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Le libre arbitre importe-t-il vraiment ?

La question du libre arbitre est polarisante, souvent la réponse est un grand oui ou un grand non. Nous allons voir que c'est plus compliqué, mais aussi aussi plus simple.. et surtout que ce n'est pas juste un sujet académique.

Salut à tous ici Nicolas. Aujourd'hui nous allons parler d'une question qui paraît assez académique mais qui à en réalité des conséquences pratiques importantes. Sommes-nous libres de nos choix ? Et donc par extension, sommes-nous coupables de nos échecs et architectes de nos succès ? Une question pas mal importante quand-même puisque toute la société est basée sur la réponse. En tout cas un gros pan de la société.

Comme souvent à FILIAPOLIS on va voir que ce n'est pas aussi simple qu'un gros “oui” ou un gros “non”. En philosophie pratique les questions les plus courtes produisent souvent les réponses les plus longues et vice versa. Donc libre arbitre oui, non ? Bah surtout.. ça dépend.

Déjà faisons un petit tour par la case définition, le libre arbitre c'est quoi ? Le libre arbitre c'est la capacité de se déterminer, d'agir et de penser par soi-même, sans l'action prépondérante de forces extérieures.. qui nous poussent implacablement dans un sens ou dans un autre. Imaginez un pantin et vous avez une petite idée de son degré de liberté.. contrôlé soit directement par une main ou indirectement par une main qui tire sur des fils.. mais contrôlé très certainement. Le pantin ne choisit rien en lui-même, c'est la main. La question qui nous préoccupe c'est finalement de savoir si la main n'est-elle pas elle aussi en réalité celle d'un autre pantin.. et ainsi de suite comme des poupées russes à l'infini.. ou plutôt comme un cercle de poupées, de pantins, dont le dernier voit ses ficelles tirées par le premier.

Bien sûr la main en question est symbolique et en réalité elle peut être remplacée par les lois de la physique agissant sur la matière et l'énergie. Le libre arbitre s'oppose entre autre au déterminisme. Et le déterminisme c'est l'idée que dans notre univers tout est régi par des lois fondamentales qui.. oh surprise, déterminent, toutes les actions et réactions, les causes et les conséquences. Il s'agit ici, contrairement à la main, d'une force impersonnelle qui n'a pas de motivations précises.. et les évènements de l'univers seraient donc, certe déterminés à l'avance, mais quand-même dénué de sens car sans but précis, sans raison d'être.

Evidemment tout ça n'est pas très satisfaisant. On à pas particulièrement envie d'entendre qu'on est guère plus que des automates préprogrammés, des personnages de roman dans un livre déjà écrit à l'avance. D'ailleurs on peut faire nos propres choix non ? Influer sur l'histoire, changer la fin.. non ? Et bah non. Pas vraiment. Alors il y à plusieurs tentatives de défense contre l'idée d'un monde où les humains ne sont que passagers et non chauffeurs.

La première ligne de défense c'est justement celle des décisions humaines. Même si l'environnement existe suite à des milliards d'années de réactions chimiques précisément réglées par les lois de la physique, sans le concours de l'homme.. notre esprit lui nous permet quand même de décider d'aller à droite ou à gauche. Sauf que non. Aller à droite c'est bouger mes pieds, mes jambes.. c'est une séries de réactions électrochimiques dans mes muscles, précédées d'une impulsion nerveuse.. tout ça bien sûr sous le contrôle des lois fondamentales, du script, de l'univers. Et tout ça est précédé d'une avalanche de réactions électrochimiques dans le cerveau, de neurones qui s'activent, qui échangent, selon les mêmes lois, selon le même script. Ah. La liberté en prend un coup, d'autant plus qu'on peut remonter encore plus loin pour s'apercevoir que la configuration neuronale dont sort implacablement la “décision” d'aller à gauche.. elle est le résultat inévitable d’une longue chaîne de choses elles aussi toutes individuellement inévitable.. depuis notre naissance et même avant.. depuis le big bang au moins.

C'est évidemment pour nous le moment d'introduire l'idée du dualisme, l'idée d'une âme qui serait immune aux causes externes mais capable quand-même d'influer sur les neurones, sur la partie physique de l'esprit. Cette âme serait donc, elle, libre de faire ses propres choix.. indéterminée. Et voilà problème réglé, nous sommes bien aux commandes, maîtres de nos décisions puisque notre esprit est en réalité piloté par notre âme, qui elle n'est pilotée par rien d'autre, ne dépend pas de causes externes, n'obéit pas aux lois de la physique et ne fait pas partie de l'enchaînement de causes et effets qu'elles régissent. Sauf que là nous avons plusieurs problèmes.

Le premier c'est que si l'âme est bien le centre de nos décision, si c'est elle qui guide mes lèvres, ma langue et mes cordes vocales, à travers divers impulsions neuronales et réactions chimiques du cerveau, ça veut dire que l'âme est bien inclue dans la chaîne de causalité. Elle a obligatoirement au minimum une interaction avec le cerveau physique à un moment ou un autre. Nous aurions donc là quelque-chose d'étrange à la fois faisant partie du monde physique et à la fois pas.. puisque je vous le rappel, l'âme est supposée ne pas être influencée par le monde physique qui lui est déterminé.. sinon l'âme le serait elle aussi. Étrange.

Pire encore, nos décisions sont clairement influencées par ce qu'on boit, par le manque de sommeil, par nos hormones et même par des électrodes placées sur le crâne pour changer notre perception, influer nos actions etc. Il est possible par exemple, en envoyant un courant électrique dans des zones bien précises du cerveau, d'empêcher la reconnaissance des visages.. pas seulement de ne plus ce souvenir de quelqu'un non non, mais carrément de ne plus pouvoir comprendre ce qui est là juste au dessus du coup.. flippant. Arrêt du courant.. plus de problème et maintenant ça y est c'est évident c'était donc une tête avec un visage. En fait il n'y à pour le moment en tout cas rien qui, soit ne puisse être expliqué par un phénomène purement physique dans le cerveau, soit ait besoin d'une âme immatérielle. Soit on sait expliquer les choses en termes de neurones, soit on sait pas vraiment mais on à pas de raisons particulières de l'expliquer par une âme.

L'âme est un concept pour le moment parfaitement inutile. L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence bien sûr.. on ne peut pas prouver que l'âme n'existe pas, mais c'est un concept qui n'a jusqu'à présent jamais rien expliqué et qui par définition n'est pas testable, pas falsifiable. Quelque-chose qui ne soit pas matériel mais qui influence ce qui l'est, on a jamais vu ça. Prudence donc jusqu'à nouvel ordre. De plus nous avons déjà de nombreuses expériences qui expliquent en simple phénomènes physiques le fonctionnement de notre esprit. Il semble pour le moment que notre esprit soit réduit à ces phénomènes et l'hypothétique domaine d'exclusivité de l'âme, la partie que nous n'expliquons pour le moment pas précisément en terme de phénomènes physiques, réduit chaque année. Tout ça rappel le “Dieu des trous”.. cette idée que Dieu est utilisé pour expliquer tout ce que nous ne pouvons pas encore expliquer, les trous de notre savoir. Malheureusement pour le barbu dans le ciel, les trous se referment à vitesse grand V. Et l'âme c'est pareil. D'ailleurs de manière générale il faut garder une bonne dose de scepticisme pour toute explication qui invoque la magie.. ce qui n’est à mon sens qu'une manière d'éviter de dire qu'on ne sait pas.. et aussi une manière de clore un débat idéologique qu'on a en réalité perdu. Nous parlerons plus avant de tout ça dans un épisode sur Dieu et un autre sur la formation du savoir, la légitimité des preuves, des croyances aussi etc.

L'âme ne nous sauvera donc pas du déterminisme.. mais la physique moderne peut-être. Et oui, c'est bizarre puisque jusqu'à présent c'est quand même à cause des lois de la physique qu'on a vraisemblablement pas de libre arbitre.. mais en fait nous nous basions sur de la physique pré 20ème siècle. Depuis Einstein, enfin surtout en dépit d'Einstein puisqu'il a aidé à sortir la théorie mais à toujours cherché à la combattre par la suite, nous avons la physique quantique. Et là les choses deviennent carrément étranges. Alors on va pas faire un cours de physique ici et je vais gentiment condenser tout ça en une phrase : la physique quantique c'est grosso modo l'idée que rien n'est déterminé à l'avance, que dans le monde du tout petit, et qui influe donc sur le monde macroscopique, rien n'est écrit et tout est aléatoire, enfin plutôt probabiliste. On ne peut rien calculer à l'avance même en connaissant toutes les lois et en ayant toutes les informations de départ car justement, dans les lois même du monde quantique il y a une bonne dose d'incertitude, de probabilité. OK ça fait deux phrases mais le résultat est le même, si la physique quantique c'est pas des salades, alors on est pas capable, même en théorie, de savoir précisément ce que va devenir une particule donnée. On a au mieu une vague idée sur certaines de ses propriétés mais pas une idée précise sur toutes. Jamais toutes. Pas possible. Et ça parceque le résultat n'est pas écrit, il est en partie dû au hasard. Voilà, plus de script, plus de déterminisme. Merci la physique.

Sauf que c'est évidemment pas la panacée non-plus. Bah oui, on est passé d'un “oh mon dieu tout est écrit j'ai pas de libre arbitre” à un “oh mon dieu rien est écrit j'ai toujours pas de libre arbitre”.. et donc notre problème initial demeure. Nous ne sommes pas plus au commandes dans un monde déterministe que dans un monde probabiliste. Qui décide d'aller à gauche ou à droite ? Que ce soit mes neurones dont les propriétés électrochimiques sont le résultat d'une chaîne toute tracée ou mes neurones dont les propriétés électrochimiques sont le résultat d'une chaîne qui se trace toute seule au fur et à mesure.. il n'y a pas de quoi se réjouir. La physique nous enseigne qu'il n'y a pas de libre arbitre, peu importe le modèle retenu.

D'ailleurs y-a-t-il vraiment une différence probante entre ces deux modèles. Peut-être pas. Dans le premier nous avons un script, une histoire déjà toute tracée, du passé lointain à l'avenir lointain. Dans le second le script, l'histoire, s'invente en cours de route par l'action hasardeuse des particules soumises à la physique quantique. Mais au final est-ce que ça change grand chose ? Non. Dans les deux cas il n'est pas possible de lire le script, de connaître l'histoire, au delà du moment présent. On ne peut pas calculer précisément l'avenir.. et ce dans les deux cas. Dans le premier cas parce-que nous ne pourrons jamais avoir suffisamment d'informations et de puissance de calcul (même en théorie puisque l'acte de calcul lui même influence et change le résultat).. et aussi dans le second cas puisque le hasard n'est pas calculable tout court. Au final ça revient pas mal au même. On ne peut savoir. Imaginez un livre dont vous ne puissiez pas tourner les pages vous même, qui se tourne tout seul au rythme de votre lecture.. c'est un peu ça. Peu importe que les pages soient déjà toutes écrite ou que l'auteur en rajoute au fur et à mesure.. pour vous ça ne change strictement rien. Pour savoir la suite il faut lire normalement. C'est un peu pareil ici, destin ou pas, il faut vivre normalement pour savoir ce qui va nous arriver. Libre arbitre ? Nous n'avons en théorie pas plus d'influence que le lecteur n'en a sur le roman, mais il reste intéressant, excitant.. surtout lorsqu'on se prend pour l'un des personnages.

Et peut-être que depuis tout à l'heure nous faisons fausse piste d'une certaine manière. Le libre arbitre c'est la possibilité de choisir librement. Et il y a en fait deux possibilités d'interpréter cette liberté. Nous pouvons choisir libre de chaîne de causation, libre de causes qui entraînent implacablement, mécaniquement, notre choix. Nous avons vu que cette interprétation est rejetée par la physique. A moins d'avoir une âme ou quelque chose de surnaturel et de difficilement défendable logiquement, ce n'est pas le cas. Nous ne sommes pas libres en ce sens. Mais il reste une autre interprétation, plus intéressante d'ailleurs : celle de choix libres de contraintes.

Ah, alors de quoi parlons-nous exactement ? C'est pas pareil que de ne pas avoir de cause. Nos actions peuvent êtres écrites à l'avance ou au fur et à mesure par les particules de l'univers, tout en restant libres de contraintes. Ces contraintes dont je parle sont toutes ces choses qui ne sont pas physiques au sens mécanique du terme. Bien sûr leur présence ou leur absence dépend comme tout le reste des lois de la physique, il ne s'agit pas de nier l'existence du script (écrit à l'avance ou pas). N'oubliez pas, nous avons déjà admis que personne n'est aux commandes au sens métaphysique du terme. Personne ne transcende les lois de la physique. Non les contraintes dont je parle sont elles aussi régis par le script, mais là où elles font la différence c'est psychologiquement.

C'est par exemple la contrainte d'être né avec une malformation qui ne permet pas la liberté de courir le cent mètre.. ou même plus largement d'être un humain incapable de voler ou même de s'imaginer ce que c'est que d'être une fourmie. Des actions que je ne suis pas libre d'entreprendre. Une contrainte biologique. Comme celle de pouvoir résister, jusqu'à un certain point, à l'envie d'uriner. Suis-je maître de mes choix ? Oui jusqu'au moment ou ça fait trop mal. Jusqu'au moment ou on me met un flingue sur la tempe. Jusqu'au moment ou on menace de m'envoyer en prison si je refuse de payer.

Et là nous voyons que le libre arbitre est en fait quelque chose d'assez compliqué. Ce n'est pas vraiment quelque chose de tout blanc ou tout noir. Parfois biologique, parfois environnemental, parfois psychologique, parfois situationnel.. souvent gradué. Mes choix sont libres en ce sens tant que la contrainte est trop faible pour obliger de manière prévisible un choix particulier. Jusque là, la contrainte n'est qu'une influence.. une variable décisionnelle parmis d'autres. Qui ne mérite d'ailleurs pas le titre de contrainte. Mais lorsqu'elle devient trop forte pour être ignorée, notre libre arbitre en souffre, nous sommes de moins en moins libres de décider en dépi de cette influence qui prend de plus en plus forme de contrainte.. jusqu'au moment où l'idée de choix devient absurde. Puis-je vraiment choisir de ne pas donner mon portefeuille au voleur armé ? Oui, dans une certaine mesure, mais énormément moins que de résister à la tentation de mettre du sucre dans mon café.

Et ici nous voyons que le libre arbitre vu sous cet angle n'est pas une caractéristique que l'homme possède ou ne possède pas, en tout temps et en toutes situations. Non, c'est du cas par cas. Du cas par cas qui informe notamment la notion de culpabilité, de responsabilité. Sommes-nous coupables d'un vol commis pour éviter de mourir de faim ? Dans une certaine mesure oui, mais toujours moins que d'un vol commis pour acheter une plus grosse voiture. Le premier choix n'est pas aussi libre que le second. Inversement, sommes-nous méritants d'être plus grand que la moyenne ? Probablement pas, ou en tout cas beaucoup moins que d'avoir travaillé plus dur que la moyenne. Le premier n'est pas vraiment un choix libre, manger beaucoup de soupe à peut-être un peu aidé mais c'est surtout les gènes, alors que le second majoritairement oui.

Et c'est là à mon sens le seul véritable intérêt des discussions sur le libre arbitre. Qu'il n'existe pas d'un point de vue métaphysique ça je l'accorde volontiers. L'âme mise à part, une solution de feignant qui ne permet que d'éviter le débat, les lois qui régissent notre univers ne semblent permettre aucune marge de manœuvre pour la liberté de causes. Soit le script est déjà écrit, déterminé, soit il s'écrit tout seul, sans nous, au fur et à mesure. Mais il reste le concept utile de la liberté de contrainte, celle qui permet de juger notre part de responsabilité, pour la société bien sûr mais aussi pour nous-mêmes.

Nous avons un besoin psychologique de nous sentir acteur de notre propre vie. Plus qu'un passager passif nous voulons être, au moins de temps en temps, des conducteurs actifs. La physique moderne ne devrait pas nous faire déprimer sur ce sujet. Les contraintes de la vie sont bien réelles et surtout elles sont crédibles et nous permettent de nous sentir libre lorsqu'elles sont absentes. Subjectivement, et c'est bien ça qui importe, nous sommes massivement libres. Libres de penser, dire, et faire énormément des choses qui nous importent. Pas tout. Et justement, ce sont ces contraintes qui bien souvent nous motivent à nous améliorer. Nous et la société. Pour empêcher les agressions, la maladie, les famines, la misère etc.. toutes ces choses qui réduisent considérablement notre libre arbitre, notre liberté future.

C'est pour être encore plus libre, subjectivement, que nous souhaitons travailler à éliminer ces contraintes. Parceque le sentiment de liberté marche souvent main dans la main avec notre bonheur. Et finalement, libre ou pas, ce qui compte c'est d'en avoir l'impression. C'est d'ailleurs aussi important pour accepter nos punitions que pour se sentir justifié de punir les autres. Pour apprécier nos récompenses que pour récompenser les autres. Le déterminisme ou son frère de la mécanique quantique, nous montrent que le libre arbitre n'existe pas dans une certaine mesure.. mais c'est la mauvaise leçon sur laquelle nous ferions bien de ne pas trop nous attarder. La vrai leçon, celle qui est utile et qui ne mène pas au désespoir, c'est celle d'un libre arbitre gradué, qui dépend de facteurs que nous pouvons souvent, même si pas toujours, contrôler, améliorer, ou apprendre à accepter.

Le libre arbitre ? Nan mais surtout oui. Deux notions distinctes en réalité. Celle de la causalité, qui n'est pas vraiment importante.. et celle des contraintes, qui elle l'est.

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