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Le vieillissement est naturel, la peste aussi

Notre série sur le vieillissement s'intéresse maintenant à l'aspect naturel du processus, qui est souvent invoqué pour défendre sa présence, et surtout sa conservation alors qu'il semble de plus en plus probable que nous soyons en mesure de nous en défaire.

Bonjour à tous, vieux et bientôt vieux, ici Nicolas. Toujours sur notre thème de la mort et du vieillissement, et je vous encourage à écouter les deux premiers épisodes si ce n'est déjà fait, aujourd'hui nous allons décortiquer une objection assez commune à l'éradication du vieillissement chez l'homme.

Enfin je dis l'homme mais bien sûr je vous inclus aussi mesdames.. l'homme c'est évidement l'espèce humaine, les hommes et les femmes. “homme” c'est à la fois courant et plus court donc je vais rester là-dessus, mais je pense très fort à vous aussi.

Alors, quand on parle de la possibilité de changer notre biologie pour ralentir, empêcher ou même renverser le processus du vieillissement, souvent l’une des premières objections c'est l'aspect “naturel” du vieillissement. “Vieillir c'est la nature, c'est ça d'être humain”.. enfin ce genre de commentaires.

Et je ne cherche pas à le nier. C'est vrai, l'homme est un animal qui vieillit, comme presque tous les animaux.. et ce depuis toujours. Mais vous savez ce que l'homme à aussi en commun avec les autres animaux ? Il tombe malade, il est parfois malformé, il a trop chaud, il a trop froid, il se casse les os et tout un tas d'autres choses sympa dans le genre.

Et pourtant on est pas là à dire au malade “ah désolé mais les antibiotiques c'est pas naturel” ou aux siamois “bon c'est pas pratique de partager le même pantalon mais on va quand même pas vous séparer à coup de bistouri”. On ne se refuse pas les vêtements quand on est pas assez velu et on est pas là à suer comme un porc parce-que la clim c'est pas aussi naturel que les glandes de la peau. Et c'est sûr on pourrait encourager les gens à sauter sur une jambe plutôt que de grimper dans une chaise roulante.

Non je pense qu'il est assez évident que personne ne prend réellement en compte l'aspect naturel, ou pas, avant de décider si oui ou non quelque chose est bénéfique. Ceux d'entre nous qui refusent l'idée d'éradiquer le vieillissement le font pour d'autres raisons et invoquent l'aspect pas naturel pour essayer de provoquer une espèce de réponse émotionnelle qui n'est en fait fondée sur pas grand chose.

Nous essayons déjà tous de vivre plus longtemps et mieux, peu importe le destin biologique que la nature avait en tête pour nous. Nos gènes nous prédisposent peut-être au diabète mais nous ne refusons pas la piqure d'insuline. Nous dépensons tous volontiers des fortunes pour prolonger de quelques mois ou quelques années notre combat contre le cancer. Nous voulons plus de vie et nous agissons systématiquement en ce sens, tout en proférant le contraire a plein poumons. "Je ne souhaite pas aller contre la nature”, dit le septuagénaire en prenant sa dixième pilule du matin.

Mais cette hypocrisie je la comprends bien. Elle est logique. C'est un mécanisme de défense en réalité. C'est bien “naturel”. On ne veut pas être déçu alors quand on est pas sûr on préfère faire comme-ci le résultat n'était pas si important. La tumeur va peut-être nous tuer malgré la chimio alors c'est moins traumatisant si on arrive à se convaincre que c'est pas une si mauvaise chose au final. Comme ça on gagne à tous les coups. Plus ou moins.

C'est bien sauf que clairement il y a une option qui est plutôt plus et l'autre qui est plutôt moins. Et cette option qu'on préfère tous au fond, c'est la vie. Alors essayer de se rassurer, de se calmer quand on à pas le choix c'est compréhensible, c'est sage même. Se dire que c'est naturel, que c'est la vie.. tout ça pourquoi pas si ça peut éviter un traumatisme inutile face à l'inévitable.. mais lorsqu'il est possible de se battre et de gagner, baisser les bras est une erreur. Une erreur coûteuse quand nous sommes sur le point de vaincre le vieillissement et qu'on traine des pieds par peur d'être déçu.

Et c'est bien par peur d'être déçu, parceque dès lors qu'on à l'espoir que ça marche.. comme avec une crème anti-rides, un antibiotique ou un quadruple pontage coronarien.. on y va, et même qu'on y court.. et là y'a plus de naturel ou pas naturel qui tienne.. toute méthode est bonne à prendre pour vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Bien sûr on peut m'opposer qu'éliminer le vieillissement c'est pas pareil. C'est pas comme soigner une maladie ou soulager une souffrance ou gagner juste quelques années de plus. C'est pas pareil.. sauf que si c'est quand même pas mal pareil. Si on applique cette logique jusqu'au bout on voit mal ou s'arrêter. Si on arrive a déboucher toutes les artères, enlever toutes les rides, décrasser tous les cerveaux, enlever toutes les cellules déficientes, supprimer toutes les tumeurs.. bref à réparer tout ce qui casse et maintenir la bête en état comme si elle avait 20 ans.. au final c'est exactement pareil que d'empêcher le vieillissement. Et donc la question va se poser de quand arrêter de réparer. Ou de quoi ne pas réparer.

Et si la crème anti-rides c'est pas naturel mais c'est bien.. si le pontage coronarien c'est pas naturel mais c'est bien.. on voit mal quelles autres opérations ou réparations ne seraient pas biens et pourquoi. Et si on a pas de raisons de s'arrêter plus à l'une qu'à l'autre, et bien on ne s'arrête pas et l'argument comme quoi arrêter le vieillissement c'est pas bien parceque pas naturel.. est clairement bidon. Soit on approuve ces nouveaux traitements anti-vieillissement demain soit on refuse le pontage aujourd'hui.

Alors on pourrait dire aussi que une centaine d'années environ c'est la limite naturelle qui convient à l'humanité. Sauf qu'on à vu dans l'épisode précédent que non. Les raisons évolutives qui faisaient que biologiquement parlant il fallait sacrifier les individus pour sauver l'espèce, ne sont plus d'actualité. Le processus du vieillissement est apparu naturellement pour servir un besoin. Un besoin maintenant obsolète puisque nôtre évolution est quasi-entièrement entre nos mains. Ce mécanisme n'a maintenant pas plus d'utilité qu'un membre vestigiale.. qui disparaîtrait d'ailleurs naturellement avec le temps.. mais heuresement on va accélérer le processus.

Il y a peut-être d'autres raisons à l'évolution naturelle d'un mécanisme de vieillissement. Ce sont d'ailleurs souvent le sujet des autres objections communes. Les hommes ont un besoin psychologique de fin, un sentiment d'urgence pour motiver leurs actions, une régulation de la population etc etc. Toutes ces objections on y viendra point par point dans les prochains épisodes donc je ne vais pas m'y attarder ici. D'un point de vue personnel en tout cas, on est tous bien hypocrites et il est grand temps de le réaliser.

Le côté naturel ça fait bien longtemps que l'humanité essaye de s'en éloigner à chaque occasion. Depuis que l'homme est homme, depuis qu'il a compris qu'on pouvais faire des trucs plus tranchants que les ongles en cassant du silex, il a toujours voulu se débarrasser de ses handicaps naturels en jouant sur son principal talent, lui aussi parfaitement naturel, son inventivité. Et justement c'est là un point important. L'inventivité, c'est naturel. L'instinct de survie, aussi. Les deux combinés sa donne l'ingénierie biologique et la fin du vieillissement obligatoire. Ou plutôt la fin de la décrépitude préprogrammée.

Soit nous considérons cette démarche comme naturelle et bonne. Soit nous la considérons comme artificielle, mais désirable au même titre que toutes les avancées depuis notre descente des arbres. Ou alors j’invite bien cordialement ceux qui aiment le naturel pour le naturel à aller au bout de leur logique et à aller vite vivre dans la caverne la plus proche. Pas besoin de déménager quoi que ce soit, c'est tout artificiel.

D'ailleurs "naturel” n'est pas synonyme de “bon”. La peste aussi est naturelle. Les parasites qui bouffent leur hôte de l'intérieur. Les mutations qui rendent les gens aveugles, ultrasensibles à la lumière ou à la douleur. Les catastrophes "naturelles” (justement c'est dans le nom tiens). Et à la liste j'ajouterai justement le vieillissement, le sacrifice de trilliars d'êtres vivants qui ont à la fois une irrésistible envi de vivre et se voient mourir tout aussi irrésistiblement à petit feu. C'est pas beau la nature ? Je suis bien heureux qu'elle nous ai fait suffisamment intelligent pour nous permettre de trier le bon du mauvais dans son oeuvre aléatoire et désintéressée.

Car en fait les amoureux du naturel font l'erreur d'oublier ses innombrables horreurs et de vénérer la nature pour ses quelques succès chanceux. Enfin je ne suis pas ici pour mettre la nature sur le banc des accusés, quoique ça me démange et je sens que je ne vais pas la louper à l'avenir, mais pour le moment je souhaite simplement démontrer que naturel et vertueux sont deux notions complètement découplées. Elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre.

Car en réalité le bon se distingue du mauvais par sa capacité à répondre à nos attentes, à faciliter ou à entraver nos démarches pour atteindre nos objectifs. Il y a des rochers sur Mars. Est-ce bien ou mal ? C'est évidemment pour nous, les terriens, ni l'un ni l'autre. Ils s'y trouvent de manière naturelle. Mais avant de pouvoir juger la situation encore faut-il avoir une base pour le jugement. Si nous étions sur Mars et qu'il fallait des matériaux de constructions alors pourquoi pas dire que cette abondance naturelle de rocher est une bonne chose. Mais pour l'instant on s'en fout. De la même manière si on voulait planter notre tante pressurisée sur le même sol, on serait sûrement là à maudire les mêmes rochers. Ils représenteraient dans ce cas un mal.

Naturel ne veut pas dire bien, naturel ne veut pas dire mal. Ça veut juste dire que c'est arrivé sans la direction de l'homme. D'ailleurs c'est pas là le seul abus de language. Quand on dit que "c'est naturel de disparaître, d'avoir un temps limité et de laisser la place aux autres générations” on à de nouveau un abus de langage. Ce qu'on entend par la, ce qu'on veut vraiment dire, c'est que voir les gens disparaître est commun, habituel, normal.

En réalité je pense que la dichotomie naturel/artificiel a en fait assez peu de rapport avec la nature et l'homme dans notre cas. C'est un écran de fumé pour éviter de dévoiler la véritable raison. Une raison qui relève plus du biais cognitif que de la réflexion. C'est à dire plus de la peur aveugle et instinctive que de la raison et des faits. Et ce véritable axe qu'on essaye, sûrement inconsciemment, de cacher, c'est celui du changement contre le familier. Le changement qui à la fois nous excite et nous fait peur à tous.

On est habitué à voir les gens mourir et on à du mal à imaginer comment serait le monde s'ils ne vieillissaient plus, s'il n'y avait plus que des gens biologiquement jeunes. Ce monde est probablement bien différent du nôtre ça on le sait.. mais comment exactement, là on est bien incapable de le dire, et ça fait peur. Et quand on ne sait pas, on a tendance à rejeter le changement instinctivement.

Et pourquoi pas. Après tout il est facile d'imaginer des catastrophes de surpopulation ou un ennui profond ou une perte de sens pour la vie même. Mais justement, le travail du philosophe qui sommeille en chacun de nous, c'est de voir au delà de la peur et de réfléchir pour voir si celle-ci est fondée et de la contraster avec les développements positifs pour décider si au final il ne vaudrait pas quand-même le coup de changer le statut-quo.

Et je pense qu'en effet, abolir le vieillissement naturel vaut encore plus le coup qu’abolir la peste naturelle.

Nous venons de voir qu'il est hypocrite à la fois de faire l'éloge du cycle naturel du vieillissement tout en faisant tout en pratique pour le ralentir. Nous avons aussi vu qu’il est de toute façon clairement naturel pour l'homme de combattre ce qu'il n'aime pas dans la nature et enfin que justement le bien et le mal, ou le désirable et l'indésirable, sont des notions parfaitement déconnectées du naturel et de l'artificiel. Refuser d'empêcher le vieillissement biologique chez l'homme sous prétexte qu'il ne s'agirait pas d'une poursuite naturelle n'est pas seulement faux, ça n'aurait de toute façon pas de sens.

Nous allons donc continuer dans les prochains épisodes à analyser les peurs que suscitent la mise sous contrôle du processus du vieillissement chez l'homme. D'ici là merci d'avoir écouté l'épisode d’aujourd’hui, n'hésitez pas à vous abonner au podcast ou à le partager, et je vous dis à très bientôt.

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