TOP
accueilpodcast

Filiapolis logopodcast

Mort du travail : vive les robots ?

Imaginons le monde peut-être utopique de demain, abondant mais sans travail. Pourrions-nous y perdre quelque chose ? Serons-nous plus heureux ou moins humains ?

Bonjour à tous, qui je l'espère ne travaillez pas trop dur, ici Nicolas. Ah le travail, nous en avons pas mal parlé la semaine dernière mais dans un contexte un peu sociétal ou finalement on a quand-même été assez économistes et assez peu psychologues, ignorant l'individu et les conséquences pour lui. Aujourd'hui parlons donc travail à nouveau mais dans le contexte de l'automatisation qui on l'a vu devrait bientôt radicalement rendre les gens commercialement inutiles. Progressivement certe mais de plus en plus rapidement. Pour un peu plus d'arguments en ce sens écoutez l'épisode précédent si ce n'est déjà fait.

Commençons peut-être par définir ce dont nous allons parler. Le travail ça veut dire quoi ? On pourrait parler de travail au sens purement commercial où il y a troc, échange d'argent ou même de cadeaux plus ou moins obligatoires. Toutes les économies n'ont pas toujours utilisé l'argent mais même dans les économies dites “de dons”, en réalité le principe de réciprocité est toujours présent dans une certaine mesure et tout le monde doit se rendre utile, environ à la hauteur de ses facultés. Donc nous pourrions définir le travail comme le fait de se rendre utile à la société. Mais comme nous souhaitons nous concentrer sur l'individu et pas vraiment sur la société, on va plutôt étendre cette définition pour inclure tout ce qu'on fait par obligation alors qu'on aimerait faire autre chose. Ça c'est bien du travail au sens personnel.

Le guitariste professionnel par exemple joue parfois parce qu'il en a envie et parfois parce qu'il doit honorer un contrat. Selon notre définition, payé ou pas, il est parfois en train de se divertir et parfois en train de travailler. Le comptable lui est quasiment toujours en train de travailler me semble-t-il. On a beaucoup de joueurs de guitare du dimanche mais assez peu de comptables du dimanche.

Finalement cette distinction sur l'envie ou non de faire ce qu'on est en train de faire, c'est la distinction sur le timing de la récompense. Celui qui choisi son activité, qui n'a pas envie de faire autre chose, est payé instantanément par le plaisir qu'il ressent en exerçant l'activité elle-même. Celui qui s'oblige à faire quelque-chose, qui aimerait plutôt faire autre chose, sera lui payé plus tard, peut-être en argent, en nature, en amélioration personnelle, en reconnaissance sociale etc. Dans le cas du travail, l'activité est un moyen d'atteindre une récompense généralement différée, alors qu'elle est une avec la récompense dans le cas du loisir. De ce point de vue on peut légitimement se demander si le travail est véritablement quelque-chose d'utile en soi ou plutôt une sorte de mal nécessaire. On y reviendra, faisons déjà un petit tour par la case robots.

Vont-ils prendre nos boulots, et plus généralement notre travail ? Alors quand je dis robots je parle bien-sûr de l'automatisation en général sous toutes ses formes.. des robots humanoïdes aux véhicules autonomes, des intelligences artificielles cachées dans le cloud ou nos objets connectés aux assistants conversationnels de première ligne, de celles spécialisées dans une tâche bien précise et répétitive à celles qui font du design créatif (hé oui même là on a déjà aujourd'hui plus le monopole de l'inventivité). Mais, plutôt que d'essayer de convaincre de l'arrivée soudaine et massive de cette explosion cognitive à l'échelle planétaire, faisons comme-si c'était acquis. Si d'aventure les robots ainsi définis devenaient capable de nous remplacer pour toutes les tâches que nous ne souhaitons pas faire nous-même, serait-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

Alors nous ne parlerons pas d'argent, de ressources finies, de qui possède les robots etc. Une autre fois pourquoi pas mais là nous allons simplement nous demander si, en imaginant que la notion de travail vienne à devenir largement absente de notre vie, elle nous manquerait. Si nous en serions plus heureux ou plus malheureux.

Un piste intéressante à explorer est celle du contraste. Sans pénombre, on nous dit, la notion de lumière n'a pas de sens. Sans malheur pas de bonheur. Sans douleur pas de plaisir. Sans travail pas de loisir. Une défense assez populaire mais qui à ses limites. S'il est vrai que celui qui n'a jamais vu la pénombre ne peut peut-être pas se la représenter mentalement, et que pour lui l'idée de lumière c'est tout simplement, le monde tel qu'il existe.. et que ce mot lumière est donc superflue.. il n'en reste pas moins que la lumière est un phénomène bien réel et que d'un point de vue pratique il ne se cogne pas plus dans les murs sous prétexte que le mot lumière n'a pour lui pas de véritable signification. Il y voit tout aussi bien, que la lumière ait déjà été éteinte ou non.

On peut pousser ce raisonnement sur le reste. Qui dirait à l'enfant maltraité qu'il n'est pas vraiment malheureux puisqu'il n'a jamais été heureux. Qu'il ne connaît pas la haine puisqu'il n'a jamais été aimé ? Qu'il ne sache pas qu'il existe un autre état plus agréable, qu'il ne puisse se représenter l'alternative pourquoi pas, mais les bleus sont tout aussi réels, tout aussi douloureux. Et justement on embraye ici sur la notion de douleur et de plaisir. On pourrait me dire.. oui mais les bleus ne font mal que parceque l'enfant connaît aussi l'absence de bleus. Parfois ses parents ne le frappent pas. Et donc il connaît le répit, qu'il contraste avec les belles branlées qu'il se prend de temps en temps, et c'est pour ça qu'il à mal. OK, sauf que ce n'est pas complètement exact d'un point de vue neurologique. Ni même de celui de la logique. Et oui, l'impulsion nerveuse part de la même façon que ce soit la première ou la dixième fois de la journée. La différence se fait plus haut, lorsque le cerveau choisi de l'interpréter en douleur plus ou moins forte, ou même en autre chose.. pour les masos par exemple l'interprétation se fait en plaisir. Et la effectivement nous avons le phénomène classique de l'habituation. Plus on prend de coups.. moins ils font mal. Mais ça n'a rien à voir avec le fait de connaître ou pas le plaisir, c'est une question de fréquence et de degré pour un stimulus donné. Prenez le même enfant qui ne connaît pas lui non-plus le plaisir, mais qui serait frappé de temps en temps seulement, il ne réagira pas comme l'autre qui y est frappé 10 fois par jours.

Et donc ici nous voyons qu'il n'est pas nécessaire de connaître le plaisir pour ressentir la douleur, mais qu'effectivement un stimulus, plaisant ou déplaisant, peut devenir moins potent, moins fort, ou même voir changer son ressenti, sous certaines conditions. Les humains aiment contraster c'est vrai mais nous ne contrastons pas tout tout le temps, et la première expérience d'un orgasme par exemple n'est pas conditionnée à la mutilation préalable du sexe pour pouvoir comparer les deux. Si comparaison il y a dans ce cas précis, c'est entre l'absence de ce stimulus et sa présence. Pas nécessairement entre lui et un autre. Il n'est pas nécessaire d'avoir connu la mort d'une amie pour apprécier une discussion stimulante avec une autre. Tout au plus il suffit de ne pas l'avoir dans les pattes tous les jours de l'année. L'orgasme permanent n'est plus appréciable en effet, l'habituation dont nous parlions, mais l'orgasme occasionnel reste appréciable sans besoin régulièrement de coup de pied dans les parties.

D'ailleurs d'un point de vue logique.. c'est étrange. Si nous devions toujours comparer les stimuli à d'autres pour pouvoir les ressentir, nous ne ressentirions jamais rien. La première expérience de la faim qui arrive avant d'avoir mangé pour la première fois, n'étant pas ressenti selon ce modèle (on à rien pour comparer).. lorsqu'on finit par manger, sans raison puisqu'on avait pas vraiment faim apparemment, on ne peut pas apprécier notre nourriture puisqu'on a jamais eu d'expérience négative de la faim. Non, de manière innée les enfants ont faim, ils en pleurent et sont bien content de manger. La première fois et les suivantes. La sensation de faim n'est pas comparée à la sensation de manger un bon repas, mais au moment précédent où on n'avait pas faim, et non à ce qu'on ait déjà un jour mangé ou non.

Et pour le travail c'est pareil. Faire quelque-chose qu'on ne souhaite pas faire, c'est une expérience négative. La première fois aussi. Faire quelque-chose qu'on souhaite faire c'est une expérience positive. La première fois aussi. L'une est-elle dépendante de l'autre ? Non. Mais c'est vrai qu'on peut apprécier l'absence de travail lorsqu'on avait besoin de travailler juste avant. La seule chose qu'avoir connu une certaine souffrance permet de faire, c'est d'apprécier l'absence de cette souffrance là. Effectivement ici on compare. Mais ne pas l'avoir connu n'empêche nullement d'apprécier la présence d'autre chose. Comme l'enfant maltraité apprécie l'absence de coups.. ce qui n'empêche nullement l'enfant bien traité d'apprécier de regarder un dessin animé avec ses parents, ou à celui qui n'a jamais travaillé d'apprécier aller au cinéma, de sortir entre amis, d'aller manger un brunch le lundi matin etc. Il suffit pour apprécier jouer de la guitare de comparer avec le moment ou on faisait autre chose de moins intéressant. Peut-être rien, ou une autre activité devenue ennuyeuse. C'est pour ça qu'on passe à la guitare. Ce qu'être en train de travailler ne permet pas justement, nous gardant d'autant plus frustrés.

Et c'est là une autre grosse erreur qui est souvent commise. Ici on ne compare pas le travail et le temps libre. On compare des activités que l'on ne souhaite pas faire à des activités que l'on souhaite faire. Des activités. Pas une. Parfois on entend dire qu'on s'ennuierait sans travail mais il n'y a pas plus de raison de s'ennuyer, de se lasser, ou de s'habituer au point de ne plus prendre son pied, en remplissant nos journées de choses qu'on souhaite faire. L'important c'est comme nous l'avons vu juste avant, de varier les plaisirs, de varier les stimuli. Il est tout à fait possible de vivre une vie de loisirs parfaitement stimulante. Beaucoup de retraités ont une vie satisfaisante sans plus d'ennui que ceux qui font leur métro boulot dodo. Peu souhaitent revenir dans le monde du travail et ceux qui le souhaitent au début apprennent vite à s'occuper.

Car en fait l'ennui ne vient que par le manque d'occupation et de stimulation qui retient notre attention. Pas par le fait de faire quelque-chose qu'on à envie de faire, notre définition du pas travail, du loisir. C'est le vrai travail, celui qu'on aimerait ne pas faire, qui justement pose le plus le risque de nous ennuyer, pas l'inverse. Un monde sans travail c'est un monde, pour celui qui sait s'occuper, qui a le potentiel d'être moins ennuyeux justement, et en tout cas pas plus.

Imaginez un monde sans travail ou presque, sans l'obligation d'aller au bureau, de traire les vaches, de conduire un camion, ou d'ouvrir le magasin. Mon Dieu mais qu'allons-nous faire ? Et bien s'entraîner à un sport, apprendre ou simplement jouer d'un ou de plusieurs instruments, boire un coup avec des amis, visiter une ville nouvelle, s'occuper passionnément du jardin ou de décorer la maison, collectionner des timbres, lire voracement une encyclopédie ou plutôt faire une séance wikipedia sans fin, lire un livre, regarder un film, écouter un podcast, participer à un débat enflammé sur reddit, danser, chanter, descendre dans le puit sans fond de YouTube, tourner une vidéo amusante, produire une musique originale, cuisiner avec ou pour quelqu'un, écrire une fiction, faire du cosplay en réalité virtuelle, jouer à un jeu vidéo, faire une partie d'échecs, plonger, faire du bateau, inventer un langage, le parler avec d'autres, faire l'amour, boire un chocolat chaud en regardant les passants sous la pluie, faire une sculpture de neige ou de sable, partir en rando, méditer, regarder le coucher de soleil, ou même être seul avec ses pensées. Toutes ces choses peuvent être un travail lorsque nous nous y sentons obligés, si même regarder des films ou un coucher de soleil ça peut être un travail, mais dans un monde où les robots font quasiment tout ce qu'on leur donne, nous avons le luxe de choisir presque tout le temps les activités que nous souhaitons garder pour nous-mêmes, et tant que nous souhaitons les faire. D'en varier lorsque le besoin s'en fait sentir.

J'en ai déjà parlé dans l'épisode 12 sur l'ennui dans un monde sans vieillissement, mais le problème est en réalité le même, l'ennui dans un monde sans travail, n'est un problème que pour ceux qui s'ennuient déjà maintenant. Pour eux, il s'agit d'une véritable souffrance, difficile à gérer au quotidien et qui demande, qu'elle ironie, un gros travail sur soi. Mais la présence ou l'absence de travail ne change en réalité rien ou peu à l'affaire. Et pareil, tant mieux, pour ceux qui ne s'ennuient pas facilement.

S'il fallait une preuve que le loisir peut-être aussi accaparant, aussi stimulant que le travail.. qui n'a pas déjà oublié de manger, prit dans une partie de jeux vidéos, de cartes ou d'un sport quelconque ? Qui n'a jamais eu hâte de finir de manger et retourner vite planifier la sortie de groupe de la semaine prochaine.. ou de continuer un tableau, ou une séance piano ? Toutes ces activités ne deviennent pas magiquement plus ennuyeuses ou dénuées de sens sous prétexte qu'elles sont choisies. Sous prétexte qu'on ressent une envie presque irrépressible d'y prendre part. Bien au contraire.

Et c'est là une autre critique, finalement assez vide, qu'on entend sur la fin programmée du travail. Oui le jeux de mot est intentionnel. On nous dit que le travail donne du sens à la vie. Que sans lui nous serions dénué d'utilité, de but. Nous sommes selon cette vue des outils au service d'une cause plus large que celle de notre propre satisfaction et le travail légitime notre existence. Je ne vais pas trop m'étendre sur l'illégitimité de cette vue car il faudrait pour cela démontrer que l'homme n'a pas d'obligations objectives et que la vie prend son sens dans le bonheur de chacun, et non en tant qu'outil au service d'autre chose. Mais ça c'est le gros sujet d'un autre épisode.

En revanche cette critique n'est pas complètement mal placée non-plus. Notre espèce, qui a évoluée avec le travail pendant de nombreuses générations, n'a jamais vraiment connu un monde où le travail de chacun n'est pas requis pour la survie du groupe. L'animal ultra-social que nous sommes a été conditionné au fil de son évolution et de sa spécialisation à la fois à vouloir se rendre utile et à compter sur les autres. On souhaite instinctivement se rendre utile, se sentir utile.. et aussi à se reposer sur les autres.

Alors à ce constat il faudrait un petit bémol car même si nous sommes assez spécialisés de nos jours, génétiquement parlant, cette transformation de l'homme qui fait presque tout en l'homme qui fait surtout une chose, est récente. La spécialisation sexuelle est ancienne et très forte, ça aussi on y viendra dans un épisode complet sur les hommes et les femmes, mais la spécialisation entre les adultes du même sexe est comparativement beaucoup moins ancrée dans notre biologie et relève beaucoup plus de notre culture. Les hommes modernes font souvent le choix de se dé-spécialiser, de faire leur propre bois, de construire leur propre cabane, de cultiver leur propres légumes et d'avoir le moins possible d'échanges avec la société. Il n'est pas si évident que l'homme moderne ait un besoin psychologique de spécialisation qui aille jusqu'à ce mode d'organisation qui est le nôtre où nous ne nous faisons finalement pas grand-chose nous-même. Et nous pouvons donc voir ce besoin de se sentir utile comme un besoin qui est indéniablement là mais peut-être pas aussi fort que ça. Ou alors manifesté autrement pour une autre raison.

Par exemple il est intéressant de noter que même si l'homme des cavernes n'est pas très spécialisé, et que nous avons probablement toujours une psychologie quelque-peu semblable, il vit néanmoins en communauté. Ce qui indique probablement un avantage de groupe, de nombre. Les hommes, frêles et pas particulièrement robustes anatomiquement (on est juste champions de la marche mais c'est tout), compensent par leur organisation pour devenir une sorte de super-organisme. Pas très spécialisé, beaucoup de pièces de ce super-organisme font grosso-modo la même chose, mais organisé en groupe quand-même. Et justement. Chacun se sent comme faisant parti de ce groupe. Un groupe avec de la redondance, où si l'un tombe malade, l'autre qui sait faire quasiment la même-chose prend le relais.

A noter que c'est pareil dans nos sociétés modernes en réalité. La spécialisation n'est possible que parceque le group est si énorme maintenant que nous avons toujours de la redondance, même chez les critiques d'art ou les physiciens quantiques. Il n'y a jamais qu'une personne qui détient les clés d'une activité précise dans la communauté globalisée. Dans la caverne, avoir un seul casseur de silex aurait été risqué alors tout le monde ou presque savait sûrement casser du silex. Mais ce n'est pas grave s'il n'y a pas de mineur à Nice.

Et donc en réalité ce besoin de se sentir utile est le miroir de l'autre besoin, celui de pouvoir compter sur les autres. Ce besoin d'une sorte d'assurance vie primitive. Qui existait dans la caverne mais aussi à Nice. Et cette assurance vie il faut la payer. Et on la paye depuis toujours en se rendant utile en prévision du jour où, fatigué, malade, handicapé ou trop vieux, il ne sera plus possible de se rendre utile à soi-même. D'où le besoin de se sentir utile aux autres. Car on à peur que le group exclue celui qui ne peut rien apporter. Ce serait potentiellement perdre notre assurance vie.

Mais dans un monde sans travail, les machines vont-elles vraiment nous causer une anxiété intense liée à un sentiment d'inutilité. Probablement pas et plus plusieurs raisons.

D'abord parceque dans ce monde dont les uns rêves et les autres cauchemardent, l'assurance vie est toujours là. Mieux encore elle devient gratuite. Encore une fois on ne s'intéresse ici pas à qui possède les machines, on imagine un monde où tous nous y avons accès, pour se concentrer sur l'aspect psychologique. Il y a plein de manières de s'assurer un accès large aux robots, mais ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Donc oui les robots dans ce scénario prennent sur eux de s'occuper de nous, de fournir tout ce que nous ne souhaitons pas faire nous-même. Ils cassent le silex quand on préfère bronzer au soleil, ils chassent et préparent la viande avec quand on est en train de peindre la grotte, et éloignent les loups pendant qu'on joue aux osselets. Et ce qu'on soit enfant, adulte, vieux, homme ou femme, handicapé ou valide, frêle ou costaud. Le seul critère pour les robots c'est d'en avoir reçu l'ordre ou pas. Ils ne demandent par nature rien en retour ou en avance. Ils n'attendent pas de nous que nous leur soyons utiles, ni hier, ni aujourd'hui, ni demain. L'assurance vie est garantie. Et donc nous avons ici un gros poid qu'il n'est plus nécessaire de porter. Une angoisse sur notre manque d’utilité qui n’a plus lieu d'être.

Alors bien sûr ce n'est pas si simple. Il n'est plus vraiment nécessaire d'avoir peur du noir, les prédateurs ne rôdent plus constamment, et pourtant. Les instincts évolutifs qui existent dans notre espèce demeurent. Mais comme il est possible à un enfant d'apprendre à arrêter d'avoir toujours peur du noir dans sa chambre, et de simplement être vigilant dans les rues sombres, de contrôler, de raisonner cet instinct, il est aussi probablement possible d'apprendre à ne plus avoir peur d'être inutile pour la survie des autres. D'ailleurs c'est déjà un peu le cas. Un peu déconcertant au début pour certains, on apprend vite à s'en accommoder quand on est à la retraite. Ou après des mois d'arrêt de travail involontaire. Le nouveau normal devient.. justement, normal.

Et d'ailleurs nous ne nous sentirons pas inutiles, et ce malgré la présence des robots. Nous avons une capacité formidable à élever en importance des choses qui après réflexion ne sont pas franchement si cruciales. Prenez l'exemple d'un match de foot. Ce n'est pas particulièrement une question de vie ou de mort. L'enjeu est à première vue assez faible. Mais non, le match déchaîne les passions et la victoire semble mériter des efforts colossaux, de dépenser des sommes pharaoniques, des cris, des larmes, et même parfois des violences, tout ça pour s'assurer qu'un ballon aille dans un filet plutôt qu'un autre. Pas mal quand-même homo-sapiens.

Et oui nous vivons déjà dans un monde d'abondance selon bien des critères, en tout cas loin de simples préoccupations de survie. Et lorsque nous n'aurons plus vraiment à travailler, lorsque l'abondance sera encore plus totale et omniprésente, encore plus de nos loisirs ressembleront aux matchs de foot. Gagneront en importance. Et les loisirs collaboratifs, ou compétitifs, justifieront toujours les cris et les larmes. Nous permettront toujours de nous sentir utiles aux autres. D'avoir fait la bonne passe, d'avoir assisté au kill dans un jeux vidéo, d'avoir planifié un voyage organisé réussi, d'avoir décoré avec goût pour nos invités ou d'avoir réconforté un ami. Toutes ces choses que nous souhaiteront encore faire nous-même car elles sont stimulantes en elles-mêmes et qui, accomplies en groupe, préservent ce sentiment d'utilité que certains ont aujourd'hui peur de perdre demain.

Et justement on voit là que la peur connexe de perdre le lien social est parfaitement infondée. Le lien social sera simplement de plus en plus tissé en fonction de nos loisirs, des activités choisies ensemble, plutôt que par le travail, ces activités auxquelles les participants aimeraient ne pas prendre part. C'est déjà en bonne partie le cas, la seule différence avec l'arrivée des robot, ce n'est pas la quantité de lien social qui diminue mais sa qualité qui augmente. Je pense que c'est un faux problème. Justement parceque ce besoin est si fondamental. Le vide de la perte de lien social subi sera naturellement rempli par plus de lien social choisi.

Devoir travailler n'est pas une condition nécessaire à l'appréciation des milliers d'activités de loisirs que la société de demain permettra encore plus que celle d'aujourd'hui. L'ennui sera tout aussi présent ou absent, suivant les tempéraments, et les mêmes choses qui aujourd'hui nous en préservent, nous en sauveront demain en variant par exemple nos plaisirs. La peur de se sentir inutile sera largement compensée par l'assurance d'une aide unilatérale offerte par les machines, mais aussi et surtout par un véritable sentiment d'être une pièce importante dans tous les loisirs de groupe auxquels nous prendrons d'autant plus part. Le futur sans travail est un futur humain et agréable que nous devrions hâter. Arrêtons de laisser des peurs irrationnelles nous ralentir.

Merci d'avoir écouté cet épisode que j'ai pris du plaisir à écrire et qui j'espère vous a semblé utile. A bientôt et vive les robots.

soyez généreux, partagez

iTunesFacebookYoutube



Accueil
Podcast


Parlons-en
Contribuez

Merci d'attribuer la source à filiapolis.org si vous copiez une partie de ce site.