réel, externe. Alors oui, peut-être que notre subconscient simule un monde et ses conséquences mais la simulation du mur fait mal à tous les coups quand on fonce dedans.

Tout ça est-il bien sérieux ? Nos sens sont imparfaits peut-être mais bon il n'y a pas de démon pour se jouer de nous. Et non en effet pas de démon mais pas besoin non-plus. Les simulations du monde extérieur peuvent venir de sources assez variées. Prenez l'exemple des rêves. Le monde du rêve nous paraît relativement convaincant quand on y est. Ce n'est que lorsqu'on se réveille qu'on réalise, quand on s'en souvient, que le monde du rêve n'était qu'une simulation. Et ce n'est qu'une fois éveillé qu'on en réalise la mauvaise qualité, l'incohérence même. Platon serait d'accord, et peut-être sommes-nous tous en train de rêver.

Mais peut-être pas. Le rêve lui au moins provient de nous, mais la simulation dans laquelle nous nous trouvons peut-être tous est peut-être d'origine extérieure. On parle parfois de cerveaux dans des bocaux, à la matrix mais sans les corps, reliés par électrodes ou autre-chose à un ordinateur central qui produirait tous les stimuli nécessaires, toutes les sensations qui nous permettent d'appréhender le monde. Un monde factice, ou en tout cas un monde digital, électronique. Sans que nous ne le sachions. C'est non seulement théoriquement possible, on sait depuis longtemps que le cerveau et ses impulsions électrochimiques sont la clef, mais surtout de plus en plus possible en pratique. Rien qu'à voir les avancées phénoménales récentes en prothèses, à la fois sur leur contrôle mentale et leur retour de sensations.. et aussi bien sur les membres comme les jambes et les bras que pour les mains, les yeux et les oreilles.. il paraît probable qu'on puisse connecter notre cerveau à une machine à expériences, à une matrice, dans les prochaines décennies ou les prochains siècles. C'est une question de temps et le connectome humain, la carte précisément détaillée du cerveau, sera sûrement déchiffrée prochainement, peut-être par le programme de recherche Européen, Américain ou Chinoi. Donc pas de démon tout rouge mais peut-être un scientifique en chemise blanche.

Une question qui se pose très vite c'est d'essayer d'imaginer ce qui pourrait nous permettre de percer la supercherie à jour. Et oui si nous sommes effectivement dans une simulation, si le monde qui nous entoure n'existe pas vraiment mais est plutôt comme une sorte de jeux vidéo ultime.. nous ne le savons pas, on ne nous en a pas informé et donc supercherie il y a. Et malheureusement il n'y a pas vraiment d'outils disponibles pour trancher la question. On peut essayer de trouver des failles dans la simulation, des zones mal ou pas simulées, des phénomènes physiques qui se contredisent, ce genre d'incohérences ou de problèmes qui s'expliquent par une simulation imparfaite.. mais la simulation est peut-être parfaite.. en tout cas elle semble l'être.

D'ailleurs, une petite parenthèse, elle n'a pas besoin d'être parfaitement représentative du véritable monde extérieur. Les lois physiques peuvent y être plus simples, la résolution, les détails, plus faible etc. Il suffit d'avoir une bonne cohérence mais tout peut y être simplifié ou juste différent. Et ça ne nous paraîtrait ni problématique ni étrange. Imaginez un personnage né dans l'univers de minecraft.. pour ceux qui ne connaîtraient pas, il s'agit d'un jeu vidéo ou on construit le monde à base de gros blocs de divers matériaux.. pour ce personnage, le fait que l'univers soit composé de gros blocs indivisibles et de lois physiques hyper simplistes ne choquerait pas. Il aurait sûrement du mal à envisager autre chose.. comme notre réalité, ou notre simulation, à nous par exemple.

D'ailleurs s'il trouvait un problème dans son univers, un bug par exemple, il suffirait de rebooter. Et oui, c'est triste mais les êtres d'une simulation sont à la mercie des simulateurs. S'ils ne souhaitent pas qu'on sache, il suffit de manipuler notre mémoire ou simplement de repartir à zéro dès que la simulation est percée à jour. La nôtre est peut-être si parfaite parce qu'elle à déjà échoué des millions de fois silencieusement. Et comme tout peut être simulé, notre univers est peut-être vieu de 5 minutes. Un univers très récent mais dans lequel tout a été placé pour lui donner un aire de vieux, y compris nos fausses mémoires d'un faux passé. Bref on ne peut pas gagner, on ne le saura jamais sauf avec l'accord du ou des simulateurs.

D'ailleurs eux non-plus. Ils se moquent peut-être bien de nous en nous observant, peut-être pour se divertir, pour simuler leur propre passé tout comme on aimerait bien observer les romains ou les incas, ou peut-être pour étudier une espèce humaine disparue en réalité, ou pour je ne sais quel autre motif.. mais eux non-plus ne sont pas immunisé contre la simulationite. Ils sont peut-être aussi dans une simulation à leur insu. Les simulés peuvent faire leurs propres simulations, tout comme nous simulons l'univers de minecraft. Nous n'y mettons pas de simulation de conscience pour le moment mais un jour peut-être. Et donc personne n'est jamais vraiment sûr de ne pas être soi-même dans une simulation, peut importe le niveau où on se trouve. Nous, nos simulateurs, leurs simulateurs etc. etc.

OK donc nous sommes peut-être dans une simulation. Ni probable ni impossible, c'est une possibilité. Mais finalement, pour un être simulé, comme nous si nous sommes effectivement dans une simulation, y-a-t-il vraiment une distinction pertinente entre réalité et simulation. Puisque nous avons mal, que le le choc soit avec un mur virtuel ou un mur réel, n'essayons-nous d'éviter autant l'un que l'autre ? Si l'eau virtuelle désaltère aussi bien que l'eau réelle, n'avons-nous pas finalement autant intérêt à boire aussi bien l'une que l'autre ? Et si notre comportement ne change finalement pas, que les choses soient réelles ou simulées, y-a-t-il une véritable distinction qui puisse être faite en pratique ? Pas certain. Une simulation parfaite, indistinguable, qui produit exactement les mêmes effets, où est le problème ? Et d'ailleurs c'est le même principe qui s'applique dans le monde réel lui-même. C'est finalement un peu comme une copie parfaite d'une marque. Le faux sac Vuitton fait son office autant que le vrai.

Ou peut-être que non. Peut-être que le vrai sac Vuitton à quelque-chose que le faux n'a pas, comme le steak réel à peut-être quelque-chose de plus que le virtuel. Mais quoi ? Pas du point de vue de nos sens, l'imitation étant parfaite dans notre scénario, mais éventuellement au niveau psychologique. Le sac contrefait n'a pas la même histoire. Le travail n'est pas le même, les acteurs sont différents, la charge émotionnelle que nous évoque le parcours de l'objet n’est pas comparable. Le steak virtuel ne provient pas d'un animal qu'on a dû tuer. Et personnellement je préfère manger du steak virtuel, s'il est aussi nutritif, justement pour cette raison. Le sac Vuitton je m'en tamponne mais tout le monde n'est pas moi. Les préférences des uns et des autres influent sur le ressenti émotionnel qui peut parfois différencier les choses virtuelles et les choses réelles.

Sauf que là encore c'est pas si simple. C'est une objection un peu facile et surtout trompeuse. Et oui, si on souhaite avoir une simulation parfaite il faut simuler non pas seulement l'objet mais son histoire. Un steak virtuel parfait serait, comme le vrai, passé par l'abbatoire. Et je lui préfèrerait sa version imparfaite discutée plus haut où il apparaît tout prêt par magie. Mais l'idée fondamentale ici c'est que le monde simulé, contient en lui non seulement les objets, mais aussi toutes les histoires, toutes les personnes et animaux conscients, qui lui donnent sa force émotionnelle. Le monde virtuel, cette simulation qu'on ne distingue pas de la réalité, est justement aussi riche en émotions que le monde réel, par définition. Non pas un sac contrefait mais un vrai sac virtuel fait par des employés de Louis Vuitton travaillant dans des bureaux, des usines virtuelles, et utilisant des matériaux eux aussi virtuels.

Ce que nous considérons comme inférieur quand on imagine l'horreur de vivre dans le “faux monde” de la matrice, c'est un monde incomplet où les steaks ne viennent pas des vaches, ou dans lequel les vaches ne sont pas simulées entièrement, ne sont pas conscientes. Le steak dans ce monde incomplet là n'a pas le même impact psychologique, mais ce n'est pas un problème de simulation face à la réalité, mais d'une simulation peu fidèle. Ceux qui écrasent du passant à gogo au commandes de leur bolide virtuel ne se sentent pas particulièrement coupables après. Mais loin d'en déduire que le réel est donc supérieur au virtuel de manière générale, il faudrait en déduire que le jeux vidéo fait bien son travail d'être une simulation sélective dans un but précis. Simulez les mêmes passants au point de les rendre conscients, donnez leur des familles, une vie, des angoisses, des aspirations, des joies et des peines, et là je ne suis pas certain qu'on les écrase aussi facilement. Surtout si on passe après par la case prison virtuelle sans pouvoir se débrancher. Lorsque la simulation copie parfaitement la réalité elle devient sensoriellement et psychologiquement aussi fidèle, aussi importante, aussi triste, aussi excitante, aussi passionnante.

Finalement le problème n'est-il pas simplement le fait de le savoir. Après tout si vous appreniez demain que nous vivions dans une simulation les choses changeraient-elles ? Probablement pas tant que ça, vous éviterez toujours les murs virtuels c'est certain.. mais peut-être qu'une partie de la population sentirait un espèce de vide de sens. Ha déjà que les crises existentielles sont pas piqué des vers sans ça, alors si en plus on apprend que tout est simulé c'est le pompon. Enfin ça on en parlera un autre jour. Mais il est intéressant de comparer l'avant et l'après. Avant de l'apprendre, le monde était tout autant simulé qu'après.. et pourtant les choses avait du sens. Gravir l'Everest ou aider nos voisins à repeindre leur maison, ça avait du sens. Un sentiment de fierté peut-être. L'action est-elle moins courageuse ou moins altruiste parce qu'elle a eu lieu dans un monde simulé. Un monde où le froid extrême simulé nous fait vraiment mal et où peindre les murs simulés nous fait vraiment chier. Le fait d'avoir connaissance maintenant de la simulation ne change rien.

Mais me direz-vous, d'accord pour le passé mais le futur ? Allons-nous vraiment vouloir monter la montagne virtuelle si nous savons qu'elle n'existe pas, concrètement, hors de notre esprit. Et bien oui. Peut-être pas tout de suite, ayant appris la nouvelle récemment j'imagine qu'il faudra du temps pour la digérer, mais nous avons vu que ce qui importe ce n'est pas la montagne mais bien l'activité, le challenge, la camaraderie et toutes ces choses qui sont présentes peu importe que les choses existent physiquement ou dans notre esprit. C'était le cas avant et ce sera toujours le cas après. La montagne n'a jamais eu besoin d'être physiquement présente. Pas plus que le cluedo n'est une vrai scène de crime ou que les personnages d'un roman ne souffrent réellement ou que la balle au prisonnier ne fait de prisonniers. Et pourtant nos émotions, notre envie de gagner, notre déception de perdre, notre empathie pour les personnages ou notre envie de libérer les coéquipiers sont bien réelles. Tout est faux, nous le savons, sans véritable enjeu. Et malgré ça l'impact émotionnel, cette sensation de participer à une activité qui a du sens, est bien là.

Imaginez maintenant une simulation dont on sait qu'elle n'a pas d'éléments physiques mais où une véritable victime, un autre participant de la simulation, à véritablement souffert, où il y a un véritable meurtrier à trouver et où le colonel moutarde est un vrai salaud qui pourrait bien vraiment vous tuer avec son faux chandelier. Cette version du cluedo, toute simulée qu'elle soit, donnerait à n'importe qui des sueurs froides. Lorsqu'on parle de l'hypothèse de la simulation, on parle en réalité d'une simulation qui est la réalité pour nous. Rien ne changerait vraiment, même si nous en prenions connaissance. Nous ne connaissons rien d'autre et les conséquences simulées sont tout aussi convaincantes, tout aussi graves et porteuses de sens.

Bon OK, nous vivons peut-être dans une simulation peut-être pas, dans les deux cas ça ne change rien. Pourquoi donc s’attarder là-dessus ? Et bien parce que je pense que la question va se poser de plus en plus. Elle se pose en réalité déjà pas mal. Les mondes virtuels prolifèrent dans nos ordinateurs et on y passe de plus en plus de temps. Et ces mondes virtuels sont de plus en plus convaincants, de moins en moins étranges ou différents de la réalité. Nos amis sont sur Facebook, les meetings sont sur Skype, nos activités de groupe sont dans les jeux vidéos. Pas pour tout et pas tout le temps. Mais pour de plus en plus de monde de plus en plus souvent. Et tout ça avant l'arrivée massive de la réalité virtuelle, augmentée ou mixte. D'ici 5 à 10 ans, le monde aura déjà bien changé.

Et la réalisation que la réalité n'est pas intrinsèquement supérieure au virtuel, aux simulations, nous amène à revoir nos critiques de ce monde nouveau. On entend souvent dire que les jeunes ne passent pas assez de temps à jouer dehors. Mais si on laisse les problèmes de santé de côté, ce qui est peut-être une raison valable de débrancher la machine de temps en temps, le jeu virtuel n'est pas moins ludique moins émotionnellement riche que le jeu physique. Sinon ils n'y seraient pas scotchés. Et les jeunes ne sont pas moins sociables parce qu'ils s'écrivent des emails plutôt que de s'envoyer des lettres. Lorsque la version virtuelle de quelque-chose est inférieur à celle du monde physique c'est parce que la simulation est incomplète ou erronée.

Par exemple c'est vrai que nous avons besoin de voir les gens les yeux dans les yeux, de lire leurs expressions faciales et corporelles, et même de contacts physiques, de toucher, de serrer la main, de prendre dans les bras, de faire l'amour etc. Pour ces raisons, et pour le moment, il semble important de savoir quels outils utiliser et quand. Parfois une séance skype suffit et parfois, probablement très souvent, elle est bien inférieure à boire un verre tous ensemble. Ça dépend, et c'est parfois l'inverse. On préfère rencontrer les gens dont l'hygiène n'est visiblement pas une priorité par skype ou ne pas avoir à prendre l'avion pour assister à un discours. Le virtuel est tantôt plus avantageux et tantôt non. Mais ce qui fait la différence n'est pas le caractère virtuel ou non, c'est le contexte, l'objectif, la fidélité de la simulation etc. Réel ou virtuel, c'est la mauvaise question à poser, le mauvais détail à prendre en considération.

D'ailleurs les êtres humains finiront par avoir le meilleur des deux mondes.. dans le virtuel. Oui au train où ça va, nous aurons probablement d'ici la fin du siècle sinon avant, la capacité de simuler de manière pas parfaite mais suffisamment convaincante des mondes virtuels améliorés dans lesquels nous passerons sûrement quasiment tout notre temps. Avec le toucher et tous les sens qui vont bien. Ça paraît un peu fou fou mais donnez moi le bénéfice du doute pour le moment, j'expliquerais tout ça dans un épisode complet sur l'avenir de l'humanité mais aujourd'hui nous nous sommes contentés d'en jeter les bases philosophiques. Nous avons montré qu'il n'est pas possible de savoir si nous ne vivons pas déjà dans une simulation, et que si c'est le cas, cette simulation représente finalement notre réalité à nous de manière aussi légitime et satisfaisante qu'une réalité physique le serait.

Pour terminer cet épisode j'aimerais revenir brièvement sur Descartes et le scepticisme que nous avons mentionné plus tôt, ainsi que sur l'épisode 17 sur Dieu. Nous avons vu qu'il n'est en effet pas possible de prouver grand chose à part notre propre existence, et deux trois autres choses qui n'ont pas trop d'intérêt ici. Et donc nous ne pouvons pas prouver l'existence du monde externe, et pourtant nous agissons tous comme si il existait. Même les athés les plus chevronnés croient aveuglément, ou en tout cas sans preuves.. à quelque-chose.

Merci d'avoir écouté cet épisode qui il est vrai n'est peut-être écouté que par des auditeurs virtuels, mais que je prends néanmoins du plaisir réel à produire pour vous. D'ailleurs il s'agit aujourd'hui du premier épisode à aborder, de manière un peu indirecte pour le moment c'est vrai, la notion d'identité. De qui nous sommes et de notre relation avec le monde. Un thème que justement un auditeur m'a demandé d'aborder, d'ailleurs si tu m'écoutes je n'ai malheureusement pas pu te répondre car soit disant ta boîte est pleine. Il y en aura d'autres épisodes plus directement sur ce thème avec notamment l'identité individuelle à travers le temps ou l'identité sociale et sociétale. Voilà c'est tout pour le moment, merci et ciao.

soyez généreux, partagez

iTunesFacebookYoutube



Accueil
Podcast


Parlons-en
Contribuez

Merci d'attribuer la source à filiapolis.org si vous copiez une partie de ce site.