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Si, la mort est bien un mal à combattre

Nous allons nous demander ce qu'est vraiment la mort, ce n'est pas aussi simple que çà y parait, mais aussi et surtout s'il faut la redouter et s'il faut essayer de la repousser.

Bonjour à tous, ici Nicolas. Pour cet épisode nous allons aborder un sujet plutôt réjouissant : la mort. On va se demander ce qu'est vraiment la mort, c'est pas aussi simple que çà y parait, mais aussi et surtout s'il faut la redouter et s'il faut essayer de la repousser.

Alors il y a tout un tas de sujets importants qu'ils faudrait idéalement aborder avant de traiter de ce celui-ci mais d'un c'est pas crucial pour le moment, et de deux on en parlera de toute façon plus en détail dans d'autres épisodes.

Je vais quand même commencer par parler brièvement de ce dont on ne va pas vraiment parler. Avant d'aborder la mort, c'est vrai qu'on devrait essayer de savoir qui va mourir exactement. Ça paraît facile comme ça mais c'est pas si évident. Sommes-nous nos molécules ? L'information représenté par notre mémoire ? Ou notre personnalité ? Les deux? Les trois ? Quel changement constitue le changement de trop ? La mort est-elle binaire ou plutôt une sorte de continuum ?

Répondre tout de suite est tentant mais il y a de nombreuses expériences de pensée qui mettent nos idées préconçues sur le sujet carrément en doute. Et pas qu'un peu. On reviendra sur tout ça plus tard, sur les anciens dilemmes comme le vaisseau de Thésé, ou les versions plus récentes comme le problème de la téléportation. On verra aussi les implications identitaires de la physique moderne avec les univers parallèles ou l'infini. Et même pour faire dans le simple et mondain, tout bêtement le fait de grandir ou de se prendre un coup sur la tête. Et oui on voit pas forcément le rapport comme ça de prime abord mais si, tout ça à de grosses implications sur notre conception de l'identité, de qui nous sommes, et donc de qui meurt et comment.

Bon, je pense qu'on peut se permettre d'ignorer tout ça pour l'instant et prendre plutôt la mort de manière intuitive et d'un point de vue personnel, car je crois qu'il s'agit en fait de la bonne réponse. Nous verrons pourquoi. Alors la mort, intuitivement, ç'est quand la personne cesse à jamais d'être consciente de soi et donc ne peut plus avoir d'expériences subjectives, de vie mentale.

Cette définition simplifiée implique qu’on ignore la possibilité d'un au delà. Pas nécessairement parce qu'il n'y en a pas, ça aussi on en parlera plus tard, mais simplement parceque c'est une fausse mort. Si on est toujours là après, on est pas mort, on a juste fait un petit voyage et on va pouvoir continuer à s'éclater ou à se faire chier, apparemment pas à mourir, ailleurs.

Donc l'au delà on s'en fout. Peut-être, peut-être pas, mais ça change pas grand chose pour notre discussion. Ceux qui croient en une vie éternelle après la mort ne croient donc pas vraiment en la mort. C'est une autre discussion.. et ici on imagine l'alternative.. c'est à dire qu'il est possible pour notre conscience de disparaître complètement à jamais. La mort, la vrai.

Alors cette mort là est-elle vraiment un problème ? Instinctivement oui, puisqu'on fait semble-il tout pour y échapper. L'instinct de survie est si fort qu'il conduit facilement à des excès dont on ne se serait jamais vraiment cru capables. D'un point de vue évolutif c'est logique. Ceux qui se battent de toutes leurs forces pour survivre ont plus de chances de se reproduire que ceux qui abandonnent tout de suite. Et donc très vite on ne trouve dans la nature que des organismes qui en veulent.

Mais d'un point de vue logique nous sommes confrontés à une sorte de paradoxe. Il me semble que le premier philosophe à en parler clairement c'était Épicure quand il disait : “la mort n'est rien pour nous, puisque tant que nous existons nous même la mort n'est pas, et quand la mort vient, nous ne sommes plus”. Ou, en plus simple mais moins éloquent, quand l'individu meurt, l'individu disparaît. On ne peut en fait pas vivre dans la mort. La mort ce n'est pas la souffrance, ce n'est pas l'envie de revenir chez les vivants, et malheureusement pour les suicidaires, c'est même pas la délivrance.

Alors pourquoi chercher à mourir ou à ne pas mourir. La mort n'est rien. Elle n'existe pas. Un parallèle ici est celui de l'avant naissance. Personne ne se lamente ou ne se réjouit de sa période avant naissance. Cette période n'existe pas pour l'individu en question. Il n'existait pas. Il ne souffrait pas. Il ne désirait pas venir au monde. Il n'était pas en paix. Il n'était pas. Y’avait pas de il.

C'est pas facile de s'imaginer le néant. D'imaginer rien. Au minimum on imagine le noir absolu, une couleur.. et des pensées qui vont avec. Peut-être un peu d'ennui, de sérénité ou on imagine le silence. En tout cas, quand on essaye d'imaginer rien on imagine toujours un petit quelque chose. Et voilà le problème. Même en sachant ce qu'est la mort du point de vue subjectif, on s'en fait mentalement et émotionnellement une fausse représentation. On s'imagine être là à y penser, alors que non, il n'y aura pas de “on”.

Quand on essaye d'éviter un résultat c'est parce qu'on pense en souffrir. On évite de dépenser trop d'argent aujourd'hui pour avoir de quoi manger demain. Parceque avoir la dalle sans savoir si on va pouvoir manger, on sait que c'est loin d'être plaisant. La vie est pleine de compromis et tous ces compromis visent à équilibrer les souffrances et les plaisirs, sur le long terme. Ça aussi on y reviendra plus tard.

L'important ici c'est justement de réaliser que la mort pose une limite à ce calcul de manière abrupte. Il est important de prendre en considération le futur.. jusqu'à l'instant de la mort. Après, comme nous l'avons vu, le futur n'existe plus. Il n'a plus d'importance pour soi. Il en a encore pour les autres mais plus pour soi. D'un point de vue strictement personnel, ce qui se passe après notre mort n'entre pas en considération. Ni en bien, ni en mal.

On pourrait donc être tenté d'en déduire que la mort est un événement neutre qui n'est ni à redouter ni à souhaiter. Sauf que non. Cette conclusion est à mon sens logique basée sur ce dont nous avons parlé jusqu'à présent. Mais en réalité c'est une vision incomplète qui conduit à une conclusion erronée.

Alors je m'explique. Les humains, et la plupart des animaux aussi sûrement m'enfin les humains c'est sûr, ne vivent pas réellement dans le présent présent. Nous vivons dans une espèce de présent composé aussi du passé et du futur. A chaque instant, nous avons à l'esprit nos expériences passées en rapport avec notre situation présente, ainsi qu'une représentation mentale des conséquences de nos actes hypothétiques dans le futur. C'est comme ça qu'on en arrive à décider de ne pas tout claquer au casino. On se souvient des histoires de SDF qui ont tout perdu au jeu, et on imagine pouvoir finir pareil en continuant à miser toujours plus ou au contraire plier bagage pour pouvoir retourner à la maison boire un coup pour fêter le fait de ne pas avoir finit sur le trottoir.

Nous sommes presque toujours sur un plan tridimensionnel qui s'etend du passé à un hypothétique futur. Hors on a vu que la mort c'est l'absence de futur. Ah. Et sans notre troisième composante on ne peut pas réfléchir et préférer un choix ou un autre. Encore une fois, c'est presque incompréhensible mais en réalité, sauter de la falaise n'a pas de conséquences pour soi. C'est la fin des conséquences. Consider la mort comme neutre c'est considérer ce saut comme une décision sans importance, qui n'est pas préférable à celle de rester gentiment au bord à regarder la mer.

Et pourtant ça nous paraît absurde. Cette conclusion, bien que logique, va clairement à l'encontre de notre intuition. Regarder la mer, c'est bien. Disparaître à tout jamais c'est moins bien. C'est pas juste neutre. Alors comme souvent à FILIAPOLIS, nous allons donner le bénéfice du doute à notre intuition. Ici on fait de la philosophie pratique, pas seulement de l'abstrait qui nous laisse plus perdu qu'on ne l'était au départ. Et l'intuition existe pour une bonne raison. Elle peut se tromper mais en général elle donne une bonne base de départ.

Si nous pensons intuitivement que disparaître c'est évidemment moins bien que de regarder la mer c'est peut-être qu'il y a là un fond de vérité. Regarder la mer c'est une expérience positive.. ne plus exister ce n'est pas une expérience négative, c'est pas d'expérience du tout. Et donc ce sont deux choses pas comparables en elle-mêmes. Et plutôt que de les comparer justement, demandons-nous si peut-être il y aurait tout de même une raison de préférer une action à l'autre.

Et je pense que oui. Pas une raison objective mais une raison subjective. Est-ce mieux de regarder la mer ou de regarder une montagne ? Ça dépend. Ça dépend des gens, ça dépend du moment. Ça dépend de beaucoup de choses mais c'est avant tout une décision personnelle. Subjective. Le seul outil permettant de différencier les deux est un outil profondément subjectif. Celui du plaisir ou de la peine occasionné par la vision de l'une ou de l'autre. Si le plaisir est plus grand en regardant la mer, alors, tout le reste étant pareil, c'est cette action qui est préférable plutôt que de regarder la montagne.

Il ne s'agit pas d'une raison objective qui donnerait à la montagne ou à la mer une certaine supériorité peut importe qui la regarde. Non. Ce que nous avons ici est un désir, venant de quelqu'un, et motivé par une certaine configuration biologique et des expériences passées qui poussent les uns et les autres à vouloir tantôt regarder la mer, tantôt la montagne et parfois ni l'une ni l'autre.

Il en est de même de notre désir de vivre, de continuer à avoir des expériences. Non parceque objectivement supérieure au manque d'expérience. L'existence n'est pas objectivement supérieure au néant. Mais parceque les êtres vivants désirent généralement continuer à être, sans qu'une autre justification soit nécessaire. Pas plus qu'on ne demande de justification à préférer la vanille au chocolat.

Et c'est ici peut-être qu'Épicure se trompe. Il à raison de dire qu'il ne faut pas redouter la mort en elle-même. Qu'elle n'est rien et que nous ne la verrons jamais. C'est vrai, c'est indéniable. Mais elle va néanmoins contraire à nos ambitions. Elle est à fuir car elle représente un obstacle à l'obtention de ce que nous voulons vraiment. Plus d'expériences. Si la mort n'était véritablement rien, pas même un obstacle à la réalisation de nos désirs, nous n'aurions jamais de raison d'éviter ce qui risque de nous tuer. Mais comme tous les obstacles, il faut l'éviter, la fuir, passer par dessus, en dessous, la contourner.. enfin tout sauf l'accepter. Non parceque l'obstacle en lui-même est mauvais, mais en vertu de ce qu'il nous empêche d'atteindre.

Alors on peut se dire que tout ça est évident. Peut-être mais je pense que vouloir combattre la mort pour les bonnes raisons est essentiel. Car les implications de ce raisonnement deviennent très intéressantes quand on considère les grandes questions à venir. Celles auxquelles nous allons tous être bientôt confronté de manière très personnelle et urgente, et pour lesquelles il faut avoir bien compris la mort pour pouvoir y répondre.

Je pense bien sûr aux développements récents qui laissent penser que l'espèce humaine va bientôt, pour la première fois dans l'histoire de la vie terrestre, pouvoir contrôler son destin biologique au point même d'éradiquer le vieillissement et la mort pré-programmé. Les implications personnelles et sociales sont bien au delà de tout ce que l'humanité a eu à considérer jusqu'ici.

C'est un sujet fascinant et nous venons juste d'en jetter les bases. L'homme n'a pas besoin de justification pour vouloir vivre, et la mort n'est un problème que dans la mesure ou elle représente un obstacle pour ceux qui souhaitent continuer à exister. Ça c'est ce que nous venons de voir aujourd'hui. Mais dans les prochains épisodes nous allons parler des principales objections, pratiques, morales et philosophiques à l'avènement d'un monde sans mort par vieillissement.

Un sujet légèrement plus controversé mais dont les conclusions découlent pourtant implacablement de celle, intuitive mais difficile à justifier, que nous venons de voir.. et j'ai hâte de vous y emmener.

Merci merci d'avoir passé ces quelques moments en ma compagnie, abonnez vous pour être notifiés, et je vous dit à très bientôt.

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