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Le BREXIT donne une leçon amère

Le référendum du BREXIT et ses conséquences nous permettent d'en tirer quelques leçons bien tristes, voir même amères.. mais aussi d'entrevoir un début de solution à un gros problème dont personne n'ose parler ouvertement.

Bonjour à tous ici Nicolas pour notre deuxième épisode qui aborde les problèmes auxquels nous sommes en fait tous confrontés sous le prisme du BREXIT. Et oui après avoir traité des motivations principales, et puisque nous connaissons tous le résultat, j'aimerais maintenant qu'on se concentre sur les premiers enseignements qui s'en dégagent. Des enseignements sur la faiblesse de nos choix, de nos modèles de société, bien au-delà des frontières de la perfide Albion.

Bien-sûr il est un peu tôt pour vraiment être catégorique dans notre jugement.. ce qui ne semble empêcher personne de l'être d'ailleurs. C'est peut-être même ça le premier enseignement justement.

Alors que le vote est encore tout chaud, les pronostiques en forme de sentence de mort vont bon train. La livre sterling c'est de la monnaie de singe, les politiques pro-BREXIT n'ont aucune stratégie, les regrets sont partout, le Royaume Uni se meurt à petit feu et tout est de la faute des vieux bouseux racistes et sans éducation de la campagne.

Pourquoi pas, une analyse tout en finesse. Sauf que évidemment quand on nous résume un phénomène de société en deux lignes il vaut mieux faire preuve d’une bonne dose de scepticisme juste au cas où. Surtout quand les choses prennent une tournure apocalyptique dans les mots, sans les images qui vont avec.

Cependant il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et ignorer des critiques qui sont probablement hyperboliques mais pas nécessairement complètement à côté de la plaque nonplus. Peut-être, peut-être pas. Penchons nous sur l'affaire un moment.

Les choses ne vont pas mieux ça c'est certain. La livre à perdu, les cours du marché tiennent péniblement le coup etc. La nouvelle a choqué dans les cercles financiers c'est sûr. Mais ce n'est bien sûr pas la garanti d'une baisse durable. Peut-être, mais le monde de la finance n'est pas franchement connu pour sa vision à long terme. Ça ne serait pas la première fois qu'un choc se résorbe dans les mois qui suivent.

D'ailleurs personne dans le camp indépendantiste n'avait prédit une amélioration massive et soudaine.. comme de bons médecins ils avaient prescrit un remède au goût dégueulasse, avec quelques effets secondaires temporaires mais qui devrait normalement sauver le patient. Le problème bien-sûr c'est que d'autres médecins voulait prescrire autre chose. Nous verrons.

Attention je ne fais pas ici de pronostic. C'est pas mon boulot. J'observe seulement que nous avons tendance à ignorer une partie de l'équation lorsqu’elle ne sert pas notre conclusion. Ceux qui ne souhaitaient pas le BREXIT, ou même ceux qui n'aiment généralement pas trop les rosbeefs, verrons dans ces signes l'annonce de la fin du monde anglo-saxon. Hourra. Les autres en revanche garderont à l'esprit la volatilité et la sur-réactivité des marchés.

Le vrai déterminant ici est.. la peur, la haine ou l'excitation suivant le cas.. finalement assez peu les faits ou la raison. Combien d'entre nous ont émis un avi catégorique sur le BREXIT et ses conséquences sans vraiment avoir lu et comprit les études, les analyses et les précédents historiques supportant les deux camps ? Surement une bonne majorité, journalistes surchargés de boulot et sous le coup d'une deadline inclus.

C'est bien sûr notre pote le biais de confirmation qui est à l'oeuvre ici. Les deux côtés voient ce qu'ils veulent bien voir. Alors que les arguments sont bons et mauvais des deux côtés, alors que les signes pointent dans les deux sens, alors que la vision du monde et de la société est légitime des deux côtés, c'est pour les uns et les autres soit tout blanc soit tout noir.

Mais ce n'est pas tout. Nous avons une espèce de tempête du siècle qui vient donner du vent aux voiles de l’hystérie collective. L'économie chinoise qui merdouille, la crise des réfugiés qui n'en finit pas, l’élections américaine la plus improbable, les réformes impopulaires en France etc etc.

Tout ça fait peur. Alors on cherche un bouc émissaire et le BREXIT c'est plutôt pas mal pour ça. On sait pas trop comment mais attendez vous à ce qu'il soit responsable de tous les maux qui affectent le Royaume Uni, l'Europe.. et même pourquoi pas l'Asie et l'Amérique du nord pendant qu'on y est. Et comme les politiques, surtout ceux partisans de l'indépendance, se tirent dans les pattes en plus, ou au moins ne se mettent d'accord sur rien.. ils font des cibles bien tentantes.

Et quelque part ils le méritent. Faire front uni contre un projet de société, le projet européen, c'est une chose. Ne pas présenter de projet alternatif cohérent ou au moins enthousiasmant derrière, en est une autre. Surtout sur fond de guerres fratricides. Ils cumulent les conneries quand même. Attention de ne pas tomber cependant dans l'attaque de caractère. Attaquer le messager ce n'est pas attaquer son argument. Des idiots peuvent porter un projet sans que le projet lui-même soit idiot. Ne faisons pas cette erreur de logique. Le BREXIT ne doit pas être jugé sur les BREXITeurs.

Ce qu'il faut comparer ce sont les projets de société proposés. Le projet européen n'est pas vraiment un modèle de clarté mais il est quand même un peu moins flou que celui de l'après BREXIT. Et ce projet de société doit être définit au plus vite. Car personne n'aime l'incertitude. Elle paralyse, elle fait s'imaginer le pire, elle empêche de planifier et finalement, bien plus encore qu'un oui ou un non à un référendum, c'est elle qui cause les plus grands maux. Sortir d'un grand groupe qu'on voit hostile à nos intérêts c'est peut-être pas mal, mais ça dépend de ce qu'on veut faire derrière.

L'homme et sa société s'adaptent aux changements de l'environnement, c'est d'ailleurs notre principale force, celle de pouvoir nous adapter au cours d'une même vie, sans devoir attendre comme beaucoup d'autres espèces un hasard chanceux de la génétique sur plusieurs générations. Si le changement est lent, il peut survenir dans un sens comme dans l'autre, on a le temps de s'y faire en réagissant. Mais lorsqu'il est brusque, il vaut mieux l'avoir prévu. Et là le BREXIT donne quand même plutôt dans le brusque. Et pour prévoir il faut savoir où on va.. du moins où on va se faire mener.

Et pour l'instant silence radio. Le problème est surtout là. Non pas que le BREXIT soit forcément une mauvaise direction mais que ce ne soit pour l'instant pas vraiment de direction du tout. Le BREXIT est d'ailleurs un exemple extrême de ce phénomène mais il afflige tout autant les autres démocraties de manière plus subtile.

Sans direction précise sur le long terme, sans projet de société bien concret, bien défini et certain dans la durée.. les Américains, les Français ou les Japonais ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés demain. Ils doivent se battre et s'inquiéter en permanence.. se battre pour tirer un peu plus la couverture vers eux ou l'empêcher d'aller trop loin de l'autre côté. Et justement n'y a-t-il pas ici un enseignement plus grave et plus général à en tirer.

Le BREXIT n'est qu'un exemple marquant de ce phénomène.. mais il est bien présent dans les esprits et suffisamment représentatif pour que je l'utilise ici afin d’illustrer ce qui nous touche en réalité tous tout le temps sans même trop y faire attention.

Oui parce qu'en réalité si on regarde le résultat du vote on s'aperçoit vite de tout un tas de clivages. D'un nous avons globalement un mec sur deux qui à les boules. Le BREXIT c'est polarisant comme truc et 52/48 c'est pas mirobolant pour aucun des deux camps. Et franchement on refait la même dans trois mois ça pourrait très bien être l'inverse. Les sondages ont fluctué pas mal et beaucoup de gens ne sont pas très sûr d'eux bien souvent. J'explorerais le problème de l'ignorance rationnelle des électeurs dans un futur épisode mais suffit de dire qu'on a pas franchement affaire à un panel d'experts.

Quand on à environ la moitié de déçus, voir même de profondément dégs, c'est plus proche de la victoire pyrrhique que du triomphe des idéaux de la liberté. Mais ça aurait été l'inverse, le Royaume Uni aurait décidé de rester dans le joyeux club harmonieux de l’UE que ça n'aurait strictement rien changé. Les sourires et les grimaces auraient changés de visages mais on les verrai partout quand même.

Et ceux qui sourient de BREXIT aujourd'hui feront peut-être la grimace pour autre chose demain. On est tous finalement assez souvent dans le camp qui boude. Sinon aujourd'hui, demain. Sinon sur un BREXIT, sur une loi travail. C'est tellement le cas que bien souvent quand les choses vont dans notre sens on est surpris.. c'est l'effusion de joie, l'incrédulité.. oh, vraiment, c'est comme je veux cette fois ? Parce-que le plus souvent c'est soit une autre vision qui s'impose soit un compromis pas particulièrement bandant.

Nous avons là un problème symptomatique de la démocratie moderne. On nous rabâche toujours les oreilles avec la beauté miraculeuse de ce système de gouvernance qui donne le pouvoir au peuple. Ouais vive nous. Sauf que quand on a une démocratie avec des millions de ploucs qui peuvent s'entendre sur finalement assez peu, sa ressemble plus à l'usine délabrée à faire des mécontents qu'a l'étincelant palais de justice céleste qu'on s'imagine en entendant le mot.

Et le BREXIT quelque part à cette vertu qu'il va permettre de réduire l'hétérogénéité politique à la fois du royaume uni et de l’UE. Les anglais se plaignent souvent que Bruxelles est trop socialo et les Français qu'elle est trop Libérale. Voilà l'occasion de permettre aux uns et aux autres d'avoir des politiques un peu plus souvent en accord avec leurs désirs. Un peu moins socialos pour les Anglais et un peu moins Libérales pour les Français.

Mais bien sûr, ici ou là-bas, il restera beaucoup de déçus la plupart du temps. Le problème en réalité c'est la taille de nos groupements politiques couplé au fait qu'ils ne sont pas formés par affinités idéologiques mais par simple accident de naissance. Je détaillerais ça plus avant dans un futur épisode, ainsi qu'une esquisse de solution : les micro sociétés. Mais ça c'est pour plus tard.

Quand vous sortez de chez vous la prochaine fois.. dites vous bien qu'il y à selon toute probabilité une personne sur deux qui est en franc désaccord avec vous, peu importe le sujet du moment, et parmis les autres, sûrement à peine plus qu'une vague approbation. Sans qu'ils aient nécessairement tort, ils ont peut-être des préférences de vie différentes. Alors oui vous pouvez augmenter, un peu, vos chances en allant marcher dans un quarter avec des gens principalement comme vous. Mais nous avons une démocratie nationale, voir continentale, pas une démocratie de quartier.

La première leçon est donc double, celle d'un pessimisme démesuré relevé d'une bonne dose d'ignorance à moitié volontaire, et qui n'empêche pas les certitudes de tous bords. Mais aussi que ce qui tue, ce qui est le plus dommageable, est le manque de vrai projet de société. Un manque pas facile à remédier puisque dans nos démocraties gigantesques et de plus en plus hétérogènes, personne n'est vraiment d'accord. Le BREXIT est à la fois une admission indirecte de ce problème mais aussi une tentative, à mon sens insuffisante, de le résoudre.

Merci d'avoir écouté cet épisode, vous êtes de plus en plus nombreux et ça fait plaisir. N'hésitez pas à me laisser un petit mot, sur le site, Facebook ou YouTube.. si vous voulez voir traité un sujet particulier par exemple. A très bientôt.

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