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Le vieillissement n'est pas un mal nécessaire !

D'un côté c'est sûr, le vieillissement mène à la mort. Et pour tous ceux qui m'écoutent et qui ne se sont pas encore suicidés, c'est un problème. À moins que le vieillissement ne présente pour soi un avantage plus grand encore que le fait de savoir qu'on à pas de date d'expiration.

Salut à tous et merci de me rejoindre pour ce deuxième épisode consacré au thème au combien réjouissant de la mort. Nous avons vu précédemment que la mort n'est pas un mal en soi mais qu'il s'agit d'un obstacle à éviter. C'est donc bien un mal, mais de manière indirecte et subjective. On va pas revenir là-dessus et si vous n'avez pas écouté l'épisode, je vous le conseille vivement avant d'embrayer sur la suite.

Alors si la mort est un obstacle à éviter, il est logique de vouloir aussi éviter tout ce qui y conduit immanquablement. À moins bien sûr que ce qui nous y conduise représente en soi quelque-chose de plus désirable encore que la survie elle-même. C'est vrai, il est tout à fait possible par exemple de préférer vivre moins longtemps en sachant avoir fait quelque chose de noble que de vivre, plus longtemps certe, mais rongé par les remords. Encore une fois tout dépend des gens et des circonstances mais c'est tout à fait envisageable et parfaitement logique.

Et le vieillissement pose justement ce genre de questions. D'un côté c'est sûr, le vieillissement mène à la mort. Et pour tous ceux qui m'écoutent et qui ne se sont pas encore suicidés, c'est un problème. À moins que le vieillissement ne présente pour soi un avantage plus grand encore que le fait de savoir qu'on à pas de date d'expiration.

Alors pourquoi vieillit-on ? Évidement pour trouver la réponse nous allons chercher du côté de la biologie et surtout de l'évolution. Il y à pas mal de théories sur l'origine du vieillissement et sur sa quasi universalité mais à mon sens la seule qui tienne debout, ou en tout cas la seule qui soit convaincante c'est celle du “besoin d'évolution” (ce qui soit dit en passant n'est pas son nom officiel). Ça parait un peu tautologique comme ça mais en fait pas du tout, c'est même plutôt pas con quand on y réfléchis.

L'idée c'est que l'individu va probablement mourir. Même sans vieillissement, statistiquement les chances d'y passer augmentent avec le temps, à partir d'un certain moment. Trop jeune et on est trop vulnérables et inexpérimentés. Mais trop vieux et on devient vite inadapté aux changements de l'environnement. Et pour quelqu'un qui ne vieillit pas, on passe beaucoup plus de temps trop vieux que trop jeune. Enfin sauf que non puisque justement dès qu'on devient trop vieux, vieillissement ou pas, on finit quand même par y passer.

Alors l'évolution, bête et méchante comme elle est, ou plutôt bête et indifférente comme elle est, favorise mécaniquement les espèces qui vieillissent d'une manière ou d'une autre. Et donc très vite, il ne reste presque plus que des espèces qui décrépissent à plus ou moins long terme.

Ok, imaginez un environnement qui change rapidement et deux espèces. Une qui se reproduit peu et ne vieillit pas, et l'autre qui se reproduit beaucoup et vieillit vite. La première espèce, celle qui ne vieillit pas, est confronté à deux problèmes : ceux qui sont là depuis la nuit des temps ne sont plus adaptés, et les quelques jeunes sont en concurrence avec eux pour les quelques ressources qui restent. Ah. On voit vite où elle va finir celle-là. La deuxième espèce elle n'a ni le premier ni le deuxième problème. Ceux qui auraient étés trop maladaptés sont déjà mort de vieillesse et laissent les masses de jeunes, dont une partie est par chance très bien adaptée, festoyer sans leur faire d'ombre. Mécaniquement, l'espèce qui vieillit gagne. Et donc celles qui ne vieillissent pas disparaissent progressivement.

Lorsque l'environnement est stable, les espèces qui vieillissent lentement et se reproduisent peu ont une chance.. lorsque l'environnement change vite, celles qui vieillissent vite et sortent les mômes à la chaîne prennent le dessus. Alors les espèces qui ne vieillissent pas n'ont quasiment aucune chance. À moins d’être super flexibles. Ou tellement résistantes qu'elles ne souffrent pas des changements environnementaux. Ou bien qu'elles aient la chance incroyable d'être dans un coin super stable.

Et justement c'est un peu ce qu'on voit dans la nature. C'est pas juste de la théorie. Par exemple, et pour ne parler que des organismes complexes.. les crocodiles, les langoustes, certaines tortues de mer et quelques autres espèces ne semblent pas vieillir. Et oui, ca parait fou mais si, la nature semble ne pas avoir eu besoin de mettre de date d'expiration sur quelques-uns de nos amis les animaux. C'est vache. Nous clairement on se périme à vue d'oeil.

M’enfin ne nous sentons pas trop lésés quand même parce-que c'est pas si simple. Les crocos ne vieillissement peut-être pas mais au fur et à mesure ils cassent et ne remplacent pas leurs dents, et sans dentiste ils finissent par simplement mourir de faim. C'est balo. Les tortues finissent par se faire bouffer ou choper une maladie quelconque et les langoustes c'est encore plus ridicule, elles meurent d'épuisement quand elles deviennent trop grosses. Ce qui finit toujours pas arriver puisque la nature étant perfide, ou en tout cas pas franchement bienveillante, leur a épargné la vieillesse pour mieux les forcer à grandir en permanence, jusqu'à la mort. Bon, pourquoi pas. Dame nature a le sens de l'humour.

Bref, pour le moment il n'y a pas à ma connaissance d'organisme complexe capable de ne pas vieillir et de se maintenir correctement sans limite. Et c'est là où l'homme entre en scène. J'en parlerais plus en détail dans un autre épisode de la série mais pour le moment, imaginons que nous puissions contrôler notre biologie pour rester jeunes et beaux sans limite de durée. Cela n'irait il pas contraire aux besoins de l'évolution ?

Oui et non. Oui puisque nous aurions encore en 3016 des gens nés en 2016. Et en 3016 le climat aura changé, la faune et la flore auront changés et les pathogènes divers et variés auront bien changés aussi. Mais voilà, si on en est rendu au point de pouvoir changer notre biologie pour empêcher le processus du vieillissement, ça veut aussi dire que les challenges liés aux changements divers et variés seront peanuts à côté des problèmes liés aux hordes de personnes âgées qui menacent de déferler sur nos sociétés déjà bien à bout de souffle.

Une civilisation qui est maître de sa biologie est maître de son environnement, sinon totalement, en tout cas suffisamment pour survivre. Après tout nous parlons déjà d'aller coloniser Mars. Question changement radical et brusque, on fait difficilement plus radical ou plus brusque. Donc je ne pense pas que l'humanité ai besoin de sélection naturelle pour survivre jusqu'en 3016 d'un point de vue biologique. Une combinaison d'évolution artificielle et de contrôle de l'environnement feront parfaitement l'affaire. C'est quand-même plus facile pour un humain d'aujourd'hui, tout maladapté qu'il soit, de vivre sur terre en 3016 que sur Mars en 2030. Et pourtant théoriquement on sait déjà faire.

N'oublions pas cependant une chose. Jusqu'à présent nous avons parlé du vieillissement à l'échelle de l'espèce. Mais l'espèce n'existe pas. Du moins pas en tant que telle. C'est une idée dans la tête des hommes. L'espèce n'a pas envie de survivre. Tout au plus, les hommes qui constituent l'espèce ont envi qu'elle survive. Ils en ont envi individuellement. J'en ai envi, vous en avez envi, nous en avons envi. Mais l'espèce en elle-même, elle a envi de rien. Et donc ce qui importe au final ce sont les envies des individus.

Et vous savez ce dont les individus ont envi ? Et bien ils ont envi de survivre eux-mêmes, personnellement, bien au delà de la survie d'une idée abstraite. Ils ont envi que leurs proches survivent, leurs amis, leurs chiens et leurs chats.. l'espèce c'est un bonus mais ça s'arrête là.

Du point de vue individuel, le processus de vieillissement apporte nettement plus de peine et de souffrances qu'il n'apporte de plaisir et de jouissances. Alors évidemment on essaye de se le cacher, on rationalise tout ça puisque c'est inévitable. On se dit, “ah mais c'est bien de voir ses petits enfants, d'être à la retraite, d'avoir des réducs au cinéma”. Euh oui c’est bien sauf qu’intuitivement on sait bien que c'est pas bien.

Qui a hâte d'entamer ses 90 ans ? 90 ans c'est probablement les petits enfants, le potager et la carte vermeille assurés. Et pourtant bizarrement on aime bien tous prendre notre temps pour y arriver aux 90 ans… parce qu'au final personne n'est vraiment dupe. Vieillir c'est moche. C'est un nappage de joie sur un gros gâteau d’amertume. Et plus on avance en âge, moins le nappage est épais.

En plus la plupart des choses qu'on invoque pour faire comme si la vieillesse c'était top sont des choses qu'on pourrait avoir avec ou sans vieillissement de toute façon. La sagesse c'est fonction du temps, pas du vieillissement. Une quinzaine d'années sabbatiques, ça peut se prendre à 60 ans qu'on en fasse physiquement 20 ou 60. Les petits enfants seront là qu'on soit en fauteuil roulant ou à souffler ses 70 bougies en haut de l'Everest. Enfin là il faut avoir du souffle et souffler à la bonbonne d'oxygène c'est de la triche.. et d'ailleurs je suis pas sûr que ça ait l'effet escompté.

Alors, on est tous là à se révolter intérieurement, peut-être même que certains se révoltent a haute voix en m’écoutant.. “oui le vieillissement c'est naturel, la société va s'écrouler si les gens ne vieillissent plus, que vaut la vie sans la mort, l'immortalité est un rêve d’égoïste, j'ai envie de vieillir c'est un autre stade de la vie avec ses particularités, un monde de vieux cons c'est un monde qui stagne”.. etc. et on y viendra à toutes ces objections. Elles sont importantes, même si complètement infondées, et chacune est un gros morceau qui mérite son propre épisode. Revenons à nos moutons pour aujourd'hui.

Du point de vue global, celui de l'espèce, l'homme qui prend charge du processus évolutif n'a plus de justification pour le vieillissement biologique. C'est déjà presque le cas. Aujourd'hui on s'est contenté de démontrer que biologiquement parlant le vieillissement n'a plus de justification évolutive probante. L'homme est à la fois devenu trop adaptable et trop maître de son environnement, ou en tout cas il est sur le point de le devenir… et précisément à mesure qu'il deviendra capable d'éradiquer le fléau du vieillissement. L'évolution naturelle c'est fini, c'est le passé. Une force aveugle qui s'en fout pas mal de nous et heureusement on est sur le point de s'en débarrasser presque complètement. Il était temps, et pour le coup, le processus du vieillissement n'a plus le luxe de cette justification.

Et parallèlement nous avons vu que d'un point de vue personnel le vieillissement est plutôt instinctivement quelque-chose qu'on aimerais éviter mais qu'on rationalise.. alors à tort ou à raison, c'est ce que nous allons voir la prochaine fois.

D'ici là, merci d'avoir consacré quelques minutes de votre existence à réfléchir ensemble sur ce problème.. vous êtes tous maintenant quelques minutes plus vieux ou plus vieilles, et en plus aussi peut-être un peu moins certains que c'est une si bonne chose. Ne vous inquiétez pas, spoiler, cette série finit à terme sur une note positive.

N'hésitez pas à vous abonnez au podcast et à la chaîne YouTube.. et je vous dis à la prochaine.

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