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Même sans vieillissement, pas plus d'ennui pour autant

Un monde sans vieillissement devient-il chiant à mourir ? Rempli d'immortels condamnés à un ennui croissant ?

Bonjour à tous ici Nicolas pour ce cinquième épisode dans notre série consacrée à la mort et surtout à l'éradication du vieillissement chez l'homme. Cette fois ci nous allons décortiquer le mythe qui voudrait nous faire croire qu'il vaut mieux mourir tout ridé et sénile à 90 ans plutôt que de risquer l'ennui dans un corp d'athlète et un cerveau d'étudiant pendant 500.

Ici nous avons notre première objection personnelle. Une objection basée essentiellement sur une peur qui à première vue semble assez logique puisque nous y sommes déjà confrontés assez régulièrement : celle de se faire chier. L'idée est donc de dire que nous nous ennuyons déjà alors que nous n'avons ni tout vu ni tout fait, et que CQFD nous nous ennuirons d'autant plus facilement lorsque dans 200, 500 ou 1000 ans on aura enfin tout vu tout fait.

Sauf qu'avant d'avoir tout vu tout fait on a le temps. On a même carrément le temps. Un temps.. infini en fait. D'abord parce que le nombre de choses intéressantes à faire est déjà incalculable de nos jours. Pour peu qu'on soit un peu curieux, il y a des milliers d'endroits uniques à visiter, des milliards de blagues à entendre, au moins autant de conneries, des centaines de sports et des milliers d'activités à maîtriser, des millions de films livres podcasts et vidéos YouTube à digérer et paraît-il une centaine de positions sexuelles à investiguer et, pour les plus aventureux d'entre nous encore bien plus de partenaires avec qui le faire.

Alors évidemment on est pas intéressé par tout tout le temps mais je pense qu'assez peu d'entre nous quittent ce monde heureux d'avoir pu tout rayer de leur liste. Rien qu'avec ce que nous avons sur la table aujourd'hui c'est pas 100 mais 500 ans au minimum qu'il faut à l’oisif moyen pour tout faire. Et de toute façon ça n'a pas grande importance puisque les opportunités vont croissantes.

Si d'aventure on arrivait à la fin de la liste après avoir fêté son bicentenaire, il suffirait d'y rajouter tout ce qui a été inventé, découvert, rendu possible ou juste ce qui a changé.. et voilà de quoi tenir une centaine d'années de plus. Et après ces 100 années, rebelote, on a de nouveau une bonne centaine d'années de trucs nouveau à voir et faire. Et ainsi de suite sans jamais donc en voir vraiment la fin.

D'ailleurs comme ci ce déluge d'opportunités croissantes ne suffisait pas, il suffit de réaliser que comme le dit le proverbe, on ne met jamais les pieds deux fois dans la même rivière. L'environnement est un perpétuelle évolution et il est difficile de voir comment on pourrait se lasser de quelque-chose, le monde en l'occurrence, qui n'est jamais pareil bien longtemps.

Nan le problème n'est pas de manquer de choses intéressantes à faire, le problème c'est d'être pessimiste et de manquer de motivation. Et ça ce n'est pas un problème qui vient avec le temps c'est un problème de tempérament et de circumstances.. qui peut survenir aussi bien demain que dans 5000 ans et durer de quelques minutes à quelques années. C'est malheureusement un gros soucis pour certaines personnes, et quelque chose à prendre très au serieux, mais c'est un soucis qui n'a fondamentalement pas de rapport avec la présence ou l'absence de vieillissement et la durée de la vie. Important, très important même, mais pas notre sujet aujourd'hui.

De toute façon peu importe. Qu'on voit le monde comme un vaste champ ou un petit pré d'expériences, en réalité c'est pareil. Le pré, bizarrement mais heureusement, n'est pas pire que le vaste champ. Et oui, chez l'homme ce qui compte ça n'est pas la variété infinie, c'est la variété suffisante. Comme pour la bière ou le vin, ça sert à rien de remplir plus haut que le bord.

L'homme est une créature qui, comme toutes les autres d'ailleurs, à besoin d'un juste milieu entre routine et nouveautés. Trop de routine et d'autres organismes plus aventureux pourraient tomber sur quelque chose d'incroyable qui leur donne un avantage décisif. Mais trop de nouveautés et on court le risque de perdre du temps et des ressources sur tout un tas de choses qui se révèlent inutiles.

Quand le but est de faire plus de bébés que le voisin, c'est bien d'aller voir de temps en temps si le mammouth n'est pas plus abondant dans la vallée d'après, mais il ne faut pas négliger le lac ou on en voit régulièrement. Pas dans le lac mais au bord bien sûr. Si on passe notre temps à explorer les vallées juste au cas ou, on remplace en réalité quelques mammouths réels pour beaucoup de mammouth hypothétiques. Madame cromagnon ne sera peut-être pas super impressionnée et les bébés risques d'êtres moins nombreux.

L'évolution nous pousse donc en général à être un peu aventureux mais pas trop. A faire souvent la même chose qui marche mais aussi à essayer de temps en temps des trucs qui marcherons peut-être mieux ou peut-être pas. Et donc à être plutôt satisfait de notre routine qui marche pas mal mais saupoudré d'ennui quand-même pour qu'on se bouge un peu les fesses à essayer de l'améliorer. En gros, l'homme à été façonné pour s'accommoder d'une bonne dose de toujours pareil avec un chouia de complètement nouveau a côté. Tout le monde n'est pas exactement pareil bien sûr mais c'est la tendance générale.

Alors qu'est ce que ça veut dire pour le vieillissement, ou plutôt pour l'absence de vieillissement et l'espérance de vie à rallonge ? Et bien je pense que ça veut dire qu'on à pas nécessairement besoin d'inventer de nouveaux sports ou d'explorer d'autres planètes. Pourquoi pas, mais ce n'est pas nécessaire. Heureusement, nous avons évolués dans un environnement relativement pauvre en expériences nouvelles qui nous a conditioné à être heureux avec relativement peu, et un peu pas particulièrement changeant.

Personne ne s'ennuie de manger tous les jours trois fois par jour (ce que je ne conseille pas forcément mais ça c'est un autre débat), quitte à changer les ingrédients de temps en temps. On ne s'ennuie pas de regarder la télé, YouTube ou d'écouter la radio ou des podcasts tous les jours. Le contenu change peut-être un peu mais l'activité est fondamentalement la même, sans que ça gêne. Et on se plein rarement de faire trop souvent l'amour. Ou alors c'est qu'on est passé pro.

Les activités les plus primaires sont souvent les plus appréciables, boire, manger, faire l'amour, se chauffer au soleil, discuter entre amis.. etc.. mais aussi les plus fréquentes et les moins susceptibles à l'ennui. Les activités un peu moins bestiales n'ont pas forcément cette immunité mais il suffit de varier un peu les choses et d'en moduler la fréquence.

D'ailleurs justement, dans ce combat contre l'ennui, l'autre allié dont on parle rarement en bien, c'est nôtre mémoire relativement pourrie. Ne pas pouvoir réciter par coeur les paroles de toutes les chansons qu'on n’a entendu qu'une fois dans notre vie, on dirait pas comme ça mais c'est en réalité un énorme avantage. Certaines personnes ont une mémoire photographique, ils peuvent dessiner tout ce qu'ils ont vu même une seule fois. D'autres une mémoire épisodique parfaite, il se souviennent de tout ce qu'ils ont fait dans leur vie. Et ces gens là, sont en réalité plus handicapés qu'autre chose.

Heureusement pour le reste d'entre nous, on oubli assez facilement le visage des gens qu'on croise dans la rue, et même parfois le nom de ceux chez qui on a été invité (ce qui est plus embêtant). Mais grâce à cette mémoire en forme de passoire, on en arrive à oublier que la discussion intéressante d'aujourd'hui et bien on l'a déjà eu il y a cinq ans. On a vaguement un sentiment de déjà vu peut-être mais pas beaucoup plus, en tout cas pas de quoi nous empêcher d'apprécier le moment. On peut apprécier de revoir un vieux film dont on ne se remémore que les grandes lignes et le fait qu'on avait bien aimé. On peut revisiter les mêmes endroits, rejouer aux mêmes jeux, revoir les mêmes personnes et de manière générale apprécier de nouveau ce qu'on a en bonne partie oublié.

Alors on pourrait dire que ce qui est vu pour la première fois sera ressenti plus fortement. Et c'est souvent vrai, parce-que bien souvent on attend pas d'avoir complètement oublié pour y retourner. Mais c'est aussi souvent faux. On peut tout à fait apprécier le même film pour des raisons différentes, et même parfois l'apprécier plus, au deuxième visionnage. Il y a aussi de nombreuses activités qui deviennent plus agréables parce qu'on les maîtrise mieux. On peu avoir oublié les neuf dixièmes de la journée d'initiation au snowboard il y a 4 ans mais apprécier les réflexes moteurs qui sont encore eux un peu là.

Il n'y a pas de règles. C'est parfois mieux la première fois, parfois non. Mais avoir une mémoire imparfaite nous permet d'être gentiment dupes et de satisfaire notre petit besoin de nouveauté avec du déjà vu déjà fait. Et ça c'est vraiment super parce-que ça veut dire qu'on a déjà tout pour être heureux. Le truc c'est de savoir gérer les intervalles pour avoir un savant dosage de routine et de faux nouveau.

L'homme a évolué pour rester relativement satisfait dans sa caverne et sa savanne alentours. Il n'a jamais eu besoin de changement constant. C'est un faux problème auquel les futurs bicentenaires ne seront pas plus confrontés que les actuels cinquagénaires. Les vrais problèmes de l'ennui sont la décrépitude biologique et l'aliénation sociale. Deux choses qui réduisent dramatiquement nos options mais que l'absence de vieillissement devrait en bonne partie résoudre.

On est pas plus susceptible à l'ennui à 50 ans qu'à 25 et pas plus à 75 qu'à 50. D'autant plus si, sans détérioration biologique, nous avons à 75 les mêmes capacités et opportunités qu'à 50. Et même lorsque ce n'est plus le cas, lorsque le processus du vieillissement et de décrépitude tel qu'il existe aujourd'hui à handicapé notre septuagénaire de manière significative, l'habituation est un phénomène très puissant qui vient à la rescousse.

Le tapis roulant hédonique comme il est appelé en psychologie s'assure que l'homme s'adapte à ses nouvelles circonstances après un certain temps pour retrouver une moyenne de satisfaction correspondant à sa moyenne naturelle. Certains sont plus facilement satisfaits que d'autres, mais cette satisfaction moyenne varie peu malgré les malheurs ou les bonheurs ponctuels de la vie. On s'habitue aux nouvelles circonstances et il en faut beaucoup pour durablement impacter notre bonheur ou notre malheur. Ceux qui s'ennuient maintenant ont du boulot, avec ou sans vieillissement.. et les autres n'ont qu'à continuer comme maintenant, avec ou sans vieillissement.

Souvent, après avoir démontré que l'ennui ne sera pas un réel soucis puisque nous pouvons très bien nous satisfaire de ce que nous avons déjà, l'objection qui suit concerne la valeur de ces expériences, et donc de la vie d'un humain qui ne vieillirait plus. L'objection va comme suit : si les gens se contentent de faire les mêmes choses sur le long terme, à quoi bon continuer, quelle est la valeur d'une telle vie qui stagne ?

Évidemment dit comme ça ça sonne assez mal et on a envie instinctivement de sympathiser avec la conclusion évidente d'une telle question. Sauf que je pourrais tout aussi bien reformuler et demander : si les gens satisfont à tous leurs besoins, pourquoi continuer, quelle est la valeur d'une vie globalement satisfaite ? Déjà le ton n'est plus le même. Je pourrais changer la question un peu plus encore pour mètre la réponse en évidence : lorsque les gens sont heureux, doivent-ils changer, s'arrêter ? Si tout va bien c'est quand-même un peu que rien ne va mal. Refaire les mêmes choses si ça marche, c'est parfaitement légitime.

Certain pourraient refuser le bonheur comme critère d'appréciation de ce qui marche. C'est une objection philosophique intéressante bien sûr, mais quand on fait de la philosophie pratique, c'est à dire le genre qui apporte des réponses pour vivre mieux, c'est une objection qui se révèle vite absurde. La valeur des choses se mesure par ce qu'elles apportent ou retirent du bilan hédonique des êtres vivants. Ce qui rend plus heureux sur le long terme à une valeur positive et ce qui rend moins heureux a une valeur.. négative évidemment. Je conçois que tout le monde n'accepte pas cette idée et j'ai prévu un épisode complet sur le sujet, en prenant en compte notamment l'aspect personnel, social, les conflits d'intérêts etc. Pour l'instant j'encourage ceux qui m'écoutent à se demander de quelle autre manière on pourrait juger la valeur des choses, et sans autre alternative, à accepter le bonheur pour le moment.

Et donc peut importe que l'on voit Star Wars ou Autant en emporte le vent, j'essaye de ratisser large, pour la dixième fois en 200 ans. Ce qui importe ça n'est pas de voir un film, nouveau ou pas, mais d'avoir une expérience positive. C'est le standard de jugement. Celui qui salive déjà à l'idée de manger un autre steak n'a pas besoin d'essayer un criquet à la place. La nouveauté n'importe que dans la mesure où elle permet un plus grand bonheur. Si ce n'est pas le cas, elle ne sert à rien, elle n'a pas de valeur en soi. Et donc si retourner sur le lieu de son enfance pour la première fois en 50 ans nous fait frissonner tout autant que l'idée d'aller explorer l'Australie pour la première fois, c'est ça qu'il faut faire si c'est plus simple. Sinon c'est direction les kangourous.

Les êtres humains ont une mémoire suffisamment naze pour apprécier sous un nouveau jour ce que nous avons déjà vu et fait. Et pas besoin de se sentir coupable de soit disant refaire sans arrêt les mêmes choses puisque la valeur des choses ne dépend pas de leur nouveauté mais de leur apport émotionnel à notre bilan hédonique. Si A rend plus heureux, sur le long terme, il faut préférer A à B. Que l'un soit nouveau et l'autre déjà fait ne change rien.

Je ne suis bien-sûr pas en train de dire qu'il ne faut jamais rien essayer de nouveau. Je ne suis même pas en train de dire que la nouveauté n'est jamais mieux que la routine. Je suis seulement en train de dire que notre besoin de nouveauté n'est d'un pas si grand et de deux amplement satisfait par ce que nous avons déjà vu, mais aussi déjà plus ou moins oublié. Ce qui implique que, même en imaginant un monde qui stagne, nous avons en réalité déjà tout ce dont nous avons besoin pour être heureux 20, 50, 100 ou même 500 ans.

Et bien evidemment un monde sans vieillissement n'est pas un monde qui stagne pour autant. Loin de là. Non seulement les changements seront énormes et les opportunités démultipliées, mais de toute façon, pour éviter l'ennui, tout ça est parfaitement inutile. Nous sommes déjà bien équipés.

Nous venons de voir aujourd'hui que le monde de demain est lui aussi en perpétuel changement, offrant un nombre déjà incalculable et croissant d'opportunités, et que l'absence de vieillissement ne fait qu'augmenter nos chance d'en profiter. Mais aussi que de toute façon c'est parfaitement inutile pour éviter l'ennui. Notre évolution nous à préparé à être satisfait dans un monde globalement stable et restreint, sans limite de durée. Le bicentenaire de demain sera aussi sujet à l'ennui que le trentenaire d'aujourd'hui. Mais pas plus. Enfin nous avons vu que la valeur des choses se mesure à leur apport émotionnel, à leur contribution à notre bonheur, pas à leur nouveauté.

L'ennui n'est pas un problème pour ceux qui ne vieillissent plus. Leur vie vaut autant la peine d'être vécu qu'avant.

Merci d'avoir écouté l'épisode, n'hésitez surtout pas à le partager ou mieux, à me laisser un petit mot sur le site où dans les commentaires si vous regardez la vidéo. Le mythe de l'ennui n'est pas le dernier, loin s'en faut.. à bientôt.

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